
Le 17 septembre dernier, Réal Gagnon, président et fondateur de Trans-West, s’est exprimé publiquement pour dénoncer le stratagème des chauffeurs incorporés, un fléau qui, selon lui, menace de détruire l’industrie du transport routier au Canada.
En tant que gestionnaire d’une des principales entreprises de transport québécoises, il a vivement critiqué l’inaction du gouvernement fédéral, accusant celui-ci de ne pas « prendre ses responsabilités » pour réguler cette pratique de manière équitable pour l’ensemble des transporteurs.

Réal Gagnon a souligné l’importance d’établir des règles uniformes pour éviter de pénaliser les entreprises qui respectent la loi et rémunèrent équitablement leurs employés. Selon lui, cette situation nuit gravement à la compétitivité des entreprises responsables et met en péril l’ensemble de l’industrie.
Suite à son intervention sur les ondes de Truck Stop Québec, nous avons entrepris des démarches auprès de plusieurs ministres et avons également contacté les oppositions, dans le but d’exiger des actions concrètes pour protéger l’industrie, améliorer les conditions de travail des camionneurs et camionneuses, assurer la sécurité sur les routes, et préserver les entreprises qui respectent les normes. Il en va même de la sécurité de nos travailleurs sur les routes.
Malgré ces efforts, il semble que cette crise majeure dans l’industrie du camionnage n’ait que peu d’écho auprès des instances gouvernementales. À ce jour, seule la réponse du ministre Steven MacKinnon, Ministre du Travail du Canada, a été reçue, tous les autres ayant refusé de commenter :
« Notre gouvernement prend cet enjeu très au sérieux. Nous avons travaillé par le passé, et continuons à travailler, en étroite collaboration avec les camionneurs et les entreprises pour trouver une solution efficace et équitable à ce problème afin que ces pratiques discriminatoires prennent fin. »
« Au début de l’année, nous avons modifié le Code canadien du travail pour empêcher les employeurs de classifier à tort des salariés comme contracteurs indépendants, et l’industrie des camionneurs ne fait pas exception. Par ailleurs, notre ministère, Emploi et Développement Social Canada, travaille en ce moment même au développement d’accords avec l’Agence du Revenu du Canada afin de partager des données pour faciliter les inspections et l’application de la loi pour empêcher la classification erronée des travailleurs. »
« Tout employeur qui classifie un employé dans une mauvaise catégorie afin de se soustraire à ses obligations enfreint le Code canadien du travail. Soyez assurer que ce dernier devra en assumer les conséquences. »

Toutefois, est-ce que ces mesures suffiront? Y aura-t-il assez d’inspections et de sanctions pour les entreprises fautives? Mettre un terme à la pratique des chauffeurs incorporés améliorerait non seulement les conditions de travail de milliers de camionneurs, mais s’attaquerait aussi aux entreprises malhonnêtes qui exploitent des travailleurs étrangers, n’offrent aucune formation adéquate, et laissent des équipements mal entretenus circuler sur nos routes.
Robert Vachon, président de l’entreprise de courtage R Vachon Transport, dénonce à son tour l’impossibilité de concurrencer les chauffeurs incorporés. Selon lui, les entreprises qui embauchent ces chauffeurs dans le but d’exploiter la situation participent ni plus ni moins à une forme d’esclavage moderne.
Ces employeurs sans scrupules abandonnent souvent leurs chauffeurs sans ressources, leur faisant supporter les coûts de réparation et de carburant, des frais qu’ils ne récupèrent jamais, sans compter les vies qu’elles mettent en danger.
« L’industrie a besoin de règles fiscales justes et équitables pour tous, les entreprises de camionnage qui respectent les règles ne sont plus compétitives car elles se battent contre un système accepté par nos décideurs politiques qui visiblement ne font rien », affirme Benoit Therrien, propriétaire et fondateur de Truck Stop Québec. « Les entreprises, l’Association du Camionnage du Québec et les associations canadiennes du transport réclament l’équité fiscale. Est-ce une élection que cela prend pour régler la situation? »

Depuis la prise de position de Réal Gagnon, plusieurs entreprises et regroupements du secteur au Québec cherchent à s’unir pour exercer davantage de pression sur le gouvernement, lequel semble déconnecté de la réalité du transport et des dangers auxquels l’industrie est confrontée. Un secteur vital pour l’économie canadienne est à un point critique, et si rien n’est fait, les conséquences pourraient être désastreuses pour l’ensemble du pays. Benoit Therrien ajoute :
« Autre question, comment se fait-il qu’une entreprise qui fait faillite d’une somme de 1,6 milliard de dollars puisse racheter par la décision d’un juge l’entreprise pour +/- 60 millions de dollars avec comme modèle d’affaire un stratagème de chauffeurs inc? Sans compter une multitude d’incohérences fiscales? »
Claude Gizelo, propriétaire de l’entreprise de camionnage Prince Services Logistiques, avait fortement réagit en ondes, la semaine dernière, sur le stratagème des chauffeurs incorporés et du rachat de Pride :

Il est clair que les décisions actuelles des instances dirigeantes laissent à désirer. La réponse du ministre MacKinnon est loin d’être suffisante. Nous continuerons de mettre en lumière ces enjeux qui risquent de plonger l’industrie dans une crise financière profonde, avec des répercussions graves pour les entreprises respectueuses des lois et leurs employés, les camionneurs et camionneuses.
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