Groupe Transwest

Home Nouvelles Réchauffement climatique : les plus riches en cause, mais le camionnage souvent visé

Réchauffement climatique : les plus riches en cause, mais le camionnage souvent visé

0
Réchauffement climatique : les plus riches en cause, mais le camionnage souvent visé

Camion roulant sur une autoroute, dégageant de la fumée à l’échappement, illustrant la contribution du camionnage aux émissions de gaz à effet de serre, dans le contexte plus large des inégalités de richesse liées au réchauffement climatique.

Une étude publiée en mai 2025 dans la revue Nature Climate Change met en lumière la contribution disproportionnée des personnes les plus riches de la planète au réchauffement climatique.

Dirigée par Sarah Schöngart, de l’Université de Zurich, l’étude « High-income groups disproportionately contribute to climate extremes worldwide » établit que les 10% les mieux nantis sont à l’origine d’environ deux tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1990.

En combinant des données économiques et des modélisations climatiques, les chercheurs ont pu mesurer l’influence concrète de la concentration de la richesse sur l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes.

Répartition des responsabilités selon la richesse

Les 10% les plus riches ont généré 6,5 fois plus d’émissions que la moyenne mondiale, tandis que le 1% supérieur a produit à lui seul 20 fois plus de pollution. Ces émissions ont un effet direct sur la multiplication des vagues de chaleur, des sécheresses et d’autres événements climatiques majeurs, qui touchent souvent les régions déjà les plus vulnérables, selon les experts.

L’étude va au-delà des simples habitudes de consommation. Elle met en évidence le rôle central des investissements financiers dans les émissions mondiales.

Les individus les plus fortunés détiennent souvent des parts dans des secteurs à forte intensité carbone, comme les énergies fossiles. Ce facteur amplifie leur empreinte carbone globale, même si leur mode de vie personnel était relativement sobre.

Bien que l’étude évoque certaines pistes d’action, comme des mesures ciblées sur les investissements polluants ou la fiscalité environnementale, elle pose surtout une question de fond, par exemple, comment répartir équitablement les efforts de réduction des émissions? Car si les émissions mondiales doivent baisser, l’origine de ces émissions varie fortement d’un groupe social à l’autre.

Le transport routier, souvent visé par des mesures environnementales, représente à lui seul environ 17,7% des émissions mondiales de CO₂ issues de la combustion d’énergies fossiles.

Dans ce contexte, le camionnage est souvent interpellé. Pourtant, cette étude ne cible pas ce secteur en particulier. Elle met plutôt l’accent sur l’impact des grandes fortunes et des décisions économiques à l’échelle mondiale. Le transport routier, notamment le camionnage, répond avant tout à une demande issue de notre modèle de consommation collective, et fonctionne dans un cadre imposé par des acteurs beaucoup plus puissants.

La place du camionnage dans l’émission de GES

Les données précises varient selon les sources et les années, mais le camionnage représenterait à lui seul entre 40% et 45% des émissions du secteur des transports, ce qui équivaut à environ 6% des émissions mondiales totales de GES. Il s’agit donc d’un contributeur majeur au sein du secteur des transports, mais loin derrière la production d’énergie et l’agriculture à l’échelle planétaire.

Répartition approximative des émissions mondiales de GES par secteur (toutes sources confondues) :
  • Production d’énergie (électricité et chaleur) : 25%
  • Agriculture, foresterie et utilisation des terres (AFOLU) : 24%
  • Industrie (manufactures, ciment, acier, etc.) : 21%
  • Transport (total) : 14%
    → dont camionnage (estimation) ≈ 6%
    → aviation ≈ 2,5%
    → transport maritime ≈ 3%
    → transport ferroviaire < 1%
  • Bâtiments (chauffage, climatisation, etc.) : 6%
  • Autres sources (déchets, fuites, etc.) : 10%
Des mesures environnementales inégales?

La définition des « mieux nanties » ne se limite pas aux milliardaires. Elle comprend aussi une part importante de la population des pays développés, dont le mode de vie génère une consommation énergétique nettement plus élevée que la moyenne mondiale. Voitures individuelles, vols internationaux fréquents, résidences multiples et investissements dans des entreprises à forte empreinte carbone sont autant de facteurs qui expliquent ce déséquilibre.

Pour leur part, les citoyens à revenu moyen ou modeste sont souvent ciblés par des mesures environnementales plus coûteuses à court terme : taxation des carburants, exigences techniques sur les véhicules ou électrification du transport. Or, les recherches récentes soulignent que leur contribution globale aux émissions reste bien inférieure à celle des plus grandes fortunes, qui ont souvent les moyens de maintenir leur niveau d’impact tout en absorbant les hausses de coûts ou en les contournant.

Si des taxes ou des restrictions environnementales plus strictes étaient imposées aux personnes ou entreprises les plus riches, est-ce que ces coûts finiraient par être transférés aux consommateurs ou aux travailleurs moins fortunés? Dans bien des cas, cela reste possible. Par exemple, dans le secteur du camionnage, une hausse des coûts imposée aux grandes chaines de distribution ou aux entreprises de transport pourrait se traduire par une pression plus importante sur les « brokers », qui doivent déjà composer avec des marges serrées.

Des mesures comme la taxe carbone au Québec illustrent comment certaines politiques, même si elles visent à réduire les émissions globales, peuvent avoir des répercussions concrètes sur les coûts d’opération et, ultimement, sur ceux qui sont en bout de chaine.

Comme les chaines économiques sont interconnectées, les impacts d’une réglementation peuvent se faire sentir à différents niveaux. C’est pourquoi plusieurs spécialistes rappellent l’importance de concevoir les politiques climatiques de manière équitable, afin qu’elles ne viennent pas aggraver les inégalités existantes et que les efforts demandés soient réellement proportionnels à la responsabilité de chacun.

Cette étude soulève donc une réflexion de fond sur la manière dont les politiques climatiques sont construites et appliquées. Si l’urgence d’agir contre les changements climatiques fait consensus, la façon dont les efforts sont répartis mérite d’être examinée à la lumière de données comme celles-ci.

Lire plus : 

Impacts des changements climatiques sur les routes de glace

ashtelecall