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Procès de Steeve Gagnon : « Vous voulez me faire chier, vos morveux sont morts »

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Procès de Steeve Gagnon : « Vous voulez me faire chier, vos morveux sont morts »

Steeve Gagnon, ancien camionneur, est jugé pour l’attaque d’Amqui. Son parcours avant le drame soulève des questions sur les failles du système de santé et de prévention.

Le procès de Steeve Gagnon, accusé de l’attaque meurtrière survenue à Amqui en mars 2023, se poursuit au palais de justice de Rimouski.

Cet ancien camionneur, qui était en arrêt de travail depuis plusieurs mois pour des douleurs dorsales, fait aujourd’hui face à des accusations liées à un geste prémédité qui a coûté la vie à trois personnes et blessé gravement neuf autres.

Mercredi, le tribunal a repris l’audience en l’absence de l’accusé, qui a dû suivre les débats par visioconférence après avoir éclaté de colère la veille en pleine salle. Lors du témoignage du médecin Denis Normand Boucher, venu raconter une consultation tendue avec Gagnon en janvier 2023, ce dernier avait insulté le témoin et le juge. Le magistrat Louis Dionne a rappelé au jury que les délibérations devront se baser uniquement sur la preuve, en faisant abstraction des comportements.

Le médecin a décrit un patient méfiant, fermé au dialogue, et manifestement bouleversé par son état de santé. Bien que les examens médicaux n’indiquaient pas la nécessité d’une opération, Steeve Gagnon réclamait une chirurgie pour soulager ses douleurs. Lorsque le médecin a tenté de procéder à un examen physique, l’homme s’est levé, a crié une insulte et quitté la clinique en bousculant du mobilier. Le professionnel a aussi observé des signes d’irritabilité et de détresse psychologique.

En détresse, Steeve Gagnon avait dressé un plan meurtrier

En parallèle, le témoignage de l’enquêteur principal a mis en lumière des éléments troublants. Deux jours avant la tragédie, Steeve Gagnon s’était filmé en train d’exposer un plan macabre… Foncer délibérément sur des enfants dans des cours d’école. Ces vidéos, tournées le 11 mars 2023, montrent un homme conscient de ses gestes, calculant même le temps de réaction des policiers. Il y décrit en détail les endroits ciblés et le nombre de victimes souhaitées.

« Vous voulez me faire chier, vos morveux sont morts », déclare-t-il dans une des vidéos.

Ces révélations frappent d’autant plus fort qu’elles s’inscrivent dans un contexte déjà alarmant. Avant l’attaque, Gagnon avait multiplié les démarches : plus de 100 appels à sa clinique médicale en janvier, 64 communications avec Service Canada en moins de deux mois, et de nombreux signaux de frustration envers les médecins, les institutions et le système en général. Il avait même cessé de prendre ses médicaments faute d’argent, ce qui aurait aggravé son état.

Rancœur sociale et fin de la preuve de la Couronne

Le procès a aussi permis d’entendre un ami d’enfance de l’accusé, qui a rapporté des propos amers de Steeve Gagnon à l’égard des médecins et de la société. Par ailleurs, plusieurs centaines de vidéos personnelles extraites du téléphone de l’accusé montrent ce dernier en train de commenter des sujets d’actualité ou de sport, certains contenus ayant un ton considéré comme complotiste.

Le témoignage de l’enquêteur Bolduc a conclu la preuve de la Couronne, après l’audition de 46 témoins. La défense entamera sa représentation mercredi prochain. Le jury devra alors départager la responsabilité criminelle de l’accusé, à la lumière de la preuve accumulée et du contexte médical et psychologique dans lequel Steeve Gagnon se trouvait.

Un homme instable… des témoins silencieux?

Le portrait dressé au fil des témoignages est celui d’un homme en chute libre. En arrêt de travail de son emploi de camionneur depuis plusieurs mois en raison de douleurs lombaires, il cumulait douleur physique, détresse psychologique, isolement social et précarité financière.

Dans ce contexte, une question s’impose, sans écarter sa responsabilité personnelle : comment un individu aussi instable, laissant derrière lui des signaux aussi clairs, a-t-il pu poursuivre sa trajectoire sans qu’un filet d’intervention ne s’active? Les institutions médicales, sociales ou publiques auraient-elles pu, ou dû, détecter ces signes et intervenir à temps?

Le procès se concentre, à juste titre, sur la culpabilité de Steeve Gagnon. Mais en toile de fond, il soulève aussi des doutes sur la capacité de notre système à reconnaître et freiner une spirale destructrice lorsqu’elle se manifeste. Les vidéos, la détresse exprimée, les ruptures de suivi… autant de drapeaux rouges qui, mis bout à bout, esquissaient peut-être déjà le pire.

Vous entendez des propos inquiétants ou voyez quelqu’un en détresse? Ne restez pas silencieux. Appelez le 811 option 2 ou, si un danger semble imminent, composez le 911. Mieux vaut prévenir que regretter.

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