
Déjà amorcé en 2024, le projet pilote visant à éliminer les barrières commerciales et ses obstacles dans le camionnage reçoit un nouvel élan.
Réunis à Saskatoon au début juin, les premiers ministres du Canada ont réaffirmé leur engagement à élargir rapidement cette initiative, en demandant aux ministres des Transports de chaque province d’en accélérer la mise en œuvre.
L’annonce ne marque donc pas un nouveau départ, mais bien une intensification des efforts entrepris l’an dernier. Selon l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), cette décision vise à répondre aux demandes du secteur, qui réclame depuis longtemps une meilleure coordination pour éviter les retards administratifs liés aux permis de transport, notamment pour les marchandises surdimensionnées.
« Le premier ministre et les premiers ministres provinciaux ont reconnu l’importance stratégique de l’industrie du camionnage pour l’économie canadienne et ont indiqué que des mesures concrètes seront prises rapidement pour améliorer la productivité », a déclaré Stephen Laskowski, président de l’ACC, par voie de communiqué.
Les matériaux transportés pour les mégaprojets d’infrastructure, comme les éoliennes, les structures préfabriquées ou les équipements lourds, nécessitent souvent des permis spécifiques. Or, ces autorisations sont émises de façon disparate par les provinces et municipalités, avec des délais influencés par la disponibilité du personnel, des différences dans les horaires permis ou même des périodes de vacances. Ce manque d’harmonisation crée des délais coûteux pour l’industrie.
Le projet pilote avait été introduit en 2024 à la suite d’une soumission formelle de l’ACC au gouvernement fédéral. Mais dès ses débuts, l’industrie avait signalé que l’initiative devait être élargie pour avoir un impact réel, notamment en ce qui concerne les exigences liées aux marchandises surdimensionnées et surchargées (oversize et overweight).
Les premiers ministres ont également convenu de mettre en place un délai maximum de 30 jours pour reconnaître les compétences professionnelles à travers le pays. Cette mesure pourrait faciliter les déplacements de travailleurs entre les provinces, notamment dans le secteur du transport. Le camionnage joue aussi un rôle central dans la construction de grandes infrastructures comme les autoroutes, les pipelines, les ports ou les réseaux d’énergie. Pour livrer les matériaux nécessaires à ces projets, une logistique efficace est essentielle.
En somme, le gouvernement fédéral et les provinces semblent vouloir passer de l’intention à l’action. Le secteur du camionnage attend maintenant de voir si les promesses d’harmonisation se traduiront sur le terrain, en simplifiant enfin les démarches pour ceux qui assurent le transport des matériaux essentiels à la construction du Canada de demain.
Le Comité sur le commerce intérieur devra finalement conclure, d’ici décembre 2025, un nouvel accord pour simplifier les règles entourant la vente de biens de consommation au Canada. Cela montre que le projet pilote dans le camionnage fait partie d’un plan plus large pour moderniser l’économie du pays.
Le camionnage en première ligne, mais pas seul face aux obstacles
Malgré l’enthousiasme suscité par cette annonce, plusieurs acteurs du secteur restent prudents. Le projet pilote, même élargi, n’est pas une réforme à part entière, mais plutôt une étape exploratoire dans un processus qui s’annonce encore long. L’absence d’échéancier clair et de mesures concrètes à court terme soulève des interrogations sur la capacité des gouvernements à véritablement harmoniser les règles entre les provinces. Pour les transporteurs, les délais, les incohérences administratives et les autorisations multiples continuent de générer des coûts importants au quotidien.
D’autant plus que le camionnage ne représente qu’un volet des barrières interprovinciales. Les entreprises doivent aussi composer avec des règlements fiscaux divergents, des normes de produits différentes et une reconnaissance partielle des titres de compétence. Certains craignent même que des réformes mal encadrées, mises en œuvre sans consultation adéquate, ne viennent aggraver des pratiques problématiques déjà existantes, comme le recours aux « Chauffeurs inc. ».
L’initiative lancée par les premiers ministres devra donc s’inscrire dans une démarche beaucoup plus vaste et structurée pour que les promesses d’efficacité deviennent une réalité tangible pour l’industrie.
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