
L’Arabie Saoudite envisage un scénario très préoccupant pour le marché du pétrole si la guerre avec l’Iran continue de perturber l’approvisionnement mondial en énergie.
Selon le Wall Street Journal, des responsables saoudiens estiment que le prix du pétrole pourrait dépasser 180$ US le baril d’ici la fin avril si la crise se prolonge.
Même pour un grand producteur, une telle envolée inquiète. Si les prix demeurent trop élevés trop longtemps, le marché pourrait se déséquilibrer, la demande ralentir et les risques de ralentissement économique s’accentuer à l’échelle mondiale.
Le conflit a déjà frappé plusieurs maillons du secteur énergétique. Des installations ont été visées au Qatar et en Arabie saoudite, pendant que l’Iran poursuivait ses attaques contre des navires dans le golfe. Le Brent, référence mondiale du brut, s’établissait autour de 108$ US le baril ce 20 mars. Si les perturbations persistent et que le détroit d’Ormuz demeure fortement perturbé, le pétrole pourrait atteindre 150$ US durant la deuxième semaine d’avril, puis 165$ et même 180$ US dans les semaines suivantes.
Au-delà de la hausse des prix, plusieurs analystes craignent un choc économique plus large. Un pétrole durablement élevé pourrait freiner la consommation, affaiblir l’activité et accentuer les craintes de ralentissement. C’est dans ce contexte que l’économiste Mark Zandi, de Moody’s Analytics, estime qu’une récession redevient une menace sérieuse aux États-Unis. Il souligne que le marché du travail américain montre déjà des signes de faiblesse et rappelle qu’historiquement, presque toutes les récessions américaines depuis la Deuxième Guerre mondiale, sauf celle de la pandémie, ont été précédées par un choc pétrolier.
Selon lui, si les prix demeurent élevés pendant encore plusieurs semaines, éviter une récession deviendra beaucoup plus difficile. Les économistes évaluent à 32% la probabilité d’une récession au cours des 12 prochains mois aux États-Unis. Selon eux, il faudrait un prix moyen du pétrole brut de 138$ US pour que ce risque dépasse 50%.
La pression se fait déjà sentir bien au-delà du prix à la pompe. Le diesel, dont la hausse a été encore plus rapide aux États-Unis, frappe directement les entreprises qui dépendent de ce carburant pour transporter toutes sortes de marchandises. Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, prévient d’ailleurs que des coûts énergétiques durablement élevés alimenteraient l’inflation tout en pesant sur la croissance, les dépenses des ménages et l’emploi.
Même si cette analyse vise d’abord les États-Unis, ses effets pourraient aussi se faire sentir ailleurs, comme au Canada. Une flambée durable des prix de l’énergie pourrait nourrir l’inflation, fragiliser la croissance et accentuer les risques de ralentissement économique. Si l’économie américaine ralentit, le Canada pourrait en subir les contrecoups, avec un commerce plus fragile, une baisse des volumes transportés et une pression plus grande sur l’industrie du transport.
Même si le conflit prenait fin rapidement, les prix du pétrole ne reviendraient pas forcément tout de suite à leur niveau d’avant. Une partie de la hausse pourrait s’effacer vite, mais le marché devrait d’abord être rassuré sur la stabilité des approvisionnements et du transport.












