Cet article d’opinion vient tout droit de l’autre bout du monde, en Australie. Pourtant, malgré la distance, les enjeux qu’il soulève dans l’industrie du camionnage semblent étrangement familiers : fermetures d’entreprises, guerre de prix, fausse sous-traitance, pression des clients, manque de contrôle sur l’entrée dans l’industrie…
Alors qu’en Australie, on relance le débat sur l’idée d’instaurer un système de permis pour opérer dans le transport routier, cette réflexion pourrait bien inspirer aussi les discussions en Amérique du Nord.
Résumé de l’article d’opinion de Jodie Broadbent
Depuis quelques mois, on assiste à une vague inquiétante de fermetures d’entreprises de transport. Et à chaque fois, on se lamente, on cherche des coupables, et on revient toujours à la même solution : régler le problème des tarifs. Mais est-ce vraiment le seul enjeu?
Quand on gratte un peu sous la surface, il devient évident que la question est bien plus vaste. Oui, les tarifs trop bas nuisent. Mais ils ne sont que la pointe de l’iceberg. Voici d’autres causes qui contribuent à la fragilisation du secteur :
- Des clients qui imposent des prix irréalistes sans comprendre les coûts réels.
- Des transporteurs qui coupent dans la qualité pour survivre.
- Du faux sous-traitement qui cache des contrats illégaux où les chauffeurs n’ont ni vacances, ni assurances, ni protections.
- Des offres à perte pour décrocher des contrats.
- Une hausse générale des coûts d’affaires.
- Des exigences de conformité de plus en plus chères.
- De la paperasse excessive qui ralentit l’agilité des entreprises.
- Un manque d’expérience sur la route qui augmente les risques d’accidents et les primes d’assurance.
- Une image de l’industrie peu valorisée qui décourage la relève.
- Et surtout, aucune barrière à l’entrée qui laisse place à des opérateurs non qualifiés.
Et si on changeait les règles du jeu?
Il est peut-être temps de poser une vraie question : faut-il instaurer un système de permis pour opérer dans le transport routier? Pas pour complexifier les choses, mais pour établir des normes minimales professionnelles. Avoir une entreprise bien assurée, conforme, avec du personnel formé et une structure de coûts réaliste.
Mais les clients dans tout ça?
Trop souvent, on cherche à réglementer les transporteurs, en oubliant ceux qui dictent les prix. Résultat? On récompense les exigences irréalistes et on pénalise ceux qui essaient de bien faire les choses.
Pourtant, la Loi nationale sur la sécurité des véhicules lourds (HVNL) de l’Australie contient un chapitre (1A) qui oblige chaque acteur de la chaîne d’approvisionnement à respecter ses devoirs en matière de sécurité, incluant les clients.
Ceux qui influencent les délais ou les tarifs ont une responsabilité légale s’ils causent indirectement des pratiques dangereuses : fatigue, pression, entretien négligé. Mais combien de clients ont été poursuivis en justice pour avoir imposé des prix qui rendent la conduite sécuritaire impossible? Aucun.
Les autorités ont les outils, mais elles ne les utilisent pas.
Un système de permis pourrait tout changer
On pourrait imaginer différents types de permis selon le rôle de l’entreprise :
- Permis d’opérateur pour ceux qui transportent.
- Permis d’approvisionnement pour ceux qui achètent du transport.
- Permis 3PL pour les entreprises logistiques.
- Permis numérique pour les plateformes comme Uber Freight.
- Et un permis complet pour ceux qui gèrent tout.
Ce n’est pas parfait, mais ce n’est pas le but. Ce qui compte, c’est que cette idée est pertinente, nécessaire et urgente.
Le statu quo ne fonctionne plus. Les coûts explosent, les fermetures se multiplient, et l’industrie s’effrite. Il faut rebâtir l’industrie sur des bases solides, équitables et durables. Un système de permis dans le transport routier pourrait bien être le levier de transformation dont nous avons besoin.
Lire l’article intégral en anglais : Is it time industry had a road freight licensing system?












