
La Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) a mis fin en août 2025 à son étude intitulée “Sexual Assault and Sexual Harassment” (SASH), suscitant un vif émoi parmi les participants et défenseurs de la sécurité des conducteurs routiers.
Cette décision soulève des questions majeures sur l’approche fédérale concernant la prévention des violences sexuelles dans le secteur du transport.
Lancé sous l’administration précédente, le projet SASH visait à collecter des données pour mieux saisir l’ampleur des agressions ou de l’harcèlement sexuels subis par les conducteurs de véhicules lourds, avec un intérêt particulier pour les femmes.
L’étude devait également explorer comment aborder les catégories de genre, orientation sexuelle et ethnicité, dans la conception des enquêtes statistiques.
Motif de l’annulation
Un porte-parole de la FMCSA a justifié l’annulation en affirmant que le périmètre de l’étude « se concentrait sur la DEI (diversité, équité et inclusion) et faisait la promotion d’une idéologie transgenre », une orientation jugée incompatible avec les besoins de données concrets pour soutenir les conducteurs et conductrices. Cette argumentation a provoqué une onde de choc auprès des participants, selon le magazine Overdrive.
Michelle Kitchin, conductrice et membre du groupe Real Women In Trucking, soulignait l’urgence de cette démarche : « Nous avions enfin des décideurs à l’écoute », regrette-t-elle. Elle dénonce un climat hostile aux signalements dans certaines flottes, où les victimes hésitent à parler par peur de représailles, qualifiant cette culture de pratique prédatrice.
Conséquences et enjeux
L’interruption prématurée de l’étude, alors même qu’elle n’en était qu’à ses balbutiements, témoigne, selon les participants, d’un recul préoccupant dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le transport routier. Bien qu’une Notice of Proposed Rulemaking (préavis de nouvelles règles) reste prévue, l’absence de données compromet la formulation de politiques adaptées aux enjeux qui sont importants pour la sécurité des femmes et des minorités.
- La décision fragilise les efforts de prévention et le soutien aux victimes;
- Elle envoie un signal inquiétant quant à la priorité accordée à leur protection;
- L’annulation d’un projet financé et lancé, en invoquant une orientation idéologique, s’apparente selon certains défenseurs à une volonté de dissimulation, plutôt qu’à une décision basée sur des critères scientifiques ou budgétaires.
Alors que les discussions sur l’adoption de nouvelles règles se poursuivent, l’absence d’étude empirique constitue une lacune majeure. Sans données fiables et complètes, il sera difficile de proposer des mesures concrètes et efficaces. Ce constat rappelle qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’apporter des changements durables pour améliorer la sécurité et la protection des conducteurs.
Parallèlement, une étude menée par l’Université du Kentucky révèle que plus de 90% des conductrices ont subi au moins un épisode de harcèlement sexuel durant leur carrière.
Qu’en est-il au Canada?
Au Canada, les chiffres liés aux agressions sexuelles témoignent de l’ampleur du problème et expliquent pourquoi la question de la sécurité dans le camionnage ne peut être ignorée.
Selon l’INSPQ, une femme sur trois a déjà été victime d’une agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans, contre un homme sur onze. Au Québec, les infractions sexuelles recensées par les services de police sont passées de 68,4 pour 100 000 habitants en 2010 à 109,4 en 2019. Pour les agressions sexuelles, le taux est passé de 53,2 à 67,4 pour 100 000 habitants dans la même période. Plus récemment, en 2022, les données montrent que le taux de femmes victimes atteint 157,5 pour 100 000 femmes, contre 19,0 pour 100 000 hommes. De biens tristes hausses…
Le milieu de travail n’est pas épargné : 47% des femmes employées affirment avoir déjà été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle au travail. Pourtant, malgré ces chiffres alarmants, la dénonciation reste marginale et seulement 6% des victimes d’agressions sexuelles au Canada ont porté plainte à la police.
Bien qu’il n’existe pas de données comparables spécifiques pour les camionneuses au Canada, plusieurs témoignages et reportages indiquent que les agressions, le harcèlement et la violence sexuelle y sont fréquents et souvent sous-déclarés.
Ces réalités soulignent l’importance de disposer d’études empiriques propres à l’industrie du camionnage, au Canada comme aux États-Unis. Sans données précises, il est difficile de mesurer l’étendue du problème, d’identifier les facteurs de risque spécifiques et d’adopter des mesures de prévention adaptées.
Quelques conseils
Suite à une enquête menée il y a quelques mois par Truck Stop Québec, voici des recommandations pratiques et éprouvées par nos camionneurs et camionneuses pour renforcer la sécurité personnelle sur la route :
- Toujours avoir un téléphone portable chargé à portée de main.
- En cas de préoccupation, rester en communication avec une personne de confiance.
- Signaler sans délai tout harcèlement, agression ou intimidation.
- Rester visible et éviter les zones isolées ou mal éclairées.
- Se stationner près des sources de lumière et des installations de services.
- Adopter une posture confiante pour dissuader les prédateurs potentiels.
- Faire confiance à son intuition pour anticiper les dangers.
- Envisager l’utilisation d’une toilette chimique pour éviter de sortir la nuit.
- Opter pour des vêtements discrets si cela apporte un confort supplémentaire.
- Fermer les rideaux et éviter d’allumer les lumières intérieures avant d’avoir obtenu de l’intimité.
- Sécuriser la porte avec des moyens improvisés, tels que la ceinture de sécurité.
- Éviter de se montrer dans l’aire de repos où l’on passe la nuit.
- Porter sur soi des équipements de sécurité (sifflet, lampe de poche puissante, etc.) et privilégier des aires de repos réputées sécurisées.
- Se renseigner sur les co-conducteurs ou les formateurs avant de commencer un voyage.
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