
La Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) veut tourner la page sur l’autocertification, un modèle qui a longtemps permis à des acteurs clés du camionnage de déclarer eux-mêmes qu’ils respectaient les règles fédérales, sans vérification préalable systématique par les autorités.
Le patron de l’agence, Derek Barrs, a annoncé vouloir éliminer toute forme d’autocertification, que ce soit pour les écoles de conduite CDL, les examinateurs médicaux ou les fournisseurs de dispositifs de consignation électronique des heures de service (DCE).
Dans le cas des DCE, le problème a été particulièrement grave. Pendant des années, les fabricants pouvaient simplement déclarer eux-mêmes que leurs appareils respectaient les règles fédérales et être inscrits sur la liste officielle des dispositifs approuvés.
Cette faille réglementaire a permis à des fournisseurs peu scrupuleux de mettre sur le marché des DCE non conformes, voire volontairement conçus pour faciliter la triche sur les heures de service. Certains systèmes permettaient de modifier ou d’effacer des données, d’ajouter de faux cochauffeurs ou de réinitialiser les heures afin de masquer des dépassements illégaux.
Après des enquêtes médiatiques et des constats répétés sur le terrain, la FMCSA a fini par intervenir. L’agence a retiré plusieurs dispositifs de sa liste officielle et a forcé des transporteurs à remplacer leurs DCE ou à revenir temporairement aux logbooks papier. Cette opération a révélé un problème important pour l’industrie. Des camionneurs pouvaient être pénalisés ou mis hors service non pas pour avoir triché, mais parce qu’ils utilisaient un DCE officiellement approuvé, qui s’est ensuite révélé non conforme ou frauduleux.
Le même schéma s’est répété du côté de la formation des chauffeurs. En décembre, la FMCSA a lancé une vaste purge du Training Provider Registry, retirant des milliers d’écoles de conduite CDL. Plusieurs n’avaient jamais offert de véritables formations, d’autres n’avaient même pas de camions. Des inspections sur place ont révélé l’existence de véritables « CDL mills », des écoles expéditives promettant un permis rapide plutôt qu’une formation sérieuse axée sur la sécurité et la conduite réelle.
Ironiquement, l’autocertification avait été initialement défendue par des camionneurs et des propriétaires-exploitants qui voulaient préserver la tradition de la formation familiale et éviter une lourde bureaucratie. Des organisations comme la Owner-Operator Independent Drivers Association (OOIDA) avaient appuyé cette approche lors de la création des règles de formation ELDT. Aujourd’hui, même ces groupes reconnaissent que l’absence de vérification réelle a favorisé la fraude, nui à la sécurité routière et miné la crédibilité du métier.
Avec l’évolution rapide du camionnage, des tests CDL modifiés et des véhicules de plus en plus complexes, plusieurs inspecteurs estiment que l’autocertification n’est tout simplement plus adaptée à la réalité actuelle. Après une décennie de laxisme, de fournisseurs frauduleux et d’écoles bidon, de plus en plus de gens dans l’industrie demandent maintenant un encadrement plus strict, non pas pour compliquer le métier, mais pour protéger la profession, la sécurité sur les routes et les entreprises qui font les choses correctement.












