
Après plusieurs semaines d’impasse à Ottawa, le dossier des chauffeurs inc. vient de franchir un tournant.
Les travaux du Comité permanent des transports, paralysés depuis le 6 novembre, pourront finalement reprendre.
Cette reprise permettra d’entendre des témoins essentiels dans l’étude de ce stratagème qui bouleverse autant la sécurité routière que l’intégrité du marché du travail.
Comme l’a expliqué Xavier Barsalou-Duval sur les ondes de Truck Stop Québec : « Les libéraux ont mis fin à leur obstruction aux travaux du comité qui avait lieu depuis le 6 novembre dernier. Ils ont eu une révélation du Saint-Esprit faut croire, avec les nouvelles qu’il y a eu dans le Journal sur leurs organisateurs qui sont proches des chauffeurs inc ».
L’étude en cours au Comité permanent des transports a d’ailleurs été mise en marche par le Bloc Québécois, à l’initiative du député M. Barsalou-Duval, élu dans la circonscription de Pierre-Boucher—Les Patriotes—Verchères. La motion adoptée ouvrira la porte au témoignage des victimes d’accidents liés au modèle des chauffeurs au rabais, un élément jugé crucial pour comprendre les impacts humains et économiques du phénomène.
Plusieurs associations provinciales qui n’avaient pas encore eu l’occasion de s’exprimer seront aussi entendues. Parmi elles, la Caledon Community Road Safety Advocacy (CCRSA) Group, issue d’une communauté fortement exposée aux conséquences du stratagème en raison de sa situation géographique, mais aussi la Joy Smith Foundation, qui aborde la traite humaine dans le camionnage et que nous avons reçue récemment à notre émission (entrevue). Postes Canada sera également convoqué devant les parlementaires.
Les membres du comité demandent aussi davantage de transparence de la part du gouvernement et des organisations impliquées dans le débat.
« Le gouvernement devra aussi nous fournir dans un délai de 60 jours les documents et les correspondances qu’ils ont sur la non-conformité dans le camionnage et l’organisation de la CTOA va devoir nous envoyer sa liste de membres, on a fait revoter ça aussi », précise M. Barsalou-Duval. Cette étape essentielle permettra d’obtenir une vision complète des échanges internes sur l’application des règles, mais aussi de mieux comprendre qui se trouve réellement derrière les groupes dans cette controverse.
La CTOA, ou Canada Truck Operators Association, est une organisation au cœur de cette saga. Elle affirme représenter des chauffeurs inscrits sous le modèle Chauffeur Inc. La proximité de certains dirigeants de la CTOA avec le Parti libéral a également attiré l’attention des médias et des politiciens, renforçant l’importance pour les parlementaires d’obtenir la liste officielle des membres de l’association.
Ce débat s’inscrit également dans un contexte international inhabituel, alors que l’administration Trump a récemment exhorté le gouvernement libéral de Mark Carney à « poser des actions concrètes » pour mettre fin au phénomène des chauffeurs au rabais. Des diplomates américains ont soutenu que la multiplication des conducteurs mal formés, des mauvaises classifications et des pratiques d’exploitation représente un risque pour la sécurité aux frontières. Washington demande au Canada d’être beaucoup plus ferme, et de renforcer les contrôles routiers, utiliser de meilleurs outils technologiques pour dépister les risques, et surveiller de près les écoles de conduite.
Selon l’administration Trump, l’époque des encouragements est terminée, il faut maintenant imposer des règles strictes et des sanctions pour corriger la situation.
Les semaines à venir devraient offrir un éclairage important sur les rouages du stratagème, la portée réelle de son influence politique et les mesures que pourrait prendre Ottawa pour restaurer l’équité, la transparence et la sécurité dans l’industrie du transport routier. Et même si Ottawa a fait un premier pas en avant en rendant obligatoire la déclaration des honoraires à la case 048 du T4A, il reste encore beaucoup de pain sur la planche pour s’attaquer pleinement au fléau des chauffeurs au rabais.












