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Chauffeurs au rabais : un communiqué du CTOA qui cherche à redéfinir l’enjeu public

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Chauffeurs au rabais : un communiqué du CTOA qui cherche à redéfinir l’enjeu public

Montage visuel en noir et blanc montrant un camion lourd sur une autoroute, encadré à gauche par la photo de Baljeet Singh et à droite par la photo de Jaskirat Singh Sidhu. Le titre « Chauffeurs au rabais » apparaît en grand, suivi du sous-titre « Le CTOA publie un communiqué qui cherche à détourner l’attention ». Logo Truck Stop Québec dans le coin supérieur gauche.

En pleine intensification des actions gouvernementales contre le stratagème des “chauffeurs inc.” ou chauffeurs au rabais, la Canada Truck Operators Association (CTOA) rend public un communiqué pour réagir au débat.

La CTOA affirme que deux articles du Journal de Montréal ont présenté une image stigmatisante des camionneurs immigrants, particulièrement sikhs :

L’organisation soutient que ces conducteurs respectent les mêmes exigences que tous les chauffeurs professionnels en matière de formation, sécurité et permis de conduire, et dénonce ce qu’elle perçoit comme un amalgame injustifié entre origine culturelle et enjeux de sécurité routière.

Elle reproche aussi au journal d’avoir appuyé son analyse sur un seul groupe de pression, sans consulter d’autres associations ou experts, et d’avoir confondu fiscalité (Chauffeur Inc) et sécurité. Selon elle, ce mélange nourrit des perceptions erronées et détourne l’attention des véritables enjeux.

Mais ces affirmations s’effritent rapidement lorsqu’on confronte le communiqué du CTOA à l’ensemble des données disponibles ailleurs au Canada. Depuis 2023, Teamsters Canada, la Canadian Trucking Alliance (CTA) et l’Association du camionnage du Québec (ACQ), entre autres, qualifient le modèle Chauffeur Inc de fraude fiscale structurée, d’abus de main-d’œuvre et de menace croissante à la sécurité publique, avec des preuves concrètes. Ces constats ne visent pas une communauté, mais ils ciblent un modèle d’emploi qui contourne les règles.

Un modèle qui, a lui seul, est dénoncé depuis plus d’une décennie par l’ACQ.

Le président de l’Ontario Trucking Association (OTA), Stephen Laskowski, n’a pas mâché ses mots dans une entrevue accordée à Greg Brady de Toronto Today : « Nous avons beaucoup trop de compagnies de transport qui n’ont aucun respect pour la sécurité routière, les droits du travail de leurs chauffeurs ou leur bien-être. Elles ne sont là que pour faire du profit. Et nous devons les sortir du marché et les retirer de nos routes. »

En 2025, devant le Comité permanent des transports à Ottawa, demandé par le Bloc Québécois, de nombreux témoins issus du secteur ont décrit le stratagème Chauffeur Inc comme « la cause principale de la loi du plus fort qui détruit l’industrie ». Ils ont évoqué des problèmes majeurs de formation, de sécurité, d’équité économique et même de traite de personnes.

Le gouvernement fédéral lui-même confirme l’ampleur du problème, puisque la vidéo officielle Misclassification is Illegal, publiée par EDSC en 2025, rappelle que la classification Chauffeur Inc est illégale selon le Code canadien du travail. Ottawa a aussi levé le moratoire empêchant les pénalités pour non-déclaration des honoraires à la case 048 du T4A, ouvrant la voie à des sanctions contre les employeurs fautifs.

Pris ensemble, ces données contredisent frontalement la position du CTOA. Le débat n’oppose pas « un groupe de pression » à une association : il oppose une réalité massive, confirmée par des organismes nationaux, des syndicats, des autorités publiques et des chiffres inquiétants, à un communiqué qui occulte l’essentiel.

Et cet essentiel est simple : les transporteurs conformes, qui paient leurs charges, forment correctement leurs chauffeurs et respectent les règles, en ont assez. Ils refusent de continuer à partager la route avec des véhicules mal entretenus, des conducteurs sous-formés et des entreprises qui trichent. La vie des Canadiennes et des Canadiens vaut plus que quelques dollars économisés par un modèle d’affaires bâti sur la fraude et la non-conformité.

Députés et ministres libéraux du grand Toronto lors du gala inaugural de la CTOA, organisation qui représente les chauffeurs inc. en janvier 2023 à Brampton. De gauche à droite: Sonia Sidhu, Brampton Sud (ON) Irqa Kalid, Mississauga – Erin Mills (ON) Fransesco Sorbara, ex-député de Vaughan-Woodbridge (ON) George Chahal, ex-député de Calgary Skyview (AB) Maninder Sidhu, Brampton-Est (ON), ministre de la promotion des exportations, du Commerce international et du Développement économique du Canada Ahmed Hussen, York-Sud-Weston-Etobicoke (ON) Shafqat Ali, Brampton Centre, président du conseil du Trésor Ruby Sahota, Brampton Nord Caledon, Secrétaire d’État Lutte contre la criminalité Rechie Valdez, Mississauga-Streetsvill, ministre des Femmes et Égalité des genre, secrétaire d’État aux petites entreprises et tourisme Sukh Daliwal, Surrey Newton (BC) FACEBOOK CTOA Photo tirée de Facebook, CTOA
Députés et ministres libéraux du grand Toronto lors du gala inaugural de la CTOA, organisation qui représente les chauffeurs inc. en janvier 2023 à Brampton.  FACEBOOK CTOA Photo tirée de Facebook, CTOA – PUBLIÉE PAR LE JOURNAL DE MONTRÉAL
Communiqué du CTOA : 

The Canadian Truck Operators Association (CTOA) is expressing serious concern regarding two articles published by Le Journal de Montréal that misrepresented immigrant truck drivers, particularly Sikh drivers, and offered a distorted picture of Canada’s trucking industry. The articles singled out one private individual as the face of a national policy issue and relied almost exclusively on a single lobby group’s viewpoint, failing to reflect the diversity and complexity of Canada’s transportation sector.

Immigrant and Sikh truck drivers play a central role in Canada’s supply chain. They complete the same licensing, safety, and training requirements as all other commercial drivers and operate to high professional standards. These workers keep essential goods moving across the country every day. The articles failed to acknowledge this reality and instead used language that tied industry-wide safety issues to the cultural or newcomer background of drivers. This framing unfairly associated Sikhs and immigrant drivers with fraud, danger, or broader industry problems, and these claims were presented without evidence.

The coverage also ignored the perspectives of multiple trucking associations, safety experts, labour economists, and federal or provincial regulators. Canada’s trucking sector is complex and cannot be accurately understood through a single organization’s interpretation. Responsible journalism requires the inclusion of multiple viewpoints, especially when discussing safety, labour practices, and economic impacts.

Equally concerning is the lack of evidence-based analysis on road safety. The articles did not present verified data from enforcement agencies, did not explain inspection findings, and did not acknowledge the broader regulatory challenges facing the sector. Public conversations about safety must rely on facts, not generalized assumptions about newcomer communities.

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ashtelecall