
Deux collisions graves entre des véhicules légers et des camions lourds, survenues en moins de 24 heures au Québec, mettent en lumière une réalité préoccupante pour les camionneurs, souvent témoins et victimes de drames qu’ils n’ont pas provoqués, mais dont ils subissent les conséquences.
Deux accidents en moins de 24 heures
Le premier accident s’est produit hier, le mardi 26 mars vers 9h, sur la route 117 dans le secteur du lac Pythonga. Une voiture a subitement quitté sa voie pour aller frapper de plein fouet un camion qui arrivait en sens inverse. Le conducteur du véhicule a été grièvement blessé et transporté à l’hôpital après avoir été extirpé de l’habitacle à l’aide des pinces de désincarcération. Le camionneur, lui, n’a pas été blessé physiquement.
Quelques heures plus tard, une scène tout aussi tragique s’est déroulée sur la route 169, en haut de la Côte du Cran, entre Roberval et Saint-Prime. Vers 12h20, une voiture s’est retrouvée dans la voie d’un camion dix roues, provoquant une collision frontale mortelle. Le conducteur de l’auto est décédé sur le coup. Endormissement, malaise, bris mécanique ou geste volontaire : la Sûreté du Québec n’écarte aucune hypothèse. Le camionneur, bien que sauf, est resté seul avec l’impact du drame.
Les mêmes scénarios reviennent
Dans ces deux accidents récents, un même constat s’impose : ce sont les véhicules légers qui, pour diverses raisons encore inconnues, ont quitté leur voie pour aller heurter frontalement des camions lourds circulant en sens inverse. Ce type de collision frontale, parmi les plus graves sur nos routes, est malheureusement loin d’être rare.
Plusieurs cas similaires ont fait la manchette depuis le début de l’année :
- En janvier, sur l’autoroute 50 près de Mirabel, un automobiliste est mort après être entré en collision avec un poids lourd près de Lachute. Le véhicule qui circulait en direction ouest s’est retrouvé à sens inverse, pour une raison inconnue, et le poids lourd n’a pu éviter l’impact;
- Le 11 février, une conductrice est entrée en collision avec un poids lourd sur l’autoroute 55. Selon les témoins de l’accident, la voiture aurait soudainement dévié de sa trajectoire, percutant de plein fouet le camion;
- Il y a deux semaine, une violente collision frontale est survenue en fin d’après-midi sur la route 138 à Petite-Rivière-Saint-François. Selon la SQ, l’automobile a dévié de sa voie pour se retrouver en sens inverse et a frappée de plein fouet un camion;
- Plus récemment, le 25 mars, un autre accident a fait un blessé grave sur le rang Charlotte à Saint-Liboire. Une camionnette se serait engagée dans la voie inverse pour une raison inconnue, percutant un camion lourd qui n’a pu éviter l’impact…
Cette réalité, de plus en plus fréquente, met en lumière des enjeux cruciaux pour la sécurité routière. Elle soulève la nécessité d’une réflexion sur l’aménagement de nos routes, notamment l’ajout possible de barrières médianes sur certains tronçons jugés à risque. Mais au-delà des infrastructures, ce sont aussi les répercussions humaines qu’il faut considérer.
Car derrière chaque impact, il y a des camionneurs qui, même s’ils ne sont pas blessés physiquement, doivent continuer à rouler avec le poids psychologique de ces drames.
Suicide-par-camion, un phénomène tragique
Dans certains cas, la raison derrière la déviation du véhicule est connue. Un triste phénomène appelé suicide-par-camion. En février 2024, sur la route 155 en Haute-Mauricie, une conductrice de 43 ans aurait délibérément provoqué une collision avec un poids lourd dans une tentative de suicide. Elle a plaidé coupable à des accusations de conduite dangereuse et de conduite avec les facultés affaiblies.
Ce type de geste, aussi tragique soit-il pour la personne en détresse, entraîne des conséquences dramatiques pour d’autres usagers de la route qui n’ont rien demandé. Les camionneurs, en particulier, deviennent parfois malgré eux les instruments involontaires d’un passage à l’acte désespéré.
SSTP Camionneurs
Pour les camionneurs, les conséquences de ces collisions ne se limitent pas aux blessures physiques. Selon SSPT Camionneurs, les routiers qui sont impliqués dans une collision majeure pourraient développer des symptômes de stress post-traumatique dans les mois qui suivent. Ces symptômes incluent souvent de l’anxiété, insomnie, cauchemars récurrents ou difficultés à reprendre le volant, et ils peuvent déborder bien au-delà du milieu de travail.

Demander de l’aide n’a rien d’un signe de faiblesse. C’est une démarche responsable, courageuse et essentielle pour préserver sa santé mentale et poursuivre son travail de façon sécuritaire. C’est aussi un acte de lucidité et de respect envers soi-même, sa famille, ses collègues et la profession. Derrière chaque volant se trouve un être humain, dont le bien-être ne doit jamais être relégué au second plan.
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