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Camionnage : Ottawa dit vouloir agir, mais approuve des EIMT sans examiner les risques

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Camionnage : Ottawa dit vouloir agir, mais approuve des EIMT sans examiner les risques

Ottawa dit vouloir agir, mais approuve des EIMT sans examiner les risques

Dans une récente analyse publiée sur Trucknews.com, James Menzies, directeur éditorial spécialisé dans le camionnage, met en lumière une contradiction importante entre le discours du gouvernement fédéral et les données officielles.

Alors qu’Ottawa affirme vouloir s’attaquer aux abus du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET), l’examen des statistiques montre que les Études d’impact sur le marché du travail (EIMT) continuent d’être approuvées en grand nombre pour des chauffeurs de camion, sans véritable filtre pour identifier les employeurs à risque avant l’autorisation.

[Une EIMT est un document que certains employeurs doivent obtenir avant d’embaucher un travailleur étranger dans le cadre du PTET. Une EIMT favorable confirme qu’aucun Canadien n’est disponible pour occuper le poste, ce qui autorise l’employeur à recruter à l’international. Une fois l’EIMT délivrée, le travailleur peut demander un permis de travail en présentant une offre d’emploi, un contrat, un exemplaire de l’EIMT et son numéro de référence.]

Au deuxième trimestre de 2025, plus de 300 entreprises ont obtenu le feu vert pour recruter des chauffeurs étrangers en seulement trois mois. Certaines ont même été approuvées pour 20 conducteurs ou plus à la fois. Aucune de ces entreprises à fort volume ne figurait alors sur la liste fédérale de non-conformité. Cette liste, publiée par Ottawa, recense les employeurs qui ont été sanctionnés pour non-respect des règles du Programme des travailleurs étrangers temporaires.

Mais cette apparente bonne nouvelle doit être relativisée. Les employeurs qui finissent sur la liste noire ne sont généralement pas repérés rapidement. Ils avaient déjà obtenu des EIMT plusieurs mois, voire plusieurs années auparavant, avant que des inspections révèlent des problèmes sérieux, comme des salaires non versés, des documents de paie absents, un refus de collaborer ou une activité douteuse.

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La plupart des EIMT pour des chauffeurs sont approuvées dans le volet des « salaires élevés », qui est censé regrouper des employeurs sérieux et bien organisés. Pourtant, quand les inspecteurs finissent par vérifier ces entreprises, les problèmes trouvés sont souvent importants. On découvre des salaires qui ne correspondent pas à ce qui avait été annoncé, des registres de paie incomplets ou inexistants, des tâches différentes de celles promises dans l’EIMT, ou même des employeurs qui refusent de collaborer avec les inspecteurs.

Selon Menzies, un petit groupe d’employeurs obtient une part étonnamment élevée des autorisations. Quand l’un d’eux est approuvé pour 25 chauffeurs et se retrouve plus tard en non-conformité, ce ne sont pas un ou deux employés qui sont touchés, mais des dizaines de travailleurs à la fois. Cela peut provoquer un effet domino dans toute l’industrie.

Il note également que le niveau de vérification initial ne varie pas selon la taille de la demande. Une entreprise qui demande deux chauffeurs est évaluée de la même façon qu’une autre qui en demande vingt, alors que les demandes massives comportent logiquement un risque plus élevé.

Les inspecteurs font leur travail et les sanctions existent. Certaines entreprises sont interdites de recrutement jusqu’en 2030. Mais intervenir une fois que les problèmes sont déjà survenus n’a rien d’une prévention efficace. Quand les pénalités arrivent, les conducteurs concernés ont déjà subi les impacts des mauvais joueurs.

En parallèle aux constats de James Menzies, les données fédérales montrent que les problèmes liés au PTET dépassent largement la question des EIMT approuvées trop facilement. Depuis 2020, plus de 80 violations impliquant des transporteurs ont été recensées, et plus de la moitié des amendes émises n’ont toujours pas été payées. Malgré ces sanctions, plusieurs entreprises fautives continuent d’opérer légalement sur les routes canadiennes, puisque les interdictions ne visent que leur accès au programme TET. L’explosion des permis de travail ouverts délivrés en Ontario, souvent demandés par des chauffeurs cherchant à fuir un employeur abusif, accentue ce portrait inquiétant.

Pour Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), le système doit être réformé en profondeur. Il propose un processus d’accréditation rigoureux permettant d’identifier les employeurs fiables avant qu’ils ne puissent recruter à l’international, accompagné de vérifications régulières et obligatoires. Selon lui, les récidivistes devraient même perdre le droit d’exploiter des véhicules commerciaux au Canada.

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