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Travailleurs étrangers dans le camionnage : un programme ouvert comme une passoire aux abus

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Travailleurs étrangers dans le camionnage : un programme ouvert comme une passoire aux abus

Camion de transport routier circulant sur une route canadienne – illustration des enjeux liés aux violations du Programme des travailleurs étrangers temporaires dans l’industrie du camionnage.

Des données fédérales révèlent une problématique grandissante dans l’industrie du camionnage canadien : une part importante des violations du Programme des travailleurs étrangers temporaires (TET) provient de notre secteur.

Depuis 2020, plus de 80 infractions impliquant des transporteurs ont été recensées, représentant plus de 10% de tous les cas d’abus liés au programme. Pire encore, plus de la moitié des amendes imposées n’ont même pas été réglées.

Malgré l’ampleur des sanctions, plusieurs entreprises sanctionnées demeurent actives sur les routes canadiennes. En l’absence de mécanisme fédéral suspendant automatiquement leur droit d’opérer, les interdictions s’appliquent uniquement à leur participation au programme TET. Ainsi, tant qu’elles respectent les autres lois en vigueur, ces entreprises peuvent légalement continuer leurs activités, même si elles n’ont pas payé leurs amendes, et parfois, malgré des antécédents d’abus envers des travailleurs étrangers.

Parmi les entreprises sanctionnées, certaines ont reçu des pénalités sévères. En tête, une entreprise du Manitoba s’est vu imposer une amende de 258,000$ et une exclusion de cinq ans. En Ontario, la société Samhil Logistics de Brampton a été condamnée à payer 100,000$ et bannie du programme pendant dix ans.

D’autres transporteurs, notamment en Alberta et en Colombie-Britannique, ont également accumulé des dizaines d’infractions, principalement pour avoir omis de fournir les documents requis lors d’inspections.

L’Ontario n’échappe pas à cette réalité troublante. En plus des sanctions déjà émises, l’Ontario Trucking Association (OTA) rapporte une hausse dramatique du nombre de permis de travail ouverts délivrés à des chauffeurs étrangers. Ces permis sont souvent demandés lorsque les travailleurs cherchent à fuir des employeurs abusifs… Entre janvier et mars 2025, 435 permis ont été délivrés, contre seulement 45 durant la même période l’année passée, soit une hausse fulgurante de 867%. Cette situation est révélatrice d’un climat de détresse généralisée.

Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage (ACC), estime que le système doit être réformé en profondeur, sans pour autant être abandonné.

Il recommande la mise en place d’un processus rigoureux d’accréditation des entreprises avant qu’elles puissent recruter des travailleurs étrangers, accompagné de vérifications régulières. Selon lui, les récidivistes devraient même perdre le droit d’exploiter des véhicules commerciaux sur les routes canadiennes.

Certaines entreprises, comme Eassons Transport en Nouvelle-Écosse, démontrent que le programme peut fonctionner de manière éthique. L’entreprise, qui emploie environ 70% de chauffeurs recrutés à l’international, effectue toutes les étapes du processus directement dans les pays d’origine : entrevues, tests routiers, et collecte biométrique. Elle dénonce les pratiques de certaines firmes qui facturent jusqu’à 50,000$ à leurs travailleurs pour des frais normalement assumés par l’employeur.

Les représentants du secteur s’entendent pour dire que des normes plus élevées et un meilleur encadrement sont nécessaires. Des programmes pilotes, comme celui développé en Nouvelle-Écosse pour certifier les employeurs jugés fiables, pourraient servir de modèle.

L’objectif est clair : protéger les travailleurs contre l’exploitation, tout en maintenant une solution légale pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre dans le secteur du transport.

Le système actuel demeure beaucoup trop laxiste. Pour réellement protéger les travailleurs étrangers, et, par extension, préserver l’intégrité de notre industrie, il faut que les entreprises reconnues coupables d’abus graves soient pénalisées avec la plus grande sévérité, voire privées de leur droit d’opérer. Car il y a fort à parier que celles qui exploitent les failles du Programme TET sont souvent les mêmes qui abusent du stratagème Chauffeur inc., contribuant ainsi à une concurrence profondément déloyale dans le secteur du transport.

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