
Rajwinder Singh : 55 jours de prison pour avoir pris la vie d’Adrianna | Depuis plusieurs années, le Québec est secoué par une série d’accidents impliquant des camions lourds et des chauffeurs à rabais.
Mais pour saisir l’ampleur du problème, il suffit de regarder du côté de l’Ontario, où des communautés entières vivent cette réalité au quotidien.
Dans la grande région de Toronto, particulièrement à Brampton, Vaughan et Caledon, les résidents composent chaque jour avec un trafic lourd omniprésent et des pratiques dangereuses qui mettent constamment leur sécurité à l’épreuve.
Adrianna Milena McCauley, un autre nom qui doit devenir moteur de changement
Le 5 janvier 2026, la cour des infractions provinciales de Caledon a condamné un camionneur de 43 ans, Rajwinder Singh, à 55 jours de prison pour conduite dangereuse ayant causé la mort d’Adrianna Milena McCauley, une jeune femme de Bolton décédée en 2024. La sentence inclut également 24 mois de probation avec obligation de suivre une thérapie, une suspension de permis de trois ans et une amende de 1,000 $, un montant qui a été ajusté en raison de sa situation financière précaire.
Singh avait plaidé coupable en octobre dernier. Son camion est entré dans une intersection près de 10 secondes après que la lumière soit passée au rouge, percutant violemment le véhicule de la jeune femme de 23 ans, qui détenait le droit de passage. La route était sèche, la visibilité excellente, et aucun facteur externe ne permet d’expliquer ce délai fatal.
La justice a rappelé qu’un camionneur a une responsabilité beaucoup plus élevée que celle d’un automobiliste. Dans sa décision, la juge Marsha Farnand a souligné la durée exceptionnelle du délai avant l’impact, justifiant la peine d’emprisonnement au nom de la dénonciation et de la dissuasion. Il s’agit, selon elle, d’envoyer un message fort à l’industrie comme quoi ignorer un feu rouge de plusieurs secondes au volant d’un véhicule de plus de 40 tonnes peut coûter une vie, et entraîner une peine sévère. Singh, de son côté, a présenté des excuses par l’entremise d’un interprète, affirmant qu’il ne remontera jamais dans un camion.

« Nous sommes tellement frustrés par l’issue de cette sentence. Adrianna était une belle jeune femme, au mauvais endroit au mauvais moment. Sa vie a été fauchée par un geste irresponsable, commis par un individu qui a passé sur un feu rouge au volant d’un camion de transport », déclare Carmela Anzelmo-Palkowski, du Caledon Community Road Safety Advocacy (CCRSA) Group, un mouvement citoyen qui affirment voir régulièrement des camions commerciaux rouler trop vite, contourner les règles ou ignorer les feux de circulation.
« Les droits de la mère d’Adrianna, de son fiancé, de son frère, de sa famille et de ses amis ont été écrasés au profit d’un demandeur d’asile au Canada qui est maintenant prestataire de l’aide sociale et qui a besoin de thérapie. Comment est-ce acceptable? Notre système de justice est brisé! »
Des cours de camions illégales au coeur de la communauté
Dans la région de Caledon, un autre enjeu majeur se superpose aux accidents : la prolifération de terrain de stationnement clandestin pour camions. Ces cours improvisées, souvent aménagées sur des terrains agricoles, semi-ruraux ou vacants, fonctionnent en dehors des zones industrielles prévues pour accueillir des véhicules lourds. Sans permis, sans surveillance municipale et sans infrastructures adéquates. Des camions empruntent des zones normalement interdites aux véhicules lourds, roulent trop vite, ignorent des feux ou manœuvrent dangereusement à proximité de maisons et d’écoles.
Ce phénomène, alimenté par la rareté des terrains industriels et l’absence d’inspections suffisantes, contribue directement à un climat d’insécurité constant pour les familles, qui vivent chaque jour avec la crainte d’un autre drame.
Les municipalités peinent à fermer ces cours illégales parce qu’elles doivent passer par des procédures civiles longues et complexes. Chaque intervention exige des démarches qui peuvent s’étirer sur plusieurs années, consomment énormément de ressources et permettent aux exploitants de poursuivre leurs activités pendant toute la durée du processus.
À cette lenteur administrative s’ajoutent désormais des enjeux de sécurité beaucoup plus graves. Les autorités rapportent des problèmes récurrents de fusillades, de menaces et d’extorsion autour de certaines de ces cours clandestines. Ce climat tendu montre que la situation dépasse largement une simple question de zonage ou de nuisance locale. Faute d’outils rapides, de personnel suffisant et de sanctions réellement dissuasives, les autorités se retrouvent dépassées par un phénomène qui évolue plus vite que la réglementation et qui expose directement les communautés environnantes.
Honorons la mémoire des victimes par des décisions courageuses et nécessaires
Des drames comme celui d’Alexandra Poulin, Nancy Lefrançois et son fils Loïc, et d’Adrianna McCauley à Caledon rappellent que nous faisons face à une crise grave. Pensons aussi à la collision survenue près d’Altona, au Manitoba, où Navjeet Singh est accusé d’avoir pris la vie d’une mère de 35 ans et de sa fillette de 8 ans, ou encore au drame en Saskatchewan impliquant l’autobus des Broncos de Humboldt… Ces événements, bien que différents, sont le résultats d’une série de failles, de négligences et de décisions manquantes qui exposent chaque jour des familles entières au pire.
Ce n’est pas seulement une question de fiscalité. L’étude parlementaire menée par Xavier Barsalou-Duval doit être prise au sérieux et aboutir à des mesures rapides, concrètes et plus ambitieuses que ce qu’on a vu jusqu’ici.
« Au début, je croyais que c’était un phénomène isolé. Mais, vous savez, quand j’ai parlé avec des gens de la région de Brampton, Caledon, et qui vivent au quotidien avec ça… Ils ont des trucks partout, ils envahissent des terres agricoles, il manque de sécurité routière… Je me suis dit que c’était beaucoup plus gros que ce que je pensais. De voir que dans ces régions-là, ces entreprises-là font la loi carrément, c’est épeurant », souligne Xavier Barsalou-Duval, député fédéral du Bloc Québécois, qui est appuyé par plusieurs intervenants et communautés partout au pays dans sa démarche.
Les médias doivent se pencher sur la réalité de Caledon, sur l’évolution de cette étude parlementaire et sur ce qui se passe réellement sur nos routes canadiennes. Dans le Nord de l’Ontario, le long des routes 11 et 17, des accidents mortels surviennent régulièrement, souvent liés à des lacunes de formation, d’infrastructures ou de surveillance. Et ces situations se multiplient d’est en ouest au pays.
Nous ne parlons pas seulement de sécurité routière, mais aussi d’un système d’immigration mal encadré qui expose certains travailleurs à l’exploitation. Des entreprises sans scrupules profitent des failles administratives et du manque de surveillance pour imposer des conditions dangereuses à des conducteurs vulnérables. Ces travailleurs se retrouvent utilisés comme de la main-d’œuvre jetable, ne parlent pas toujours nos langues officielles, et parfois même sans être payés.
Et au centre de tout cela, il ne faut jamais perdre de vue les véritables victimes, celles et ceux qui perdent la vie, et les familles qui doivent apprendre à vivre avec un vide irréparable. Un jour, ceux qui détiennent le pouvoir et choisissent encore de regarder ailleurs devront expliquer pourquoi des vies ont été laissées au bout du fil. Nous les payons pour agir, pas pour attendre.












