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Vallée-Jonction : Cinq mois après le décès d’Alexandra Poulin, le silence persiste

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Vallée-Jonction : Cinq mois après le décès d’Alexandra Poulin, le silence persiste

Montage moitié-moitié montrant, d’un côté, une photo souriante d’Alexandra Poulin, jeune femme de 26 ans, et de l’autre, la scène de l’accident à Vallée-Jonction, avec la voiture écrasée sous un poids lourd, qui juxtapose la vie d’Alexandra à la tragédie routière qui a coûté sa vie et qui semble oublié du ministère.

Le 28 décembre dernier, la famille d’Alexandra Poulin, des citoyens et des membres du milieu du camionnage se sont rassemblés à Vallée-Jonction pour dénoncer l’insécurité de la route 112 et les défaillances d’un système qui, selon eux, a conduit à un drame évitable.

Alexandra, 26 ans, a perdu la vie à cet endroit lorsque sa voiture a été écrasée par un poids lourd qui s’est renversé au bas d’une côte, sur un tronçon pourtant interdit aux véhicules de plus de 15 tonnes. Le camion était en surcharge. Cinq mois plus tard, la douleur est toujours vive, mais c’est l’inaction gouvernementale qui ravive la colère de sa mère, Nathalie Poulin.

Dans un entretien accordé à Noovo Info, Mme Poulin affirme n’avoir reçu qu’un appel de la ministre Geneviève Guilbault en décembre, suivi d’un courriel en avril. Ce message soulignait que le bilan routier s’était amélioré au cours des 30 dernières années et que la pandémie avait permis de « prendre conscience de l’importance du camionnage ». Une justification mal reçue. Où était le ministère avant la pandémie?, se demande-t-on.

L’équipe de Truck Stop Québec était présente lors de l’enregistrement de cette entrevue dans le studio de Truck On – Le Podcast, en Beauce. Comme plusieurs, nous avons été choqués par la banalisation apparente d’un drame aussi lourd, balayé sous le tapis par des constats généraux sur l’importance du transport.

Certaines phrases du courriel reçu ont choqué, avec raison, la mère endeuillée.

« Personne n’est imputable de rien. L’entreprise qui a engagé ce chauffeur n’a rien. C’est comme si la sécurité des gens, c’était une patate chaude, personne ne veut s’en occuper », déplore-t-elle.

Depuis l’accident, un simple panneau d’arrêt a été ajouté au bas de la côte de Vallée-Jonction. Un geste salué par Mme Poulin, mais insuffisant tant qu’aucune mesure structurante ne sera appliquée pour prévenir d’autres drames. L’enquête de la Sûreté du Québec est toujours en cours.

Encore un avertissement ignoré?

Dans la nuit du 29 au 30 avril, un autre camion lourd a quitté la route à Beauceville, près de l’intersection des routes du Golf et du Président-Kennedy. Le véhicule a terminé sa course à plus de 200 pieds hors de la chaussée, frôlant une piste cyclable. Par chance, personne n’a été blessé. Mais cet incident, survenu à peine quelques mois après la mort d’Alexandra, illustre encore une fois l’urgence d’agir.

Le ministère a promis une réforme : l’instauration d’une formation minimale de 125 heures pour l’obtention d’un permis de classe 1. Une mesure jugée largement insuffisante par plusieurs, notamment pour les chauffeurs étrangers sans expérience ou n’ayant jamais conduit en hiver.

Mais, soyons clairs : ce problème ne se résume pas à l’origine des chauffeurs. Il est question de pratiques laxistes, de véhicules mal entretenus, de permis délivrés à la chaine et d’embauche parfois aveugle de candidats sans aptitudes, et d’une tolérance dangereuse envers ceux qui contournent les règles. Et peu importe qui est derrière le volant, une vie reste une vie.

Défendre la sécurité, ce n’est pas attaquer les camionneurs, ni le transport en général. C’est refuser de banaliser les négligences. Et, visiblement, ce n’est pas encore compris par ceux qui doivent légiférer. C’est ce que nous retenons du courriel reçu par Mme. Poulin.

Après la mort d’Alexandra Poulin, l’indignation ne suffit plus

Alexandra Poulin n’était pas une statistique. Elle était une jeune femme pleine de projets, aimée, lumineuse. Sa mort devrait marquer un tournant. Son nom doit devenir un symbole du changement que l’on attend encore.

Le milieu du transport a besoin de rigueur, pas de raccourcis. Il faut des inspections fréquentes, un encadrement réel des écoles de conduite, des contrôles routiers présents et efficaces, et une tolérance zéro envers les entreprises qui priorisent les profits au détriment de la sécurité, peu importe leur nom ou le profil de leurs chauffeurs.

Il faut passer de la parole aux actes en matière de prévention. Une mesure simple qui pourrait accompagner une réforme consisterait à installer des caméras aux zones de vérification des freins (brake checks). Dans une ère numérique comme la nôtre, il n’y a aucune excuse pour que ce ne soit pas déjà en place.

Ces caméras permettraient d’identifier les conducteurs qui négligent cette étape. Au-delà d’une simple amende, chaque infraction devrait entrainer une intervention en entreprise. Un contrôleur pourrait alors évaluer l’état réel des équipements et vérifier si la sécurité est réellement une priorité pour le transporteur. À force de sévir fermement, peut-être que le changement pourrait enfin s’amorcer…

Chaque tragédie évitable est un échec collectif. Chaque fois que des permis sont accordés trop facilement, que des panneaux sont ignorés, que des contrôleurs manquent de moyens, on met des vies en danger. Et au bout de cette chaine, ce sont des familles comme celle de Nathalie Poulin qui en paient le prix.

Le nom d’Alexandra doit rester dans nos mémoires, pas pour raviver la douleur, mais pour rappeler que le changement est non seulement nécessaire, mais urgent. Elle mérite qu’on pose des gestes. Elle mérite plus que des mots. L’industrie, les autorités, les syndicats, les camionneurs et les citoyens doivent faire front commun. Parce qu’il ne s’agit pas de prendre parti, mais de défendre une vérité simple : aucune vie ne devrait être prise injustement.

Vous voulez faire équipe avec nous pour mettre de la pression et exiger le changement? Voici l’entrevue de Mme. Poulin sur Noovo, à écouter et partager, sans modération :

Entrevue : Conductrice écrasée à Vallée-Jonction: la mère d’Alexandra Poulin dénonce l’inaction du gouvernement

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Sortie de route d’un camion à Beauceville : Les routes parlent plus fort que les promesses

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