
Entre stigmatisation, exploitation et véritables enjeux de sécurité dans le camionnage | Le camionnage a longtemps représenté une porte d’entrée vers l’emploi et la stabilité pour des milliers d’immigrants sikhs, tant aux États-Unis qu’au Canada.
Originaires majoritairement du Pendjab, en Inde, plusieurs ont trouvé dans ce métier un moyen de subvenir aux besoins de leur famille tout en s’intégrant à l’économie nord-américaine.
Pendant des décennies, le transport routier a ainsi servi de levier d’intégration sociale et économique pour cette communauté.
Aujourd’hui, cet équilibre est fragilisé par une série d’événements récents qui placent les camionneurs sikhs sous surveillance. Des accidents mortels survenus depuis l’été, impliquant des chauffeurs sikhs et ayant causé la mort de plusieurs personnes, ont déclenché une réaction politique rapide aux États-Unis, ravivant le débat sur la sécurité routière et la formation des conducteurs.
Aux États-Unis : une offensive contre les chauffeurs immigrants
L’administration Trump a intensifié une offensive déjà amorcée contre les chauffeurs immigrants, notamment par de nouvelles exigences liées à la maîtrise de l’anglais et à la validité des permis de conduire commerciaux. Le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, soutient que le système de délivrance des permis a été compromis et que la sécurité routière est directement en jeu.
En Californie, un audit fédéral a révélé qu’une proportion importante de permis de conduire commerciaux aurait été délivrée de façon non conforme, parfois au-delà de la validité des permis de travail. La révocation de milliers de permis a plongé de nombreux camionneurs dans l’incertitude, y compris des conducteurs sans antécédents d’accidents. Sur le terrain, des camionneurs sikhs rapportent une hausse du harcèlement et des propos haineux, tandis que des associations dénoncent une stigmatisation généralisée, rappelant que de nombreux conducteurs concernés respectent pourtant les règles et affichent des dossiers de conduite sans incident.
Ce que disent vraiment les données
Une lecture plus attentive des statistiques invite toutefois à nuancer l’impression d’une explosion des accidents. Tant aux États-Unis qu’au Canada, si le nombre total d’accidents impliquant des poids lourds a augmenté en chiffres bruts, lorsque rapporté au nombre de camionneurs et surtout au nombre de kilomètres parcourus, le risque a diminué sur le long terme. En termes simples, il y a plus d’accidents, mais encore plus de camions, de livraisons et de kilomètres parcourus.
Cette tendance générale n’exclut pas certaines réalités préoccupantes. Les données suggèrent que, dans certains contextes précis, la proportion d’accidents impliquant des chauffeurs étrangers pourrait être plus élevée là où la formation, la validation des permis ou l’encadrement présentent des lacunes. Il ne s’agit donc pas de nier les problèmes observés, mais de les replacer dans un cadre plus rigoureux.
Au Québec et dans l’industrie : au-delà des chauffeurs au rabais
La question centrale n’est donc pas de savoir s’il y a « trop d’étrangers » sur la route, mais si tous les chauffeurs, peu importe leur provenance, sont soumis aux mêmes standards élevés de formation, de contrôle et de responsabilité. La réalité démontre d’ailleurs que de nombreux chauffeurs étrangers, notamment en provenance de pays comme la France ou la Belgique, exercent leur métier de façon généralement conforme et sécuritaire, ce qui confirme que l’enjeu ne relève pas directement de l’immigration elle-même.
En revanche, certains chauffeurs étrangers peuvent se retrouver dans une situation de plus grande vulnérabilité, notamment en raison de leur statut, de la pression économique liée au soutien de leur famille, d’une culture du transport différente et/ou d’une connaissance limitée des règles locales. Cette vulnérabilité peut les rendre plus susceptibles d’être exploités par des entreprises peu scrupuleuses. Plusieurs enquêtes ont ainsi mis en lumière des pratiques problématiques au sein de certaines entreprises qui imposent des horaires excessifs, contournent les règles et contribuent à une surexposition au risque, notamment par le non-respect des heures de conduite.
Au Québec, la lutte contre le stratagème des chauffeurs au rabais a occupé une place centrale en 2025, et avec raison. La mobilisation de l’industrie, des associations et des acteurs politiques a été exceptionnelle pour tenter de freiner un fléau qui nuit à la sécurité routière et à la concurrence loyale. Ces avancées méritent d’être reconnues, et la lutte doit se poursuivre, non seulement pour préserver l’intégrité de l’industrie, mais aussi pour protéger ces chauffeurs étrangers qui, en raison de leur vulnérabilité, peuvent être davantage exposés à l’exploitation et aux abus, et pour stopper les transporteurs abusifs qui ne respectent pas les règles et qui figurent parmi les causes premières des risques et des dangers sur les routes.
Mais cette mobilisation ne doit pas faire oublier que la sécurité routière demeure un enjeu collectif et multifactoriel. Plusieurs accidents mortels récents, qui ont même réclamés de très jeunes vies, n’étaient pas liés à ces stratagèmes. La distraction au volant, la fatigue et certains comportements à risque demeurent omniprésents et concernent l’ensemble des usagers de la route, camionneurs ou automobilistes, peu importe leur origine ou leur statut.
La sécurité routière concerne tous les usagers
C’est en poursuivant le travail amorcé contre les chauffeurs au rabais, tout en gardant un regard honnête sur ce qui se passe aussi dans notre propre cour, que le camionnage pourra continuer de se renforcer, regagner la confiance du public et réellement améliorer la sécurité routière. C’est sans doute l’un des grands défis, et des espoirs, de l’industrie pour 2026.
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