
Depuis plusieurs mois, le gouvernement fédéral multiplie les inspections pour lutter contre la mauvaise classification de chauffeurs dans l’industrie du transport routier et mettre un terme au modèle Chauffeur Inc.
Le phénomène n’est pas nouveau. L’Association du camionnage du Québec alerte les autorités sur ses impacts depuis plus d’une décennie et affirme avoir entrepris des démarches auprès du gouvernement fédéral dès 2012 pour tenter d’y mettre fin.
Mais aujourd’hui, l’enjeu dépasse la pratique elle-même. La question qui se pose est plutôt celle des répercussions économiques possibles de sa correction.
Un marché qui s’est ajusté à un modèle de coûts plus bas
Au fil des années, une partie du marché du transport s’est adaptée à des coûts d’exploitation plus bas rendus possibles par ce modèle. Les taux de transport, la concurrence entre transporteurs et certaines attentes des expéditeurs se sont graduellement ajustés à cette réalité.
Si les règles sont maintenant appliquées plus strictement, cet équilibre pourrait être appelé à changer. Des analyses publiées dans le Journal of Commerce indiquent que la correction du phénomène Chauffeur Inc. pourrait réduire une partie de la capacité de transport et exercer une pression à la hausse sur les taux, particulièrement dans les corridors entre le Canada et les États-Unis.
Autrement dit, si une partie du marché s’est développée dans un environnement où les coûts n’étaient pas les mêmes pour tous les acteurs, le retour à des règles plus strictes pourrait entraîner un réajustement du marché.
Ce changement pourrait entraîner une hausse des coûts dans la chaîne logistique si les tarifs de transport s’ajustent pour refléter des structures de coûts plus élevées. Comme le transport routier est au cœur de l’approvisionnement des commerces, voire même, de l’économie, ces ajustements pourraient éventuellement se répercuter jusqu’aux consommateurs.
Impacts possibles pour les transporteurs et les camionneurs
Mais cette transition pourrait aussi créer de nouvelles occasions pour les entreprises qui ont continué d’opérer avec des structures conformes. Dans un contexte où la concurrence deviendrait plus équilibrée, ces transporteurs pourraient reprendre de la place dans le marché ou élargir leurs activités.
Du côté des camionneurs, certains acteurs du secteur estiment qu’une telle transition pourrait aussi avoir un impact sur les conditions de travail. Si certaines entreprises disparaissent ou réduisent leurs activités, les transporteurs qui restent pourraient devoir offrir de meilleures conditions pour attirer et retenir les routiers professionnels.
Corriger une pratique qui s’est installée pendant des années dans une industrie ne se fait toutefois pas sans ajustements. Dans un contexte déjà marqué par l’inflation, les tensions géopolitiques et la volatilité du prix du pétrole, plusieurs se demandent comment le secteur du transport absorbera ce changement.
L’ampleur de l’impact dépendra toutefois en grande partie de la manière dont les règles seront appliquées et de la capacité des autorités à faire respecter les obligations existantes dans l’industrie.
Une chose apparaît néanmoins de plus en plus clairement. Si une partie du camionnage s’est adaptée à des coûts artificiellement plus bas au fil des années, la correction du modèle Chauffeur Inc. pourrait progressivement révéler le véritable coût du transport routier.
Toutefois, cette question ne règle pas à elle seule tous les enjeux du secteur. D’autres mesures seront nécessaires pour s’attaquer aux problèmes qui touchent l’industrie, notamment en matière de sécurité routière, de formation, d’application des règles et de pratiques commerciales, dans un contexte où les interventions et les réglementations peuvent varier d’une province à l’autre, tant pour le camionnage que pour le secteur du dépannage routier.













