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Assurance camionnage : pour mieux comprendre pourquoi les primes explosent dans l’industrie

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Assurance camionnage : pour mieux comprendre pourquoi les primes explosent dans l’industrie

Camions en file dans un terminal de conteneurs illustrant l’article « Assurance camionnage : pour mieux comprendre pourquoi les primes explosent dans l’industrie » publié par Truck Stop Québec.

Dans l’industrie du camionnage, la hausse des primes d’assurance est souvent expliquée par l’augmentation des accidents, le prix des camions ou encore les coûts de réparation.

Mais, ce dont on parle moins, c’est le modèle économique même de l’assurance dans le transport routier, qui est soumis à des pressions de plus en plus importantes.

Devant le comité permanent des transports de la Chambre des communes, des représentants du Bureau d’assurance du Canada (BAC) ont indiqué que, ces dernières années, les réclamations et dépenses ont parfois dépassé les primes perçues dans le secteur du transport.

Le paradoxe de l’assurance dans le transport

Cette situation peut sembler paradoxale. Pourquoi les assureurs continuent-ils d’offrir des polices si les pertes dépassent les revenus? En réalité, l’assurance fonctionne selon un modèle financier particulier. Toutes les réclamations ne sont pas réglées immédiatement. Dans certains cas, notamment lorsqu’il y a des blessures ou des poursuites civiles, un dossier peut rester ouvert pendant plusieurs années avant que le montant final soit établi et versé.

Pendant ce temps, les primes payées par les entreprises assurées ne restent pas simplement dans un compte. Les assureurs investissent cet argent sur les marchés financiers jusqu’au moment où les réclamations doivent être payées. Ce mécanisme permet de générer des revenus supplémentaires pendant que les dossiers sont encore en cours de traitement.

Statistiques sur les réclamations dans le camionnage, provenant du BAC.
Source : BAC

C’est ce qui explique pourquoi une compagnie d’assurance peut parfois enregistrer des pertes sur certaines polices tout en continuant d’opérer. Les revenus provenant des investissements peuvent compenser une partie de ces pertes techniques. Mais lorsque le nombre d’accidents augmente et que le coût des réclamations grimpe rapidement, l’équilibre devient beaucoup plus difficile à maintenir. Les assureurs, devant cette situation, réagissent généralement en augmentant les primes, en resserrant leurs critères de sélection ou en réduisant leur exposition à certains segments du marché.

Dans certains cas, les assureurs transfèrent même une partie de ces risques à des réassureurs, des compagnies qui assurent les assureurs eux-mêmes. Ce mécanisme permet de répartir les pertes lorsque surviennent des accidents très graves pouvant entraîner des réclamations de plusieurs millions de dollars. Lorsque ces réclamations importantes deviennent plus fréquentes, les réassureurs augmentent à leur tour leurs tarifs pour couvrir ce risque accru. Ces hausses se répercutent ensuite sur les assureurs, puis sur le prix des primes payées par les transporteurs.

Hausse des coûts et nouveaux risques dans le transport

C’est ce qui se produit actuellement dans le camionnage. La valeur des véhicules, le prix des pièces, la complexité technologique et les coûts de réparation ont fortement augmenté au cours des dernières années. Un tracteur routier moderne peut aujourd’hui coûter plusieurs centaines de milliers de dollars, et les réparations impliquent souvent des systèmes électroniques et des technologies avancées. Même une collision relativement mineure peut donc entraîner des coûts beaucoup plus élevés qu’il y a une dizaine d’années.

Statistiques sur les assurances et l'expérience camionneurs dans le transport routier.
Selon un rapport commandé par le Bureau d’assurance du Canada et réalisé par la firme MNP.

Les assureurs doivent aussi composer avec des risques de plus en plus difficiles à prévoir. Le vol de cargaison, la fraude en assurance et certaines collisions mises en scène font partie des phénomènes surveillés de près dans l’industrie. Des organisations comme CargoNet et le BAC indiquent que ces stratagèmes peuvent parfois être liés à des réseaux criminels organisés et générer des pertes importantes. Bien que ces situations ne représentent qu’une partie des sinistres, elles contribuent à augmenter le niveau de risque global dans le transport routier.

« Nuclear fleets »

Un autre phénomène dont on parle dans le transport nord-américain est celui que certains appellent les « nuclear fleets ». Il s’agit d’entreprises dont le niveau de risque est particulièrement élevé, souvent en raison d’un historique d’accidents, de problèmes de conformité ou de pratiques de gestion jugées déficientes. Ces entreprises peuvent parfois encore obtenir de l’assurance, mais généralement à des coûts beaucoup plus élevés ou auprès d’assureurs spécialisés dans les risques plus difficiles.

Comme les accidents impliquant ces flottes peuvent entraîner des réclamations très importantes, quelques entreprises très problématiques peuvent suffire à influencer les calculs de risque des assureurs et contribuer à faire grimper les primes dans l’industrie.

Des assureurs de plus en plus prudents

Face à cette pression, plusieurs assureurs ont commencé à réduire leur exposition à certains segments du transport ou à resserrer leurs critères de sélection. Le marché de l’assurance devient ainsi de plus en plus sélectif. Les entreprises qui présentent un bon dossier de sécurité, des programmes de formation solides et des pratiques de gestion rigoureuses peuvent encore bénéficier d’une certaine concurrence entre assureurs. À l’inverse, les transporteurs jugés plus risqués se retrouvent parfois avec moins d’options ou avec des primes beaucoup plus élevées.

Statistiques sur les assurances et les risques d'accident dans le transport routier.
Rapport Commercial Trucking Insurance and Education (MNP), commandé par le Bureau d’assurance du Canada (BAC), 2024

Plusieurs transporteurs affirment d’ailleurs que l’assurance est devenue l’un des obstacles les plus importants pour démarrer ou maintenir une entreprise dans l’industrie. La situation peut être encore plus difficile pour les petites entreprises et les propriétaires-exploitants, qui disposent souvent de moins d’historique et de ressources pour répondre aux exigences des assureurs.

Dans ce contexte, l’assurance devient presque un indicateur de la santé globale de l’industrie du transport. Lorsque les pertes augmentent, les assureurs ajustent leurs modèles de risque et leurs tarifs, ce qui accentue l’écart entre les entreprises bien structurées et celles qui accumulent davantage de problèmes opérationnels.

Au final, l’argent versé en réclamations doit être récupéré quelque part. Même si chaque transporteur est évalué selon son propre niveau de risque, ces coûts finissent généralement par se refléter dans les primes payées par l’industrie.

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