
L’usine Paccar de Sainte-Thérèse s’apprête à connaitre une nouvelle réduction de personnel. Le syndicat Unifor a confirmé que 175 travailleurs seront mis à pied à compter du 4 août 2025, moins d’un an après une première vague de 250 licenciements survenu en décembre.
L’usine, qui assemble des camions Kenworth et Peterbilt, est la seule installation du constructeur américain Paccar au Canada.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de ralentissement marqué de la demande pour les véhicules commerciaux, tant au Québec qu’en Amérique du Nord.
Plusieurs facteurs économiques convergent : la hausse des coûts de production, la pression inflationniste, la fragilité de la chaine logistique, mais surtout, l’instabilité liée aux nouvelles politiques douanières américaines.
Les tarifs imposés par l’administration Trump, sans être directement responsables des compressions, ont créé une incertitude qui pousse les flottes à retarder ou annuler leurs achats.
Selon des déclarations faites à La Presse, la direction de l’usine affirme que la cadence de production a chuté de près de 50% en un an. Paccar, qui comptait plus de 30,000 employés à l’échelle mondiale à la fin de 2024, commence désormais à sentir la pression d’un marché saturé et frileux.
Les experts cités par le Wall Street Journal parlent d’une « récession prolongée du fret », accentuée par des taux de transport historiquement bas, un surplus de camions sur le marché et une baisse généralisée de la demande.
D’autres constructeurs majeurs traversent la même tempête. Volvo Group a annoncé des mises à pied touchant 800 employés aux États-Unis, tandis que Traton SE, maison-mère d’International, a éliminé un quart de travail dans son usine mexicaine, entrainant la perte de 900 emplois. Chez Mack Trucks, une réduction de 250 à 350 postes est également en cours dans la région de la Pennsylvanie.
Selon Business Insider, les transporteurs nord-américains sont paralysés par ce qu’ils qualifient de « brouillard tarifaire », freinant les plans d’investissement à court terme.
Le syndicat Unifor presse le gouvernement québécois d’agir pour atténuer les impacts. Son directeur québécois, Daniel Cloutier, réclame une politique ambitieuse d’achats locaux, permettant de favoriser les véhicules assemblés au Québec dans les appels d’offres publics.
Or, deux municipalités qui ont tenté d’orienter leurs achats vers une marque spécifique ont été réprimandées récemment par l’Autorité des marchés publics (AMP), ce qui freine toute initiative en ce sens-là.
Dans sa plus récente communication aux investisseurs, Paccar n’a pas mentionné les mises à pied à Sainte-Thérèse. L’entreprise a plutôt mis l’accent sur le versement d’un dividende spécial à ses actionnaires. Pourtant, ses résultats financiers du premier trimestre 2025 révèlent une chute marquée des profits, passant de 1,2 milliard $ à 505,1 millions $ en un an. Cette baisse s’explique en partie par une charge exceptionnelle de 264,5 millions $ liée à des poursuites civiles en Europe, ainsi que par une forte diminution des commandes en Amérique du Nord.
La contraction du marché est désormais visible dans les prévisions révisées pour les ventes de camions de classe 8. Alors qu’on anticipait en début d’année entre 250,000 et 280,000 unités pour 2025, les nouvelles estimations situent la fourchette entre 235,000 et 265,000 véhicules. Plusieurs fabricants ont dû ajuster leurs investissements en conséquence, notamment dans la recherche et développement, qui subit elle aussi un ralentissement.
Certains analystes croient tout de même à une reprise modeste au second semestre, motivée par un besoin de renouvellement de flottes vieillissantes, surtout aux États-Unis. Mais pour les travailleurs de Sainte-Thérèse, cette perspective demeure incertaine.











