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Plusieurs manifestations dans le Nord de l’Ontario pour dénoncer les dangers, les accidents et les décès

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Plusieurs manifestations dans le Nord de l’Ontario pour dénoncer les dangers, les accidents et les décès

Graphique : Plusieurs manifestations dans le Nord de l'Ontario pour dénoncer les dangers, les accidents et les décès sur la route 11-17.

Depuis des années, les citoyens et les municipalités du nord de l’Ontario lancent des cris d’alarme concernant l’état des routes 11 et 17, mais la mobilisation actuelle marque un point de rupture.

Ces routes, qui ne comptent qu’une seule voie par direction et aucun véritable chemin alternatif sur de longues distances, offrent très peu de marge d’erreur. Les dépassements y sont risqués et, lorsqu’un accident survient, les conséquences sont immédiates : collisions graves, fermetures complètes et communautés entières coupées du reste de la province.

À cette configuration s’ajoutent d’autres facteurs aggravants bien documentés, notamment un volume élevé de camions lourds, parfois conduits par des personnes mal formées ou titulaires de permis obtenus de façon frauduleuse, un manque d’inspections des véhicules lourds, un entretien hivernal jugé insuffisant pour un corridor de cette importance, ainsi que de longues portions sans éclairage ni séparation centrale.

Ces axes routiers ne sont pas de simples routes régionales : ils constituent un segment essentiel de la Transcanadienne, un corridor vital pour les travailleurs, les familles et le transport des marchandises à l’échelle du pays.

C’est dans ce contexte que plusieurs municipalités du Nord organisent des rassemblements pacifiques coordonnés le samedi 24 janvier 2026, de 10h00 à midi. Des événements sont notamment prévus à Smooth Rock Falls, Cochrane, Temiskaming Shores, Hearst et Fauquier-Strickland, illustrant l’ampleur géographique du mouvement. Partout, le message est le même, la situation n’est plus tolérable. Les organisateurs souhaitent démontrer que le problème dépasse largement une seule localité et touche l’ensemble des communautés qui dépendent quotidiennement de ces routes.

Pour plusieurs citoyens, cette mobilisation est aussi profondément personnelle. Jennifer Baker, résidente de Hilliardton impliquée dans le rassemblement de Témiscaming Shores, nous explique que ce rassemblement s’adresse à tous.

« Ce rassemblement est pour tous les Nord-Ontariens, pour chaque vie qui a été perdue inutilement, pour toutes ces personnes qui devraient encore être parmi nous aujourd’hui. »

Un rapport de 2021 dans le district de Temiskaming a montré que 1,1% des collisions étaient fatales, soit une proportion plus de trois fois supérieure à la moyenne provinciale de 0,3%.

Les impacts humains et sociaux sont lourds. Les morts s’accumulent, les accidents graves se répètent, et les fermetures de route se succèdent année après année. À l’échelle d’une année complète, ces interruptions totalisent des semaines, parfois même plus d’un mois, paralysant les déplacements, l’économie locale et l’accès aux services essentiels.

Guy Bourgouin et John Vanthof interpellent le ministre des Transports de l’Ontario, Prabmeet Sarkaria.

Pour de nombreux résidents, cette réalité engendre une peur bien réelle. Des citoyens qui paient leurs taxes et leurs impôts comme tous les Ontariens, mais qui redoutent désormais de prendre la route simplement pour aller travailler, conscients que le moindre incident peut se transformer en drame ou en isolement prolongé.

« Pour moi, ce rassemblement est profondément personnel », ajoute Mme. Baker. « J’emprunte cette route tous les jours pour aller travailler, faire l’épicerie et me rendre à mes rendez-vous. Mon conjoint est camionneur professionnel depuis 20 ans. Il a suivi la formation appropriée, il est pleinement qualifié et bien équipé pour les conditions de conduite du Nord. Malgré tout, il met sa vie en danger chaque fois qu’il prend la route. »

Elle ajoute que les conséquences psychologiques sont bien réelles :

« Les scènes de carnage qu’il a vues sur nos routes, causées par des conducteurs non qualifiés, l’ont profondément ébranlé. Ma famille, mes amis, mes collègues, tous des gens du Nord, sont forcés de prendre ce même risque chaque fois que nous empruntons cette route. »

Sur le plan politique, certains élus du Nord tentent depuis longtemps de faire avancer le dossier. Lise Vaugeois, Guy Bourgouin et John Vanthof figurent parmi ceux qui travaillent activement à améliorer les conditions routières et à maintenir la pression sur le gouvernement provincial. Le partage de ces appels à la mobilisation par John Vanthof souligne d’ailleurs que l’enjeu dépasse les clivages politiques et qu’il s’agit d’un problème de sécurité publique reconnu. Les enjeux liés aux routes 11 et 17 sont connus à Queen’s Park, documentés et régulièrement soulevés, mais sur le terrain, les communautés dénoncent un écart persistant entre les engagements politiques et les changements concrets attendus.

« Les décideurs et les élus doivent comprendre que les gens du Nord en ont assez », affirme Mme. Baker. « Nous sommes unis et nous réclamons des actions réelles, pas d’autres promesses vides. Nous voulons un meilleur entretien hivernal, davantage d’inspections et de contrôles du ministère des Transports de l’Ontario, plus de voies de dépassement, ou idéalement une route divisée, et surtout, des règles de délivrance de permis beaucoup plus strictes. »

Selon elle, la sécurité routière ne peut plus attendre.

« Il est temps de fermer ces entreprises frauduleuses qui vendent des permis de conduire pour véhicules commerciaux à des conducteurs non qualifiés. Agir sur la sécurité routière est crucial parce que la vie des gens du Nord est en danger chaque jour. Combien d’autres vies devront être perdues avant que des mesures concrètes soient enfin prises? »

En 2024, dans le nord-ouest de l’Ontario, 60% des collisions mortelles impliquaient des camions lourds, et 13 des 21 décès recensés concernaient des véhicules lourds, soit une hausse d’environ 30% par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Ces chiffres heurtent de plein fouet le discours du gouvernement de Doug Ford, qui affirme que les routes ontariennes figurent parmi les plus sécuritaires. Pour de nombreux citoyens du Nord, ces déclarations sont signe d’un mépris profond de la réalité. Le gouvernement donne l’impression de nier la souffrance des familles endeuillées, de banaliser les décès et, aux yeux de plusieurs, de tourner en dérision la mémoire des victimes.

Quand des gens continuent de mourir sur ces routes, prétendre que tout va bien revient à se moquer de ceux qui n’y sont plus et de ceux qui vivent dans la peur d’être les prochains…

Les rassemblements du 24 janvier visent donc à envoyer un message clair et collectif. Il existe une limite à ce que les citoyens du Nord peuvent accepter. Les routes 11 et 17, et plus largement la Transcanadienne dans cette région, doivent devenir sécuritaires. Il n’y a plus de place pour l’inaction.

Écoutez le maire de la ville de Hearst, Roger Sigouin, discuter des rassemblements et de la situation.

Johanne Baril sur Truck Stop Québec en décembre 2024.
Johanne Baril sur Truck Stop Québec, décembre 2024.
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