
Le chauffeur d’autobus qui avait foncé dans une garderie à Laval en février 2023, causant la mort de deux enfants et en blessant six autres, a été déclaré non criminellement responsable en raison de troubles mentaux.
La décision du juge Éric Downs, rendue mardi à la Cour supérieure, repose sur l’avis unanime de deux psychiatres qui ont conclu que Pierre Ny St-Amand souffrait d’une psychose sévère au moment des faits. Il sera désormais détenu à l’Institut Philippe-Pinel, un établissement psychiatrique sécurisé.
Malgré le consensus entre la défense et la Couronne sur son état mental, le verdict a provoqué une vive réaction parmi les familles des victimes. Plusieurs proches ont exprimé leur colère et leur incompréhension, estimant que la douleur des enfants et des parents passait au second plan. D’autres parents ont aussi soulevé la question de la prise en charge des personnes vulnérables ayant vécu des traumatismes, soulignant que l’accusé avait déjà un passé marqué par la guerre et l’abandon.
Originaire du Cambodge, Pierre Ny St-Amand était un orphelin qui a été battu et déplacé de camp de réfugiés en camp de réfugiés avant d’être adopté par un couple québécois. Ce parcours difficile a laissé des traces profondes, selon les psychiatres entendus en cour. Ce volet de son histoire soulève toutefois des questions sensibles dans l’espace public. Jusqu’où les blessures du passé peuvent-elles expliquer un geste aussi grave? Et à quel moment la responsabilité de chercher de l’aide devrait-elle entrer en ligne de compte? Des réflexions nécessaires, dans le respect de la complexité des situations humaines et des limites parfois imposées par la maladie.
L’homme de 51 ans faisait face à 9 chefs d’accusation : deux meurtres prémédités, tentative de meurtre sur les occupants de la Garderie, voies de fait graves sur deux enfants et voies de fait ayant causé des lésions corporelles sur quatre autres enfants.
Le juge a rappelé que ce type de verdict, non criminellement responsable, n’est ni un acquittement ni une condamnation criminelle, mais une décision encadrée par la loi, lorsque la personne ne peut distinguer le bien du mal en raison d’un trouble mental.
Toutefois, la Couronne demande que St-Amand soit reconnu comme un accusé à haut risque, ce qui limiterait fortement ses possibilités de sorties, même encadrées. Cette demande sera débattue devant le tribunal dans les prochaines semaines, la défense ayant déjà annoncé son intention de s’y opposer.
Les proches des victimes auront l’occasion de faire entendre leurs voix jeudi, lors d’une audience consacrée à l’impact de cette tragédie sur leur vie. Même si l’aspect judiciaire progresse, la douleur humaine, elle, reste entière.
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