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Formation des camionneurs au Canada et aux États-Unis : un scandale encore trop toléré?

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Formation des camionneurs au Canada et aux États-Unis : un scandale encore trop toléré?

Formateur en conduite de camion debout près de son véhicule, dans un stationnement aménagé avec des cônes de signalisation, utilisé pour la formation pratique (pour article Formation des camionneurs au Canada et aux États-Unis : un scandale encore trop toléré?)

La Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) semble avoir entamé une véritable opération de nettoyage dans son registre officiel des centres offrant la formation des camionneurs, après avoir été vivement critiquée pour son inaction face aux écoles jugées non conformes.

En avril dernier, deux associations influentes, la Commercial Vehicle Training Association (CVTA), qui regroupe des écoles privées, et la National Association of Publicly Funded Truck Driver Schools (NAPFTDS), qui représente les établissements publics, ont dénoncé l’inaction du ministère des Transports (DOT) et de la FMCSA face à ce qu’elles qualifient de « menace »; des établissements de formation peu scrupuleux qui profiteraient du système.

Selon leur lettre, ces « mauvais acteurs » exploitent les aspirants chauffeurs, sapent la crédibilité des centres de formation légitimes et compromettent la sécurité publique en envoyant sur les routes des conducteurs mal préparés. Un sentiment de déjà vu?

Visiblement, les problèmes observés au Canada, notamment en Ontario, ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une tendance nord-américaine plus large.

Une réaction tardive, mais massive

Jusqu’en avril 2025, seulement quatre établissements avaient été retirés du Training Provider Registry (TPR) depuis 2023, dont trois dans des conditions d’urgence, malgré des centaines de plaintes déposées par des citoyens et agences d’État.

Face à la pression, la FMCSA a accéléré les choses. Près de 60 écoles de conduite ont été radiées du TPR ces dernières semaines. Cette base de données est pourtant cruciale. Depuis l’entrée en vigueur, en 2022, de la réglementation Entry-Level Driver Training (ELDT), tout aspirant au permis de conduire commercial (CDL) doit obligatoirement suivre sa formation dans une école reconnue par ce registre.

Des zones d’ombre dans le grand ménage du registre

Ces actions restent insuffisantes, selon Martin Garsee, directeur de la NAPFTDS et propriétaire d’une école de conduite à Houston. S’il salue l’effort de la FMCSA, il souligne que le « nettoyage » est géographiquement très inégal, puisque 47 des 57 écoles retirées proviennent de seulement quatre États (Michigan, Rhode Island, Ohio et Caroline du Nord). De nombreux autres États, selon lui, ne signalent pas les établissements problématiques.

Par ailleurs, plusieurs écoles radiées n’étaient plus actives depuis des années. L’une d’elles affirmait ne plus offrir de formation CDL depuis octobre 2022, soit peu après l’entrée en vigueur des règles ELDT. D’autres établissements, comme des entreprises de transport ayant jadis offert de la formation interne ou des collèges communautaires, sont aussi apparus sur la liste, sans que la raison précise de leur retrait, volontaire ou non, soit toujours claire.

En date de juin 2025, plus de 8,200 centres de formation sont encore répertoriés au sein du TPR, incluant des options en présentiel, en ligne ou itinérantes. Mais pour plusieurs acteurs du milieu, il faudra aller plus loin.

Les centres de formation expéditifs, et douteux, qui « font passer des permis contre de l’argent rapide » restent une préoccupation centrale, surtout dans un contexte de méfiance envers certains nouveaux chauffeurs, notamment ceux issus de l’étranger ou ne parlant pas anglais…

Une situation connue au Canada

Au Canada, plusieurs provinces ont également dû resserrer les règles encadrant les centres de formation pour conducteurs de véhicules lourds. En Ontario, bien que la formation MELT soit obligatoire depuis 2017, de nombreux écarts dans l’application des normes ont été constatés. Cette situation a mené à la révocation de toutes les approbations délivrées aux collèges privés. Pour conserver leur accréditation, ces établissements doivent désormais soumettre un plan de cours détaillé d’ici juillet 2025.

En Alberta, le programme MELT a récemment laissé place au nouveau parcours de formation appelé Class 1 Learning Pathway. Cette refonte s’est accompagnée d’un investissement de 54 millions de dollars sur trois ans, destiné à améliorer la qualité de l’enseignement et à soutenir le recrutement de nouveaux conducteurs. Les centres de formation doivent maintenant respecter des règles précises, comme un nombre maximum d’élèves par formateur, des installations adéquates, et un contenu de cours bien structuré, autant en classe qu’en camion. Si une école ne respecte pas ces exigences, elle peut voir son autorisation suspendue ou retirée.

Le Manitoba, de son côté, a observé une hausse rapide du nombre d’écoles enregistrées depuis 2019, ce qui a poussé les autorités à renforcer les critères de délivrance de permis, incluant des exigences précises sur les installations, les assurances, les ratios formateurs/élèves et les contenus pédagogiques.

Malgré les promesses de Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre des Transports et de la Mobilité durable du Québec, aucune formation obligatoire n’a encore été mise en place pour les futurs camionneurs au Québec.

Un laxisme toléré par manque de volonté politique

Ces efforts témoignent d’une volonté plus large de rétablir la rigueur dans un secteur où la formation de base est essentielle à la sécurité publique. Si certaines écoles ont déjà été sanctionnées, plusieurs acteurs de l’industrie et vrais routiers professionnels demandent que les inspections soient beaucoup plus nombreuses et que les sanctions soient réellement dissuasives.

Car de toute évidence, ce que l’on observe sur nos routes laisse croire qu’il subsiste encore un important laxisme, voire des cas de fraude dans l’octroi des permis et la qualité des formations. Un problème qui ne repose pas uniquement sur les centres de formation, mais aussi sur certaines entreprises de transport qui embauchent à la hâte, en profitant de toutes les failles possibles du système, y compris celles liées à la formation.

Au Canada comme aux États-Unis, la pression est forte pour que les gouvernements intensifient leurs efforts dans un secteur où la qualité de la formation est directement liée à la sécurité routière, voire la sécurité publique. Former adéquatement les conducteurs professionnels n’est pas un luxe! C’est une responsabilité collective. La vie des usagers de la route, la vie de nos enfants, en dépend.

Lire plus : 

Quand l’absence de formation des camionneurs vire au cauchemar… avec Isabelle Maréchal sur QUB

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