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La fondation Joy Smith dénonce la traite de travailleurs dans le camionnage

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La fondation Joy Smith dénonce la traite de travailleurs dans le camionnage

Image de Truck Stop Québec montrant l’avant d’un camion noir, avec le logo TSQ en haut et le texte « La fondation Joy Smith dénonce la traite de travailleurs dans le camionnage ».

La fondation Joy Smith tire la sonnette d’alarme et dénonce la traite de travailleurs dans le secteur du camionnage.

À travers sa nouvelle campagne de sensibilisation Trafficking Report, lancée en partenariat avec la Manitoba Trucking Association (MTA), Échec au crime et les forces policières, l’organisme veut briser le silence entourant l’exploitation qui frappe certains camionneurs, souvent issus de l’immigration.

Selon la fondation, des centaines de personnes seraient victimes de travail forcé dans la province. Le Manitoba, où l’industrie du transport routier occupe une place centrale dans l’économie, est particulièrement exposé. Pour Aaron Dolyniuk, directeur général de la MTA, cette réalité fragilise les travailleurs et accentue leur vulnérabilité. La ministre du Transport, Lisa Naylor, confirme que le camionnage est ciblé en priorité parce que les risques d’exploitation y sont déjà largement documentés.

La campagne vise à sensibiliser le public, les transporteurs et les travailleurs eux-mêmes à reconnaitre les signes de traite. Pour Janet Campbell, présidente de la fondation, il ne s’agit pas de simples abus en milieu de travail, mais bien d’un crime grave défini par l’article 279 du Code criminel du Canada.

Parmi les indicateurs les plus fréquents figurent la confiscation de documents comme le passeport, le non-paiement des salaires, l’impossibilité de quitter son emploi, des horaires démesurés ou encore des conditions de logement précaires. Derrière ces situations se cachent souvent la peur, l’intimidation et des dettes qui maintiennent les camionneurs dans un cercle vicieux.

Pour faciliter les dénonciations, la fondation s’associe à Échec au crime afin de permettre aux victimes ou aux témoins de signaler anonymement des cas d’exploitation. Robert MacKenzie, président du conseil d’administration de l’organisme, rappelle que beaucoup de travailleurs craignent d’être expulsés du pays s’ils se manifestent. De son côté, la sergente Cathy Farrell, de l’unité spécialisée contre la traite de personnes au Manitoba, insiste : plus les gens oseront dénoncer, plus il sera possible de les protéger et de les accompagner.

L’exploitation ne menace pas seulement les camionneurs, mais aussi la sécurité de tous les usagers de la route. Des conducteurs forcés de travailler de longues heures, parfois avec une formation insuffisante et au volant de camions mal entretenus, représentent un danger collectif, souligne la fondation.

Au-delà de l’aspect humain et sécuritaire, l’industrie du camionnage subit aussi une atteinte à sa réputation. Pauline Wiebe Peters, présidente du conseil d’administration de la MTA, constate que la population se méfie davantage des camions et de leurs conducteurs, craignant fatigue, surmenage ou manque de fiabilité de l’équipement. Restaurer la confiance devient essentiel dans un secteur déjà fragilisé par la pénurie de main-d’œuvre et la concurrence.

Le gouvernement canadien rappelle d’ailleurs que les travailleurs migrants et les nouveaux arrivants sont plus à risque d’exploitation en raison de barrières linguistiques, de leur statut précaire et de leur isolement. Dans un secteur comme le camionnage, marqué par les longues distances et l’éloignement, ces vulnérabilités s’accentuent.

Poster : Labour Trafficking is Modern-Day Slavery
Protect drivers, families, and communities from forced labour.À cela s’ajoute un système fragmenté, où les contrats passent par de multiples intermédiaires avant d’atteindre le chauffeur. Les grandes entreprises de logistique confient souvent leurs livraisons à des transporteurs plus petits, qui recrutent ensuite des conducteurs étrangers par le biais du stratagème « chauffeurs inc. ».

Ce stratagème oblige des camionneurs à se déclarer travailleurs autonomes même s’ils font le travail d’un employé, permettant aux entreprises d’éviter de payer les charges sociales et de transférer les risques financiers sur les conducteurs. Cette dilution des responsabilités rend les abus plus difficiles à retracer et facilite les salaires impayés, les horaires abusifs et les conditions précaires.

La campagne Trafficking Report, de son côté, mise sur des affiches, des panneaux publicitaires et la plateforme traffickingreport.ca pour informer et encourager le signalement. Soutenue par l’Alliance canadienne du camionnage, elle veut faire du Manitoba un point de départ pour une mobilisation nationale. Un enjeu crucial, puisque ce fléau touche l’ensemble du secteur canadien et se fait sentir jusque sur les routes du Québec.

En sensibilisant le public et en renforçant les mécanismes de dénonciation, la fondation espère protéger les travailleurs les plus vulnérables, sécuriser les routes et redonner confiance à une industrie essentielle à l’économie du pays.

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Xavier Barsalou-Duval, député bloquiste et vice-président du Comité permanent des transports, obtient une étude sur le phénomène des chauffeurs au rabais / les travailleurs exploités.

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