
L’autoroute 55, reliant le pont de Trois-Rivières à l’autoroute 20 sur la rive sud du Québec, est devenue l’un des tronçons les plus dangereux pour les automobilistes et les camionneurs dans la province.
Depuis le début de 2025, plusieurs accidents graves y ont encore été recensés, causant plusieurs morts, dont trois au cours de la dernière semaine seulement.
- Le 4 avril 2025, un camionneur a effectué un demi-tour illégal à Saint-Wenceslas, provoquant une collision qui a coûté la vie à deux sexagénaires.
- Le 8 avril 2025, une voiture a dévié de sa voie et est entrée en collision frontale avec un camion lourd, entrainant un décès.
Toutes ces tragédies sont survenues sur des tronçons dépourvus de séparation physique entre les voies opposées.
Une infrastructure connue pour être dangereuse
Depuis plus d’une décennie, la dangerosité de ce tronçon est documentée. Dès 2011, le ministère des Transports du Québec (MTQ) reconnaissait la nécessité d’agir. Pourtant, en 2025, la situation reste critique.
L’absence de séparation médiane sur certaines autoroutes, comme la 55 et la 50, augmente considérablement les risques de collisions frontales, souvent mortelles. Ces routes facilitent également les manœuvres interdites, telles que les demi-tours illégaux, et rendent les dépassements particulièrement dangereux, puisque les conducteurs doivent franchir la ligne médiane pour effectuer leur manœuvre.
La moindre distraction ou un moment de fatigue peut suffire à provoquer une déviation dans la voie opposée, avec des conséquences tragiques. Les conditions hivernales aggravent encore davantage les risques sur ces tronçons vulnérables.
Les camionneurs, en particulier, sont directement exposés. Confrontés à des véhicules qui dévient soudainement, ils disposent de très peu de temps pour réagir. Contrairement à une voiture, un poids lourd ne peut pas donner un simple coup de volant pour éviter un obstacle sans risquer d’aggraver la situation. Toute manœuvre brusque peut entrainer une perte de contrôle, une sortie de route ou une collision avec d’autres véhicules, ce qui expose encore davantage à des conséquences dramatiques.
Ces événements laissent des séquelles psychologiques profondes chez les chauffeurs qui en sont les victimes indirectes. Chaque jour qui passe sans intervention concrète augmente la probabilité de nouveaux drames, alors que la dangerosité de cette infrastructure est connue depuis de nombreuses années.
La colère monte chez les camionneurs et dans la population
Face à cette situation qui s’aggrave, le mécontentement ne cesse de croître au sein du milieu du transport. Les chauffeurs, quotidiennement exposés aux dangers de la 55, réclament des mesures concrètes pour sécuriser cette autoroute. Ils dénoncent l’inaction gouvernementale, ainsi que les délais accumulés dans la réalisation des travaux, et appellent à une intervention rapide pour éviter d’autres drames.
Conscients de l’importance du respect des règles, les camionneurs ne cherchent pas à éluder leurs responsabilités, mais réclament surtout des aménagements capables de limiter les risques pour l’ensemble des usagers de la route.
Les comportements inquiétants observés sur ces tronçons, comme des automobilistes qui dévient soudainement de leur voie pour foncer dans la circulation opposée, souvent directement devant des véhicules lourds, alimentent aussi ce climat de colère. Ces gestes peuvent être liés à une simple distraction, mais parfois aussi à des actes délibérés.
Ce phénomène, bien connu dans l’industrie du transport, est désigné sous le terme de suicide-par-camion. Les routes à chaussées opposées sans barrière centrale, comme l’autoroute 55, créent malheureusement des conditions propices à ce type d’événement tragique.
Le doublement en attente
Le projet de doublement de l’autoroute 55, réclamé depuis des années, traverse une zone d’incertitude. En avril 2025, la ministre des Transports Geneviève Guilbault a confirmé que le projet fait l’objet d’une réévaluation et que la fin des travaux pourrait être repoussé. Si un tronçon de 7 kilomètres doit être livré d’ici la fin de 2025, aucun engagement ferme n’a été pris pour l’ensemble du doublement sur 27 kilomètres, prévu initialement pour 2028.
La ministre assure que les travaux ne sont pas compromis, mais refuse de s’engager sur les échéanciers. Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, promet de tout faire pour les respecter, sans pouvoir garantir de résultats concrets.
Selon les plus récentes données du MTQ, près de 30,000 véhicules circulent chaque jour sur ce tronçon. Chaque véhicule qui s’y engage prend le risque que des années de retard politique puissent, à tout moment, lui coûter la vie.
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