
Des camions autonomes roulent sur les routes de l’Ontario – Ils sillonnent les routes entre Toronto et Brampton sans qu’aucune main ne tienne le volant. Ces camions fourgons, bardés de capteurs, de caméras, de radars et de lidars, assurent quotidiennement le transport de marchandises, notamment des produits alimentaires, entre un entrepôt de Loblaws et son siège social.
Leur particularité? Ils roulent seuls, ou presque. Gatik, l’entreprise californienne derrière ces véhicules, opère en Ontario depuis 2020, avec des trajets fixes et un conducteur prêt à intervenir… pour l’instant.
Cette technologie, qui relevait encore de la science-fiction il y a quelques années, s’est d’abord installée au sud de nos frontières. Elle commence maintenant à prendre place sur les routes canadiennes, notamment dans le Grand Toronto. Gatik, tout comme NuPort Robotics, une entreprise ontarienne, participent activement à l’évolution de ces camions autonomes. Tandis que Gatik se concentre sur les fourgons de livraison, NuPort va plus loin en testant des semi-remorques sur routes privées, en partenariat avec Canadian Tire. Leur objectif? Voir ces mastodontes circuler eux aussi sans chauffeur sur les voies publiques d’ici peu.
Mais la course à l’autonomie ne s’arrête pas là. À Toronto, Waabi Innovation développe une flotte de camions lourds autonomes qui, pour l’instant, parcourt les longues routes entre Dallas et Houston, au Texas. Fort d’un financement colossal et appuyé par des géants comme Uber, Nvidia et Volvo, Waabi espère être le premier à déployer des semi-remorques sans conducteur pour des trajets longue distance. Le Québec et le reste du Canada attendent encore leur tour, mais l’industrie observe avec attention ces avancées technologiques.
Derrière cette révolution, il y a une promesse : celle de pallier la pénurie de chauffeurs, qui pourrait dépasser 40,000 postes vacants par an d’ici 2030. Les promoteurs de ces camions robotisés vantent aussi leur efficacité énergétique, évoquant jusqu’à 20% d’économies de carburant. Pourtant, malgré cet optimisme, des doutes subsistent. Accidents en zones urbaines, difficulté à détecter certains usagers vulnérables (enfants ou peau plus foncée), capteurs perturbés par la neige et le brouillard… la technologie n’est pas infaillible. Waabi Innovation affirme toutefois avoir franchi un cap avec son système AV 2.0, qui utilise l’IA générative pour simuler des milliers de scénarios et choisir la meilleure réponse en temps réel.
Une solution potentielle aux défis du transport?
Alors que l’Ontario reste la seule province canadienne à autoriser les tests de camions autonomes, la question demeure : ces véhicules sans conducteur sont-ils plus sûres que ceux pilotés par des humains?
Face aux défis persistants de l’industrie, comme la pénurie de chauffeurs, les enjeux de sécurité ou encore les cas de fraude, certains voient dans le camionnage autonome une piste de solution. Les véhicules sans conducteur offrent une conduite standardisée, sans fatigue ni distraction, et pourraient contribuer à réduire les accidents sur les routes. Une étude menée par Waymo montre que leurs véhicules autonomes légers ont généré 88% moins de réclamations pour dommages matériels et 92% moins de réclamations pour blessures corporelles que les conducteurs humains, sur une distance équivalente de plus de 25 millions de kilomètres.
Dans le transport routier, où les lacunes de formation et des stratagèmes comme Chauffeur Inc. augmentent les risques d’accidents et de non-conformité, l’automatisation pourrait offrir une alternative plus encadrée et prévisible. Mais cette technologie reste encore en développement, et il faudra plusieurs années avant de la voir déployée à grande échelle, surtout pour les semi-remorques. Cela laisse du temps à l’industrie pour renforcer les normes de formation, lutter contre les pratiques douteuses et améliorer la sécurité routière, avant que les camions sans chauffeur ne prennent réellement la route.
Les camionneurs seront-ils un jour remplacés?
C’est une question qui revient souvent chez les routiers, alors que le secteur vit une transformation importante. L’idée que les camions autonomes pourraient un jour remplacer les chauffeurs humains suscite à la fois curiosité et inquiétude. Pourtant, les experts s’accordent à dire que cette transition ne se fera pas du jour au lendemain. Selon un rapport de l’Alliance canadienne du camionnage, la demande de chauffeurs devrait continuer de croître, rendant le recrutement de jeunes conducteurs essentiel.
De plus, Uber Freight envisage un avenir où camions autonomes et chauffeurs humains se côtoient dans un réseau hybride. Cette approche permettrait d’alléger le fardeau de la demande de transport en augmentation, d’améliorer la qualité de vie des camionneurs et de créer plus de valeur pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Ainsi, plutôt que de remplacer les chauffeurs, la technologie autonome pourrait redéfinir leur rôle, en les orientant vers des tâches de supervision, de maintenance ou de gestion de flottes.
L’avenir du camionnage pourrait bien passer par l’autonomie, mais avant de voir des semi-remorques sans chauffeur arpenter nos routes, il faudra lever de nombreux défis techniques et réglementaires. Le moteur est lancé, mais la destination n’est pas encore tout à fait atteinte!
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