
Chantiers fantômes | Un chantier qualifié de « fantôme » a été dégagé jeudi matin sur la rue d’Iberville, à Montréal.
Les cônes orange qui bloquaient une voie entre le boulevard de Maisonneuve et la rue Notre-Dame ont été retirés quelques heures après la diffusion d’un reportage de TVA Nouvelles qui avait mis en lumière la situation.
Depuis le début de la semaine, la présence de cette signalisation routière avait provoqué de longs embouteillages aux heures de pointe, particulièrement en après-midi alors que la rue d’Iberville est utilisée par de nombreux véhicules pour quitter Montréal.
Les citoyens n’ont pas tardé à exprimer leur lassitude. Certains disaient avoir l’impression que les cônes faisaient désormais partie intégrante de leur quotidien, d’autres dénonçaient une multiplication de chantiers qui semblent ne jamais s’arrêter…
Pourquoi des chantiers fantômes?
La présence de cônes sans ouvriers n’est pas un hasard. Dans plusieurs cas, les entrepreneurs installent la signalisation en avance pour réserver l’espace et sécuriser la zone où les travaux doivent s’amorcer. Le problème survient lorsque le calendrier prévu se heurte à des imprévus.
En effet, un même tronçon de rue peut impliquer à la fois la Ville, Hydro-Québec, la Commission des services électriques, Bell et d’autres intervenants. Si l’un d’entre eux tarde à agir, c’est tout le chantier qui reste au neutre, même si les cônes demeurent en place. La signalisation sert alors de balise pour réserver le terrain, mais l’avancement dépend d’un acteur qui n’est tout simplement pas prêt. Est-ce de la mauvaise gestion, un manque de communication ou une coordination défaillante? Probablement un peu de tout.

Il faut aussi savoir qu’une fois un contrat attribué, l’entrepreneur doit bel et bien démarrer ses travaux dans un certain délai afin de démontrer qu’il a pris possession du chantier. Cette étape est une obligation contractuelle qui permet à la Ville de s’assurer que l’entreprise a commencé le projet et qu’elle assume désormais la responsabilité de la zone.
En pratique, cela peut se limiter à l’installation de cônes, de clôtures ou d’une roulotte de chantier, sans qu’aucun travail réel ne soit amorcé. L’entrepreneur évite ainsi d’être en défaut de contrat ou de s’exposer à des pénalités pour retard, même si l’avancement concret se fait attendre. C’est ce mécanisme, pensé à l’origine pour encadrer les délais et protéger l’argent public, qui contribue aussi à alimenter le phénomène des chantiers fantômes. Dans ces circonstances, l’entreprise évite d’éventuelles pénalités administratives, mais l’état d’avancement du projet reste nul pour les citoyens qui subissent les congestions provoquées par des chantiers qui ne s’embrayent pas.
À cela s’ajoutent des problèmes de main-d’œuvre ou de matériel. Le manque de travailleurs qualifiés, les retards d’approvisionnement, et même les conflits de travail contribuent à ralentir les opérations au point de laisser certains chantiers pratiquement inactifs pendant des semaines. La situation est aggravée par une planification parfois déficiente. Des firmes obtiennent plusieurs mandats simultanément et n’ont pas toujours les équipes nécessaires pour les mener de front. Donc, elles « occupent » l’espace sans entreprendre les travaux, simplement pour ne pas perdre le contrat.
En théorie, la Ville de Montréal a instauré la règle des cinq jours d’inactivité : si aucun travail n’est exécuté au-delà de cette période, le chantier doit être démobilisé. Des amendes allant de 500$ à 2,000$ dollars sont prévues, et près de 3,000 constats ont été émis en 2024. Mais dans la pratique, ces sanctions ne suffisent pas toujours à accélérer les opérations, et ne sont peut-être pas suffisamment convaincantes. Les inspecteurs peuvent retirer les cônes lorsqu’ils jugent que la voie doit être libérée, mais l’entrepreneur conserve généralement son mandat et finit par reprendre plus tard, ce qui entretient le phénomène des chantiers fantômes.
Intervention des autorités
Dans le cas de la rue d’Iberville, c’est l’Escouade mobilité qui est intervenue après la médiatisation du problème. Ses agents ont retiré la signalisation excédentaire afin de rouvrir la voie et de fluidifier le trafic. Cette unité spécialisée, créée en 2018, a pour rôle de surveiller les chantiers, de s’assurer que la réglementation est appliquée et de sanctionner les entrepreneurs négligents.
Le 20 août dernier, un autre chantier fantôme a provoqué une importante congestion sur la rue Sherbrooke Est, à l’intersection de l’avenue Papineau, au centre-ville de Montréal. Une seule voie était accessible, forçant les automobilistes à patienter plus de 30 minutes pour franchir un seul feu de circulation. La Ville a dépêché l’Escouade mobilité afin de retirer des cônes et de rouvrir une voie supplémentaire. Le chantier, mis en place sous la supervision de la Commission des services électriques, n’avait mobilisé aucun ouvrier mercredi matin, ce qui a nourri la frustration des usagers coincés dans le trafic.
Le dossier des chantiers fantômes prend désormais une tournure électorale à Montréal. Luc Rabouin, candidat de Projet Montréal, a promis de serrer la vis aux responsables de chantiers et de mettre fin à ce qu’il qualifie de culture du laisser-aller. Quant au nouveau venu dans la course à la mairie, Jean-François Kacou de Futur Montréal, il a pointé un déficit de concertation et d’intelligence économique, plaidant pour de meilleurs outils afin de répertorier et coordonner les chantiers sur le territoire. Les élections municipales de la métropole auront lieu le 2 novembre 2025.
Selon une étude canadienne fondée sur des données GPS, la congestion urbaine fait perdre aux camions jusqu’à 25% de leur temps de trajet. Aux États-Unis, cette congestion coûte environ 7,588$ par camion en moyenne, incluant carburant, entretien et temps perdu.
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