
Alors que la transition vers des véhicules scolaires électriques est au cœur des ambitions environnementales en Amérique du Nord, plusieurs districts scolaires américains rapportent de sérieux problèmes avec les autobus de Lion Electrique.
Fabriqués par l’entreprise québécoise Lion Électrique, récemment rachetée à la suite d’une faillite, ces véhicules sont désormais jugés non sécuritaires ou tout simplement inutilisables par les commissions scolaires qui les avaient acquis grâce à des subventions fédérales.
À Winthrop, quatre autobus électriques inutilisables
C’est notamment le cas du district de Winthrop, dans le Maine. Quatre autobus électriques Lion avaient été achetés par le biais du programme fédéral Clean School Bus de l’Environmental Protection Agency (EPA), dans le cadre de la loi bipartisane sur les infrastructures de 2021. Aujourd’hui, ces véhicules sont tous à l’arrêt.
Selon Coleen Souza, directrice intérimaire du transport scolaire à Winthrop, deux d’entre eux nécessitent des réparations coûteuses, et les deux autres tombent en panne régulièrement. Le district a même dû réactiver certains de ses anciens autobus diesel pour combler les besoins.
Quand l’autobus électrique devient un danger public
Un autre district, situé dans le Midwest américain et ayant préféré garder l’anonymat, a vécu une expérience similaire. Là aussi, les quatre autobus Lion ont été retirés de la circulation. Dès les premières semaines, des problèmes techniques sont survenus, notamment l’incapacité du système électrique à chauffer l’habitacle lorsque la température extérieure descend sous les 2 °C. Pour y remédier, Lion Electrique a installé un chauffage auxiliaire au diesel, ce qui, selon le district, allait à l’encontre même du principe de l’électrification. De plus, la conception de l’appareil permettait à la poussière des routes rurales de s’y infiltrer, le rendant peu efficace.
Au-delà des difficultés d’entretien, c’est la sécurité des élèves qui a été compromise. Le district du Midwest rapporte plusieurs cas de perte de puissance sur l’autoroute, provoquant une perte de direction assistée et de freins, obligeant les conducteurs à immobiliser les véhicules en urgence. Certains problèmes nécessitaient même que le chauffeur quitte le véhicule pour redémarrer le système à l’aide d’un interrupteur externe. Un scénario inacceptable lorsque des enfants se trouvent à bord.
Des défauts de fabrication ont également été signalés, notamment un écart visible sur les portes d’urgence, qui ne se ferment pas correctement. « Le cadre faisait vibrer tout l’autobus, et la porte d’urgence avait un jeu d’un huitième de pouce en haut et d’un quart de pouce en bas. Ce n’est pas sécuritaire », a précisé un responsable. Malgré de nombreuses demandes de service, les réparations n’ont jamais permis de régler les problèmes de façon durable.
Le rêve électrique freiné par la réalité
Pour certains, le programme Clean School Bus de l’EPA, qui a injecté 5 milliards de dollars pour remplacer les autobus diesel, semble avoir misé sur le mauvais cheval. Bien que les districts n’aient rien eu à débourser pour l’achat et l’infrastructure, la gestion des défaillances a été laissée à leur charge. « Nous aurions préféré investir cet argent dans les salles de classe », a confié un des responsables scolaires, tout en soulignant l’absence de suivi réel de la part de l’EPA une fois les autobus livrés.
Malgré tout, les écoles concernées ne rejettent pas l’idée de l’électrification. Les autobus électriques sont plus silencieux, plus confortables, et offrent une alternative propre aux véhicules diesel. Mais dans les cas documentés, le produit livré par Lion Electrique s’est révélé inadapté aux réalités du transport scolaire, surtout en milieu rural. Le manque de fiabilité, conjugué à l’absence de soutien après-vente à la suite de la faillite, laisse un goût amer aux utilisateurs qui se retrouvent, aujourd’hui, avec des autobus hors service et aucune solution en vue.
Lion Électrique se recentre sur les autobus scolaires après sa restructuration
Lion Électrique, autrefois fleuron québécois de l’électrification des transports, a déposé une demande d’insolvabilité au Canada en décembre 2024, suivie d’une faillite formelle aux États-Unis. L’usine de 900,000 pieds carrés située à Joliet, en Illinois, destinée à devenir le principal site de production d’autobus scolaires, a été définitivement fermée, tout comme son site d’assemblage de batteries à Mirabel, au Québec.
En mai 2025, un groupe d’investisseurs québécois a complété le rachat de l’entreprise. La relance se concentre désormais exclusivement sur la production d’autobus scolaires électriques à l’usine de Saint-Jérôme. Aucune reprise de la production de camions électriques n’est prévue pour le moment. Cette décision s’inscrit dans une volonté de reconstruire l’entreprise autour de ses activités initiales, tout en misant sur l’expertise et les capacités locales.
Lion Électrique devra cependant composer avec une réduction permanente de ses effectifs. Le repositionnement stratégique vers les autobus scolaires découle en partie de la volonté du gouvernement du Québec de soutenir cette filière.
Québec a en effet relancé son programme de subventions, qui constitue une pierre angulaire de son objectif d’électrifier 65% de son parc de 11,500 autobus scolaires d’ici 2030. D’ici 2028, une enveloppe de 480 millions de dollars est prévue, et chaque véhicule pourra recevoir une aide allant jusqu’à 240,000$, contre un maximum de 175,000$ auparavant.
Ce retour à la base ne se fait toutefois pas sans défis. Les dernières années ont été marquées par de nombreux problèmes de fiabilité signalés par plusieurs commissions scolaires nord-américaines, ternissant la réputation de Lion sur ce marché. La fermeture de l’usine de Joliet et l’abandon de certains contrats laissent plusieurs districts scolaires sans soutien technique, ni service après-vente. La nouvelle direction devra donc regagner la confiance des clients institutionnels et démontrer que les autobus produits à Saint-Jérôme peuvent répondre aux exigences élevées du secteur.
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