
Le conflit qui oppose actuellement les agents de bord d’Air Canada à leur employeur met en lumière un enjeu que les camionneurs connaissent bien, celui des heures de travail ‘obligatoires’ pour effectuer certaines tâches, mais non payées.
Le syndicat qui représente les agents de bord, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), menace de déclencher une grève si la compagnie refuse de revoir son système de rémunération, qui ne couvre pas l’ensemble des tâches effectuées.
Dans une lettre adressée à la ministre de l’Emploi et de la Famille, Patty Hajdu, Pierre Poilievre a demandé de modifier le Code canadien du travail afin que toutes les heures travaillées soient payées, et non uniquement celles passées en vol.
Selon lui, aucun autre travailleur sous réglementation fédérale n’accepterait d’être en poste sans être rémunéré.
Le système de rémunération appelé « block time » est au cœur de la contestation. Dans ce modèle, la paie commence lorsque les portes de l’avion se ferment et s’arrête à leur ouverture à destination. Les tâches comme l’embarquement, le débarquement, les vérifications de sécurité, l’accueil des passagers, la préparation de la cabine ou encore la rédaction de rapports après l’atterrissage ne sont pas rémunérées.
Le SCFP estime que ses membres effectuent en moyenne 35 heures de travail non payé par mois, ce qui pèse particulièrement sur les équipages affectés aux vols courts avec plusieurs rotations quotidiennes.
Dans l’industrie du camionnage, le phénomène est similaire, particulièrement dans le secteur du transport longue distance payé au mille. Les tâches comme le chargement et le déchargement, l’attente aux quais, les inspections obligatoires, le ravitaillement en carburant, les passages aux douanes ou encore les réparations sur la route sont souvent considérées comme faisant partie du travail… sans pour autant être payées, ou entièrement rémunérées.
Des estimations issues d’associations de camionneurs et d’organismes gouvernementaux parlent d’environ 10 à 20 heures de travail non rémunéré par semaine pour certains conducteurs, soit deux fois plus que les agents de bord d’Air Canada.
Les règles canadiennes sur les heures de service encadrent pourtant clairement ce qui constitue un « temps de service » : toute activité exigée par l’employeur, incluant l’entretien, les inspections, le chargement, les attentes imprévues ou les manœuvres dans une cour. Pourtant, ce temps ne figure pas toujours sur la paie, particulièrement de ceux qui sont payés au millage. Cette situation peut à la fois réduire le revenu des camionneurs et les pousser à rattraper le temps perdu sur la route, ce qui augmente les risques pour la sécurité routière.
Les répercussions économiques sont importantes. Un rapport du DOT américain estime que les retards aux quais réduisent les gains annuels des conducteurs du secteur du transport longue distance de 1,1 à 1,3 milliard de dollars US, et diminuent également le revenu net des transporteurs. De plus, une augmentation de 15 minutes du temps d’attente moyen augmenterait le risque d’accident de 6,2%…
Certaines entreprises paient toutes les heures travaillées, mais elles resteraient minoritaires. Dans un contexte où le recrutement et la rétention des conducteurs sont déjà difficiles, cette pratique de travail non payé demeure un facteur important de départ de l’industrie.
Pour plusieurs, le modèle « Chauffeur Inc. » apparaît comme une alternative pour augmenter le revenu net, même si, à long terme, il comporte aussi ses nombreux pièges.
La mobilisation des agents de bord attire aujourd’hui l’attention du public. Dans le camionnage, cette problématique est pourtant connue depuis des décennies, héritée des pratiques mises en place après la déréglementation des années 1980. Reste à voir si cette vague de contestation dans un autre secteur pourra raviver le débat sur la juste rémunération des camionneurs pour tout le travail important qu’ils accomplissent.
– Avec les informations de Jim Park, Truck News, et Transport Routier :
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