
Une enquête diffusée par CBS News met en lumière un stratagème inquiétant dans l’industrie du transport routier aux États-Unis, un phénomène que nous connaissons bien chez nous aussi.
Il est question de ce que plusieurs appellent des « transporteurs caméléons », soit des entreprises qui changent de nom et de numéro d’identification après avoir accumulé des manquements à la sécurité.
Le principe est simple. Faire disparaître un mauvais dossier, repartir sous une nouvelle identité et continuer les opérations comme si de rien n’était.
Ce type de pratique permettrait à certains transporteurs de contourner plus facilement les contrôles fédéraux. Dans certains cas, les camions, les chauffeurs et les gestionnaires restent les mêmes, mais l’entreprise affichée sur les véhicules change.
Des spécialistes interrogés estiment que le phénomène aurait pris de l’ampleur depuis la pandémie. L’un d’eux avance même qu’entre 10% et 20% des quelque 700,000 entreprises de transport actives aux États-Unis pourraient se situer quelque part dans ce spectre.
L’enquête s’attarde particulièrement à Super Ego Holding, un groupe présenté comme étant au cœur d’un vaste réseau d’entreprises liées à la fois aux États-Unis et à la Serbie. Le lien avec la Serbie passe par une partie de la gestion et des opérations, alors que des employés et des gestionnaires basés là-bas auraient joué un rôle dans l’encadrement de chauffeurs actifs sur les routes américaines. Le groupe fait l’objet d’une enquête fédérale et il est aussi visé par un recours collectif.
Des données citées indiquent que des transporteurs associés à ce réseau auraient cumulé près de 15,000 infractions en matière de sécurité et environ 500 accidents en deux ans.
Plusieurs anciens chauffeurs et une source anonyme présentée comme un lanceur d’alerte décrivent un système axé d’abord sur l’argent, au détriment de la sécurité. Certains affirment avoir été poussés à rouler au-delà de la limite légale, à accepter des conditions abusives et même à changer eux-mêmes, avec des moyens improvisés, le nom affiché sur le camion et le numéro d’identification. D’autres disent avoir vu leur paie amputée par divers frais ou par des modifications à des documents de transport. Super Ego Holding nie toutefois avoir commis des gestes fautifs et soutient ne pas être responsable des actes des transporteurs affiliés.
Le reportage soulève des questions sur la capacité des autorités américaines à surveiller un aussi vaste secteur. Le responsable de la Federal Motor Carrier Safety Administration, Derek Barrs, reconnaît qu’il faut empêcher ces entreprises d’entrer dans le système avant qu’elles puissent prendre la route. L’agence fédérale affirme vouloir moderniser son système d’enregistrement et embaucher davantage d’enquêteurs.
Un phénomène qui existe aussi au Canada
Au Canada aussi, le phénomène des transporteurs caméléons est pris au sérieux. Plusieurs associations réclament la création d’un profil national unique des transporteurs, affirmant qu’un tel outil aiderait à repérer et à éliminer les transporteurs caméléons, qui sont particulièrement liés au stratagème Chauffeur inc.
En Alberta, le ministre des Transports et des Corridors économiques, Devin Dreeshen, a annoncé que 13 transporteurs avaient été retirés des routes de la province pour mauvais rendement, équipement non sécuritaire ou non-respect des normes obligatoires en fin 2025. Parmi eux, sept ont été identifiés comme des transporteurs caméléons. Dreeshen a précisé que ces entreprises contournaient la surveillance en changeant de nom, en créant de nouvelles entités ou en déplaçant leurs activités d’une juridiction à l’autre.
Il a ajouté que ces dossiers exigeaient une collaboration étroite entre provinces justement parce que ces entreprises exploitent les failles du système.











