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Prix plancher aboli : quel impact à la pompe pour l’essence et le diesel?

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Prix plancher aboli : quel impact à la pompe pour l’essence et le diesel?

Un camion se ravitaille en diesel dans une station-service au Québec, alors que le prix plancher vient d’être aboli pour ces deux types de carburants.

Le gouvernement du Québec vient de confirmer la fin du prix plancher sur l’essence et le diesel. Cette mesure, qui empêchait les détaillants de vendre en dessous d’un seuil fixé chaque semaine, sera retirée à travers une modification au projet de loi 69 sur la réforme énergétique.

Québec espère que cette décision fera baisser les prix à la pompe en encourageant la compétition entre stations-service.

Objectif : faire jouer le marché

Même si, à l’origine, le prix plancher avait été instauré pour protéger les petits détaillants contre les baisses de prix agressives des grandes chaînes, le gouvernement estime aujourd’hui que cette mesure freine la concurrence. Elle empêcherait les stations-service de baisser librement leurs prix, même quand les conditions du marché le permettraient. En retirant cette restriction, Québec espère que les consommateurs pourront profiter de prix plus justes à la pompe.

Cette réforme s’inscrit dans un contexte où les prix de l’essence ont récemment baissé dans plusieurs provinces canadiennes, notamment à cause du retrait de la taxe carbone fédérale. Le Québec, lui, conserve son système de marché du carbone, en partenariat avec la Californie, ce qui maintient un écart de prix avec les provinces voisines.

Quel impact pour les transporteurs?

Cette réforme ne touche pas seulement les automobilistes : elle inclut aussi le diesel utilisé par les véhicules lourds, donc par l’industrie du transport routier. Les camions commerciaux verront également leurs prix de carburant évoluer sans encadrement de seuil minimal. En théorie, cela pourrait permettre à certaines entreprises de bénéficier de meilleurs tarifs si la concurrence joue en leur faveur. Mais comme pour l’essence, les mêmes incertitudes demeurent : rien ne garantit que les prix baisseront, ni que les transporteurs en tireront un véritable bénéfice.

Un effet pas garanti à long terme

Si certains y voient une bonne nouvelle pour le portefeuille des automobilistes, d’autres soulèvent des inquiétudes. Selon un professeur en politiques énergétiques bien connu à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau, l’effet positif pourrait ne pas durer. Il estime que la baisse des prix pourrait être temporaire : une concurrence trop féroce risquerait de fragiliser les petites stations indépendantes, qui ne pourraient suivre le rythme des grandes chaînes. À moyen terme, cela pourrait entraîner une concentration du marché, moins de joueurs… et éventuellement une remontée des prix.

Des freins qui pourraient limiter les effets espérés

Plusieurs experts rappellent que d’autres facteurs influencent fortement le coût de l’essence, et que ceux-ci ne disparaissent pas avec la fin du prix plancher. Par exemple, comme le pétrole est acheté en dollars américains, un dollar canadien faible fait grimper la facture dès l’achat. Le Canada a aussi une capacité de raffinage limitée, ce qui peut faire augmenter le prix de l’essence prête à être vendue. Et puisque le marché est déjà très concentré entre quelques grandes compagnies, la marge de manœuvre pour une vraie guerre de prix reste mince. En clair, même si les stations ont maintenant le droit de baisser leur prix, rien ne garantit qu’elles le feront ni qu’elles le pourront réellement.

La taxe carbone reste en place

Québec ne semble pas vouloir aller plus loin pour réduire le prix des carburants, du moins pour l’instant. L’idée de se retirer du marché du carbone n’est pas écartée complètement, mais le gouvernement préfère attendre les résultats des élections fédérales avant de réévaluer sa stratégie. Le marché du carbone génère des revenus qui servent notamment à financer des mesures pour l’environnement et l’électrification des transports, ce qui complique une sortie à court terme.

Une promesse de baisse… ou une manœuvre pour faire bonne figure?

La fin du prix plancher marque un tournant dans la gestion du carburant au Québec. Le gouvernement mise sur la concurrence pour faire baisser les prix, mais plusieurs observateurs restent prudents. Sans véritables mécanismes pour contrôler les marges ou limiter la concentration du marché, cette réforme pourrait profiter davantage aux grandes bannières qu’aux consommateurs. Ce qui est présenté comme un gain pour les automobilistes pourrait bien, à terme, n’être qu’un réajustement politique visant à répondre à la grogne… sans réelle baisse durable à la pompe.

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