
Alors que le procès de Steeve Gagnon s’achève à Rimouski, la défense a soutenu devant les jurés que la tragédie du 13 mars 2023 sur le boulevard Saint-Benoit à Amqui relevait d’un accident plutôt que d’un acte volontaire.
Le quadragénaire fait face à trois accusations de meurtre au premier degré et deux pour tentative de meurtre dirigée contre neuf autres personnes.
Selon son avocat Me Hugo Caissy, Gagnon aurait perdu brièvement le contrôle de son pick-up en tentant de ramasser une capsule de vapoteuse, provoquant une déviation de la trajectoire. Un geste imprudent, mais non prémédité, plaide la défense, qui invite le jury à envisager l’acquittement s’il juge cette version plausible.
La défense admet des incohérences dans le témoignage de l’accusé, notamment des vidéos qu’il a filmées avant les faits. Ces propos, selon elle, découlent d’une dissociation traumatique liée au stress, et non d’un plan machiavélique. De même, les images montrant Gagnon dans un stationnement d’école quelques minutes plus tôt seraient motivées par une recherche de soutien émotionnel, et non par une intention meurtrière.
Le ton a d’ailleurs monté d’un cran lors du contre-interrogatoire mené le 12 juin dernier par Me Simon Blanchette. Alors que le procureur tentait de comprendre pourquoi Gagnon n’avait pas freiné après avoir percuté les piétons, ce dernier a réagi en montant le ton. « Hey! Tu reçois un coup de batte de baseball dans le front, tu perds des bouts un peu. M’a t’en swinguer un, tu vas voir », aurait-il lancé, irrité par l’insistance des questions.
Ces propos violents ne sont pas restés isolés. Gagnon a répété cette image à plusieurs reprises, allant même jusqu’à déclarer : « Je vais rentrer à soir par effraction chez vous, m’a te crisser un coup de batte dans le front », en réaction à une vidéo présentée au tribunal. Il a soutenu qu’il n’était « pas là » mentalement au moment des faits, illustrant, selon la défense, un état psychologique altéré. Ces déclarations ont néanmoins soulevé de sérieuses questions sur sa lucidité après les événements.
Un accident de travail survenu en août 2022 a forcé Gagnon à cesser son emploi de camionneur pour une société de transport à Mont‑Joli, suite à des douleurs dorsales. Ce retrait du travail, combiné à une perte de l’assurance‑emploi et à des dettes accumulées (loyer, assurances collectives), aurait contribué à une détérioration de sa santé mentale. Les témoignages décrivent un homme isolé, en conflit avec les institutions médicales qu’il jugeait incompétentes.
Un psychiatre engagé par la défense, le Dr Samuel Gauthier, a conclu que Gagnon était capable de discerner le bien du mal lors d’une évaluation en septembre 2024, bien que des idées paranoïdes chroniques aient été relevées, sans lien direct avec l’attaque.
En contrepartie, la Couronne maintient que l’attaque constitue un acte prémédité. Me Simon Blanchette a mis en lumière des vidéos où Gagnon décrit un scénario cohérent destiné à faire le maximum de victimes. Il a rappelé les difficultés financières de l’accusé, ses idées délirantes, et le fait que ce dernier avait reconnu avoir planifié un geste violent.
Deux témoins clés ont rappelé l’horreur de la scène. Francine Rioux, témoin, a décrit des victimes projetées dans les airs, dont un bébé, tandis que d’autres rescapés ont raconté comment le conducteur était revenu sur les lieux pour frapper d’autres piétons, donnant l’impression d’une volonté délibérée de causer un maximum de victimes. Ces témoignages renforcent la thèse d’un passage intentionnel et répétitif sur les trottoirs.
Le procès, qui s’est déroulé sur 16 journées d’audience, a inclus près de 50 témoins, dont le Dr Gauthier, et a été perturbé par des interventions parfois virulentes de la part de l’accusé envers son propre avocat, le juge ou le jury.
Le juge Louis Dionne livre ses directives aux jurés aujourd’hui, qui devront délibérer. Ils devront décider si Gagnon est coupable de meurtre prémédité, ou s’il convient plutôt de le juger pour homicide involontaire ou meurtre non prémédité, ou encore de l’acquitter.
Procès de Steeve Gagnon : « Vous voulez me faire chier, vos morveux sont morts »











