
La fusillade survenue devant les installations de HGC (Harman Group of Companies) à Caledon en janvier, captée par une caméra alors que deux individus cagoulés tiraient à répétition sur le bâtiment, a été un signal d’alarme pour de nombreuses entreprises de camionnage de la région de Brampton, qui craignent la violence et l’extorsion.
L’Ontario Provincial Police (OPP) a confirmé que l’incident était le second visant cette même entreprise en quelques semaines.
Ces attaques illustrent une réalité de plus en plus inquiétante pour les forces de l’ordre au Canada. Des réseaux d’extorsion ciblent de plus en plus des entreprises actives dans le camionnage et la logistique, principalement sud-asiatiques, créant un climat d’insécurité qui dépasse désormais les frontières locales.
Selon les données compilées par Peel Police, les cas d’extorsion rapportés dans la région sont passés de 319 en 2023 à 490 en 2024, puis à 436 cas pour les onze premiers mois de 2025. Les méthodes recensées incluent des appels menaçants, des demandes de rançon, des tirs sur des commerces, ainsi que des vidéos envoyées aux victimes pour les intimider. Dans plusieurs situations documentées, des entreprises liées au transport ou à la restauration, deux secteurs où la présence punjabie est très forte, ont été spécifiquement visées.
Extorsion et meurtres : des gangs ciblent les entreprises sud-asiatiques
Les autorités policières n’attribuent pas ces crimes à un simple conflit interne dans la communauté. Au contraire, ce qui se dessine est l’action de groupes criminels organisés qui exploitent la concentration géographique et économique de certaines entreprises pour imposer un système de racket. Par ailleurs, le gouvernement fédéral a récemment désigné le gang indien Bishnoi comme organisation terroriste, confirmant que ce groupe est impliqué dans de l’intimidation, de l’extorsion et des meurtres, y compris au Canada. Toutefois, il n’existe pas à ce jour de preuve publique que ce groupe soit responsable de tous les incidents d’extorsion signalés en Ontario.
Le phénomène n’est d’ailleurs pas limité à la région de Peel. En Colombie-Britannique, notamment à Surrey, des commerçants sud-asiatiques ont rapporté des menaces similaires ayant mené à plusieurs arrestations. En Alberta, des cas isolés ont aussi été signalés de manière médiatique. Ce schéma criminel semble donc se développer là où les communautés sud-asiatiques sont fortement implantées dans le commerce, le transport et les services.
Pour les leaders communautaires interrogés par différents médias, l’origine des criminels importe moins que la raison pour laquelle les victimes sont ciblées : leur visibilité économique, leur concentration géographique et la perception qu’elles disposent de capitaux importants. Cette combinaison facilite la surveillance, l’intimidation et le repérage, créant un terrain propice aux réseaux criminels cherchant à imposer une forme de taxation illégale.
Project Outsource
La Peel Regional Police a récemment démantelé un groupe criminel basé à Brampton dans le cadre de Project Outsource, arrêté 18 personnes accusées notamment d’extorsion violente, de fraude et de possession illégale d’armes. Ce réseau aurait ciblé des entreprises et des familles sud-asiatiques pour soutirer de l’argent, et serait aussi impliqué dans des fraudes à l’assurance liées au secteur du remorquage, selon la police, qui a saisi plus de 4,2 M$ en biens, incluant camions de remorquage, véhicules haut de gamme, armes et munitions. Cette opération fait suite à la création d’une Extortion Investigative Task Force fin 2023 pour répondre à une série d’extorsions ciblant la communauté sud-asiatique de la région.
Des entreprises quittent le Canada pendant que les élus réclament une intervention
Ce climat pousse des entrepreneurs à envisager de quitter le pays. Le consultant Avi Dhaliwal affirme que près de 70% des entreprises punjabies qui évaluent une relocalisation évoluent dans le secteur du camionnage. Certaines ont déjà réenregistré leurs flottes aux États-Unis tout en maintenant leurs routes transfrontalières, privilégiant des États réputés comme étant plus sévères contre la criminalité, par exemple, le Texas ou la Floride, selon les informations recueillies par RED FM.
Face à l’escalade, le maire de Brampton Patrick Brown et le maire adjoint Harkirat Singh pressent Ottawa et Queen’s Park de mettre en place une task force spécialisée, d’améliorer le partage du renseignement et d’augmenter les ressources pour les victimes. Le gouvernement fédéral a confirmé la tenue d’un sommet en janvier avec les autorités provinciales et les services policiers afin de coordonner les efforts. Plusieurs élus considèrent désormais ce dossier comme une problématique nationale qui dépasse largement la communauté punjabi et menace la stabilité d’un secteur économique majeur, dont le transport routier fait partie intégrante.
Si la situation n’est pas contrôlée rapidement, ce qui est aujourd’hui un problème concentré pourrait devenir un enjeu structurel pour l’ensemble de l’économie canadienne, y compris pour les entreprises de transport qui ne sont pas issues de la communauté sud-asiatique.












