
À Ayr, en Ontario, le propriétaire de l’entreprise Bright Water Services affirme que le programme des radars photo de la région de Waterloo met son entreprise en péril.
Selon Wesley Rieck, ce ne sont pas les amendes qui menacent ses activités, mais les points d’inaptitude attribués au CVOR (Commercial Vehicle Operator’s Registration), le dossier de sécurité des transporteurs géré par le ministère des Transports de l’Ontario (MTO).

Alors qu’un automobiliste surpris par un radar photo se voit imposer une contravention financière, les entreprises de camionnage doivent composer avec des répercussions beaucoup plus lourdes. Chaque infraction se traduit par des points inscrits au CVOR, ce qui peut mener à un audit du MTO, compliquer l’accès pour obtenir des assurances ou même limiter les privilèges d’exploitation.
Rieck prétend que ce système crée un déséquilibre, car il estime qu’une petite entreprise n’a pas les moyens de faire face à une hausse marquée des primes d’assurance ou à la menace de perdre ses droits d’opérer à cause de quelques infractions qu’il juge mineures. Il soutient que, même avec une formation rigoureuse, aucun conducteur n’est à l’abri d’une erreur ponctuelle en zone scolaire, ce qui pourrait mettre toute une compagnie en difficulté.
Une responsabilité qui va trop loin?
Jusqu’où doit-on aller pour tenir les transporteurs responsables des gestes de leurs chauffeurs? C’est la question qui fait surface.
Du côté des autorités, la réponse est claire. Le MTO rappelle que les véhicules lourds comportent des risques importants en raison de leur taille et de leur poids. Toutes les infractions au Code de la route, y compris celles captées par des systèmes automatisés, doivent être comptabilisées dans le CVOR afin de permettre un suivi serré de la performance des transporteurs.
Cette approche vise à assurer une vigilance constante et à limiter les risques pour le public. Elle cherche aussi à inciter les transporteurs à recruter des chauffeurs ayant les aptitudes et la formation nécessaires, capables d’adopter des comportements sécuritaires.
Sans cette pression réglementaire, certains exploitants pourraient être tentés d’embaucher sans égard à la sécurité, ce qui est le cas de plusieurs transporteurs douteux, ce qui constitue un risque important pour l’ensemble des usagers de la route.
Du côté des transporteurs, certains comme Rieck estiment que ce mécanisme punit excessivement les entreprises, en particulier les plus petites, pour des fautes qui peuvent relever de l’erreur humaine. Ils craignent que l’équilibre entre sécurité routière et viabilité économique ne soit rompu.
Des résultats positifs pour la sécurité, mais à quel prix?
Les données de la région de Waterloo indiquent que le programme atteint ses objectifs. Depuis l’installation des radars photo dans 17 zones scolaires, la vitesse moyenne des conducteurs a diminué de 15 km/h, et 84% des automobilistes n’ont reçu qu’un seul constat d’infraction. Ces résultats démontrent une amélioration mesurable du respect des limites de vitesse.
Si la sécurité des enfants dans les zones scolaires bénéficie indéniablement de ces mesures, la question centrale est de savoir où placer l’équilibre. Faut-il accepter que les transporteurs portent un fardeau plus lourd que les automobilistes, ou repenser le système pour en atténuer les effets sur les petites entreprises?
Aucun mécanisme n’est parfait, mais celui qui parviendra à concilier la sécurité à long terme et une application jugée équitable sera probablement celui qui s’imposera et restera en place.












