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Pétitions massives et controverse autour du camionneur Harjinder Singh

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Pétitions massives et controverse autour du camionneur Harjinder Singh

Image montrant le procureur général de Floride James Uthmeier et des images de Harjinder Singh au volant de son camion, illustrant la décision de transformer les postes d’inspection agricole en points de contrôle d’immigration pour camionneur après l’accident mortel de la Florida Turnpike.

L’affaire Harjinder Singh, camionneur d’origine indienne accusé d’avoir causé un accident mortel en Floride, prend une ampleur internationale.

Alors que les autorités américaines maintiennent des accusations graves, plusieurs pétitions en ligne recueillent des centaines de milliers, voire des millions, de signatures.

Les pétitions reconnaissent la tragédie, mais demandent aux autorités de faire preuve de clémence envers Harjinder Singh, présenté par ses partisans comme responsable d’un accident et non d’un crime volontaire.

Cette mobilisation suscite un débat mondial où s’entremêlent immigration, justice et sécurité routière.

Une tragédie qui force la Floride a imposé de nouveaux contrôles

Le 12 août dernier, Singh aurait exécuté un demi-tour illégal avec son semi-remorque sur la Florida Turnpike, empruntant un accès réservé aux services officiels. La manœuvre a bloqué les voies nord et entraîné une collision avec une minifourgonnette, causant la mort de ses trois occupants : un homme de 30 ans, une femme de 37 ans et un homme de 54 ans, tous originaires de Floride.

Les images captées à bord du camion montrent Singh amorçant calmement son virage sans sembler tenir compte de la circulation, juste avant que le minivan ne soit happé et écrasé sous la remorque.

À la suite de l’accident, le procureur général James Uthmeier a déclaré que l’ensemble des postes d’inspection agricoles deviendront également des points de contrôle d’immigration pour les camionneurs, en collaboration avec les agents fédéraux.

Les inspecteurs vérifieront non seulement les cargaisons, mais aussi la validité des documents des conducteurs et leur maîtrise de l’anglais. Uthmeier a critiqué la Californie et l’État de Washington pour avoir délivré des permis de conduire commerciaux à Singh malgré ses lacunes et son statut précaire. Il a soutenu que « trois personnes sont mortes parce que certains États ont ignoré les règles », et que ces nouvelles mesures visent à empêcher d’autres drames similaires.

Des permis délivrés malgré son statut et son faible niveau d’anglais

Âgé de 28 ans, Singh était entré illégalement aux États-Unis en 2018, mais il avait évité une expulsion en affirmant craindre un retour en Inde et en demandant l’asile. Libéré sous caution en 2019, il attendait toujours l’audience relative à son dossier. En 2021, il a obtenu un permis de travail, ce qui lui a permis d’accéder à un permis de conduire commercial.

Des zones d’ombre persistent quant à l’obtention de ses permis :

  • État de Washington (2023) : Singh a reçu un CDL alors que cet État n’accorde normalement ces permis qu’aux citoyens américains ou résidents permanents.
  • Californie (2024) : Il a ensuite obtenu un permis « non-domicilié », un type de CDL délivré aux demandeurs d’asile avant même la décision finale de leur dossier.

Ces délivrances font aujourd’hui l’objet d’enquêtes, car elles soulèvent la question de la conformité aux règlements en vigueur.

Échec au test de compétence linguistique

Les enquêteurs de la Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA) ont soumis Singh à une évaluation de sa maîtrise de l’anglais et de la signalisation routière après l’accident. Le constat est accablant, puisqu’il n’a obtenu que 2 bonnes réponses sur 12 questions orales et a reconnu un seul panneau routier sur 4. Ces résultats remettent en cause les conditions dans lesquelles il a pu obtenir ses permis et suivre la formation obligatoire.

Failles réglementaires au Nouveau-Mexique

Le dossier pointe aussi une défaillance survenue peu avant l’accident. Le 3 juillet, Singh avait été intercepté pour excès de vitesse au Nouveau-Mexique. Les policiers auraient dû évaluer ses compétences linguistiques, comme l’exige une règle fédérale entrée en vigueur fin juin. Or, cette procédure n’a pas été appliquée.

Le secrétaire américain aux Transports a déclaré que « ce drame aurait pu être évité » si les États concernés avaient appliqué correctement les règles en vigueur.

Une tentative de fuite et des accusations lourdes

Après l’accident, Singh aurait tenté de quitter la Floride pour se réfugier en Californie. Il a été retrouvé et arrêté par les U.S. Marshals avant d’être extradé vers la Floride. Il est accusé de trois chefs d’homicide involontaire et trois chefs de conduite dangereuse causant la mort. Le juge a refusé de lui accorder une libération sous caution, estimant qu’il représentait un risque de fuite. S’il est reconnu coupable, il risque jusqu’à 45 ans de prison, suivis d’une expulsion automatique.

Réactions partagées

En Inde, le cas suscite une forte émotion. Des prières ont été organisées dans le village natal de Singh, tandis que des organisations politiques et religieuses dénoncent son traitement, notamment son apparition au tribunal sans turban, symbole sacré de la foi sikhe. Le parti Shiromani Akali Dal a adopté une résolution demandant aux autorités américaines de faire preuve d’humanité.

Aux États-Unis, les réactions sont opposées. De nombreuses voix rappellent que trois vies ont été perdues et rejettent l’idée que des pétitions puissent influencer la justice. Certains soulignent également les dangers posés par des conducteurs étrangers insuffisamment formés.

Des répercussions politiques

L’accident s’inscrit dans un contexte tendu autour de l’immigration dans le secteur du camionnage. Dans la foulée du drame, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé la suspension des visas de travail pour camionneurs étrangers, jugeant que la multiplication des conducteurs venus de l’étranger représentait une menace pour la sécurité publique et pour les camionneurs nationaux.

Au Canada, l’Alliance canadienne du camionnage y voit un avertissement.

L’organisation réclame depuis plusieurs années une réforme des programmes d’immigration liés au transport routier, soulignant la nécessité de mieux encadrer les entreprises qui ne respectent pas les normes de sécurité ou exploitent leurs travailleurs.

Les autorités canadiennes ont elles aussi été confrontées à des drames similaires. Récemment, un camionneur d’origine indienne, Navjeet Singh, a été accusé d’avoir causé un accident mortel au Manitoba, coûtant la vie à une mère et sa fille de huit ans. Après avoir quitté la province, il a finalement été arrêté à son retour au pays, neuf mois plus tard, à l’aéroport de Toronto. Cette affaire, qui rappelle l’importance de contrôles plus rigoureux, montre que le Canada n’est pas épargné par les mêmes problèmes de sécurité et de réglementation.

Un débat mondial

Entre les accusations graves, les nombreuses pétitions et les failles révélées dans le système de délivrance des permis, l’affaire Harjinder Singh dépasse désormais le cadre judiciaire.

Elle met en lumière des faiblesses dans les procédures d’immigration et de contrôle routier, tout en accentuant les tensions entre sécurité, justice et compassion, des États-Unis jusqu’au Canada et en Inde.

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