
Kate Dubois : Une force de la nature dans l’industrie du camionnage | Si le nom de Kate Dubois ne vous dit rien, vous passez à côté d’une véritable source d’inspiration! Vibrante de passion pour son métier de camionneuse, son histoire est un flambeau pour toute personne aspirant à entrer dans le monde du transport.
« Je suis camionneuse depuis peu, et j’en suis fière. C’est mon rêve que j’ai réalisé, et j’en mange! »
Dès son enfance, Kate a été captivée, voire totalement éblouie par le camionnage grâce à un proche de la famille, surnommé « Playboy ». Il fréquentait la sœur de Kate et ne manquait pas une occasion de l’impressionner avec son puissant camion monté.
« Je l’entendais arriver de loin, j’étais sur le bord du chemin, j’écoutais le son et je capotais ben raide! Quand j’avais l’occasion, j’embarquais avec lui… Si je fais ça aujourd’hui, c’est grâce à lui qui a toujours été là pour répondre à mes questions et me faire vibrer là-dedans. »
Malgré un amour précoce pour le camionnage, le parcours de Kate vers la profession n’a pas été linéaire. Beaucoup doutaient qu’une femme puisse maîtriser le pilotage de camions lourds dans son entourage. Cependant, en ignorant les sceptiques, Kate a exploré divers métiers tout en gardant son rêve ardement en vie au fond de son cœur. L’appel des routes était tout simplement trop puissant pour être ignoré. Finalement, elle a choisi de suivre sa passion et a pris toutes les démarches nécessaires pour réaliser son rêve de devenir camionneuse.
« J’ai fait mon cours avec la belle gang du CFTC de Charlesbourg en 2023. Je remercie encore Éric et Marcel pour le précieux savoir qu’ils m’ont transmis. »
Inscrite au CFTC, Kate avait fixé son regard sur un défi de taille : devenir conductrice de planétaire. Ces géants des bois, capables de transporter des cargaisons de plus de 250,000 lbs et mesurant dix pieds de large, ne sont pas conçus pour les grandes routes ni pour la vitesse. C’était un objectif ambitieux, car piloter ces monstres hors route nécessite une expertise spécifique pour manœuvrer de telles charges lourdes à travers des terrains accidentés. Ces engins sont tellement imposants qu’à côté, les camions semi-remorques semblent tout petits, ajoutant une dimension spectaculaire à son ambition.

« On me disait de commencer par la base et on verra pour plus tard! Mais moi, je voulais aller droit au but donc j’ai bûché! Dès que j’ai été acceptée à l’école, j’ai commencé à téléphoner partout pour trouver un stage sur un planétaire. J’ai eu des refus, c’est sûr! Mais, à un moment donné, je suis tombée sur le grand cœur de Jean-Philippe Francoeur sur la Côte-Nord, qui m’a dit oui! »

La persévérance porte ses fruits! Kate a eu l’opportunité de passer une journée entière à observer le fonctionnement d’un planétaire. Elle a non seulement pu manœuvrer ce colosse des routes forestières, mais elle a également ressenti son immense puissance et réalisé qu’elle ne voulait plus jamais quitter la cabine de cet engin titanesque. Lors d’une entrevue sur les ondes de Truck Stop Québec, nous avons demandé à Kate de partager ses impressions lorsqu’elle prenait les commandes du planétaire :
« J’avais les dents sèches à force de sourire! » s’est-elle exclamée. « Sentir la force dans le volant, la vibration de tes exhausts, entendre le turbo siffler, et te demander : ‘Hey, est-ce qu’on va monter cette côte-là?’ On ne va pas juste monter, on va même shifter dedans! C’est capotant ben raide! Je dois énormément à Jean-Philippe, qui m’a appris à conduire ça. Je remercie encore la vie pour cette expérience. »

Kate a conduit des planétaires un certain temps, mais en raison des contraintes d’horaire et du coût des assurances, elle est descendue de son mastodonte, et elle a quitté le secteur de la foresterie pour rejoindre Transport Matte, plus proche de son domicile. Là, elle a eu l’opportunité d’effectuer quelques voyages en compagnie de sa fille de 10 ans, et partager de bons moments avec elle. En quête d’un meilleur équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle, Kate a finalement opté pour un emploi sur un camion à 12 roues, qui lui permet de rentrer chez elle chaque soir. Mais l’appel des planétaires reste fort, et elle envisage aussi de parcourir les états américains sur le highway dans le futur, à la conquête de nouveaux horizons.
« Présentement, c’est vraiment un autre style sur les 12 roues avec la gang du Groupe Cristal VR. J’ai un très bon boss, Kevin Boivin. Il est super à l’écoute de ses employés, » affirme-t-elle. Kate est d’ailleurs très reconnaissante envers l’équipement qui lui est confié, et elle aime en prendre soin.

« Non, ce n’est pas tout le temps drôle être camionneuse. Des fois, les conditions de route sont imprévisibles, mais c’est le plus beau métier du monde. En tout cas, pour moi, je regrette de ne pas l’avoir fait avant! Je me sens en liberté au volant de mon camion. »
Kate est une ambassadrice extrêmement motivée qui s’efforce de déconstruire le mythe selon lequel les femmes ne peuvent pas conduire de camion. Elle incarne la preuve vivante que les femmes possèdent toutes les compétences nécessaires pour exceller, et pas seulement au volant d’un camion, mais également d’un planétaire!
« C’est faux de dire que nous sommes moins fortes, crois en toi. Il suffit d’un peu de confiance, de te dire que tu es capable… Oui, c’est stressant des fois les premiers voyages qu’on fait, on se demande où on s’en va, on peut même se dire qu’on est folle de s’être embarquée là-dedans! Mais, une fois qu’on l’a fait, et qu’on arrive à maison le soir avec la fierté qui nous habite… Ou qu’on se couche dans le bed en se disant qu’on a réussi, qu’on l’a fait… Wow! Tu l’as monté la côte, tu l’as reculé ton trailer… On s’en fou du regard des autres! Comme je le dis souvent, tu es déjà plus avancé que celui qui reste assis sur son divan à penser qu’il devrait s’inscrire… »

Il lui arrive de se rendre dans des endroits où, simplement parce qu’elle est une femme, on lui demande si elle sera capable de reculer le camion. Kate ne se laisse pas intimider par les commentaires réducteurs de certains congénères de l’industrie, et ne mâche pas ses mots.
« Je leur dis : bah, on a toute la journée, on devrait se débrouiller. Je ne suis pas trop stressée de ça… »
Heureusement, la majorité des camionneurs ne cherchent pas à diminuer la place des femmes dans le transport et beaucoup sont même prêts à les aider à réussir dans le domaine. Même les chauffeurs vétérans, issus de générations précédentes et moins habitués à la présence de femmes dans l’industrie, souvent réticents face aux changements, tendent désormais la main.
« Si je peux me permettre, les gars de notre génération qui viennent vers moi quand ils voient que je cherche quelque chose, qui viennent me donner des informations… Sincèrement, merci de venir vers nous autres et de nous laisser de la place dans votre domaine de gars. Des gars en or, c’est comme ça que je les appelle. Et si je suis capable de le redonner à quelqu’un d’autre, je vais le faire, on fait tous le même métier et on peut s’aider. (…) Le côté humain, c’est notre plus grande richesse. »
Kate encourage les jeunes désireux de rejoindre l’industrie à reconnaître que le transport est un secteur diversifié, et que rien n’est immuable. Son expérience prouve qu’il est possible de changer de secteur de transport pour trouver un emploi qui s’adapte mieux à ses besoins familiaux. Elle met également en lumière le soutien précieux de son partenaire et de sa mère, qui l’ont aidée avec sa fille pendant ses périodes de camionnage loin de chez elle.
« Si tu as vraiment la passion de conduire un camion, il va y avoir une job qui va s’offrir pour toi. Je pense que de se lever le matin avec un sourire pour aller faire ce que tu aimes, c’est important. »
Pour conclure, elle ajoute : « Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on n’est pas capable. Je pense que si tu as la passion, de l’ambition, tu veux du nouveau et qu’un peu d’adrénaline, t’aimes ça, go… Inscris-toi! Pour le cours, ça vaut vraiment la peine. Ils nous montrent tellement de choses importantes! Au départ, je voulais juste passer ma classe 1, et finalement j’ai fait mon cours. Et je ne le regretterai jamais! C’est important, valorisant et ils nous donnent assez de confiance que tu vas être capable de partir toute seule. »

Écoutez l’entrevue intégrale ici :











