
Le 9 octobre 2024, un grave accident de travail a coûté la vie à un conducteur de camion-benne sur un chemin forestier situé sur les terres publiques au sud de Roberval.
L’homme, à l’emploi de l’entreprise Groupe Aishkatsh, avait immobilisé son véhicule à un point de rencontre pour laisser passer un tombereau articulé (camion à benne articulée) venant en sens inverse, comme le veut la procédure en terrain forestier. Malheureusement, le conducteur du tombereau Volvo A25C, chargé de matériaux pour la réfection du chemin, a perdu le contrôle de son engin en descendant une pente de 6%.

Le véhicule a dévié vers la gauche après avoir roulé sur un affaissement du sol, fonçant droit sur le camion stationné. L’impact a été si violent que la cabine du camion-benne a été comprimée sous la masse du tombereau. Le conducteur a succombé à ses blessures peu après son transport en centre hospitalier.
Des lacunes importantes en prévention et formation
L’enquête de la CNESST, rendue publique en juin 2025, a révélé des lacunes majeures en matière de prévention. Le conducteur du tombereau ne détenait qu’un permis de conduire de classe 5, légal mais jugé comme étant inadapté à la conduite d’un véhicule aussi lourd et complexe. De plus, bien qu’une rencontre en santé et sécurité ait eu lieu au printemps précédent, aucune consigne spécifique n’avait été donnée concernant l’utilisation sécuritaire de ce type d’équipement. Le rapport indique aussi que l’entreprise n’avait ni évalué les compétences du travailleur ni offert d’accompagnement adéquat avant de lui confier la conduite du tombereau.
« L’enquête a permis à la CNESST de retenir deux causes pour expliquer l’accident : Le conducteur du tombereau a perdu le contrôle de son véhicule dans une descente et a embouti le camion-benne avec à son bord le travailleur accidenté; La formation, l’entraînement et la supervision sur la conduite de tombereau étaient insuffisants. »
Dans la foulée du drame, la CNESST a suspendu l’utilisation du tombereau jusqu’à ce que des vérifications mécaniques et organisationnelles soient complétées. L’employeur a revu ses procédures internes et mis à jour la formation donnée à ses travailleurs, tel qu’exigé.
Par ailleurs, la CNESST recommande à la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) de réexaminer la classe de permis nécessaire à la conduite des véhicules hors route de type tombereau, afin de mieux refléter les habiletés requises. Elle transmettra également les résultats de son enquête aux comités paritaires du secteur forestier ainsi qu’aux mutuelles de prévention pour favoriser une meilleure vigilance dans l’industrie.
Mieux évaluer les risques pour éviter le pire
Pour prévenir les accidents impliquant des véhicules hors route comme les tombereaux, il est essentiel de bien évaluer si ce type d’équipement est réellement adapté à la tâche à accomplir et au terrain sur lequel il devra circuler. La distance à parcourir, l’état du chemin forestier et les pentes rencontrées doivent notamment être pris en compte avant de sélectionner le véhicule. Une analyse de ces éléments peut éviter d’exposer les travailleurs à des situations à haut risque.
L’employeur a la responsabilité légale de protéger la santé et la sécurité de ses employés. Cela implique non seulement de fournir une formation adéquate sur l’utilisation des équipements, mais aussi de s’assurer que les méthodes de travail sont sécuritaires et que la supervision est suffisante, surtout lorsqu’il s’agit de nouveaux travailleurs. Pour être efficaces, les mesures de prévention doivent être prises en concertation avec les travailleurs, afin de bien repérer les dangers et mettre en place les moyens pour les éliminer ou les contrôler.
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