
Le Canada, tout comme l’Europe, fait face à des risques croissants d’exploitation des travailleurs étrangers dans le secteur du camionnage, avec des conséquences potentiellement importantes pour les conditions de travail, la sécurité routière, et la compétitivité des entreprises, d’où la nécessité de renforcer les régulations et la protection des travailleurs.
Depuis l’élargissement de l’Union européenne en 2004, le secteur du transport routier en Europe de l’Ouest fait face à une augmentation des pratiques d’exploitation, rapporte Le Monde. Des camionneurs, souvent originaires de pays hors UE comme le Kirghizistan et le Tadjikistan, sont embauchés par des entreprises basées en Lituanie ou en Pologne. Ces chauffeurs roulent dans des conditions précaires, parfois pendant six mois sans interruption, pour des salaires nettement inférieurs aux normes locales.
Bien que l’UE ait mis en place des règles pour encadrer le secteur du camionnage, leur application reste difficile. À ce jour, les contrôleurs ne peuvent vérifier que sur une période de quatre semaines, mais à partir de janvier 2025, ils pourront remonter jusqu’à huit semaines. Cela devrait théoriquement permettre une meilleure régulation, en s’assurant que les chauffeurs retournent à leur domicile régulièrement et que leurs conditions de travail s’améliorent.
Des organisations comme Road Transport Due Diligence (RTDD) dénoncent ces abus systématiques. Edwin Atema, ancien routier et fondateur de RTDD, affirme que la situation s’est dégradée depuis vingt ans. Aujourd’hui, de nombreux chauffeurs travaillent dans des conditions assimilables à de l’esclavage moderne, avec des retenues de salaire pour des infractions mineures et un manque total de congés payés.
En 2023, des grèves en Allemagne ont mis en lumière ces dérives dans le secteur du transport de marchandises. Des chauffeurs, principalement issus d’Asie centrale et d’Europe de l’Est, ont protesté contre les arriérés de salaires et les conditions de travail abusives. Ces mouvements ont révélé l’urgence d’un contrôle renforcé des pratiques des entreprises de transport routier.
Les travailleurs étrangers dans le camionnage au Canada
La situation au Canada présente des similitudes troublantes. La pénurie de main-d’œuvre dans le secteur du transport routier pousse les entreprises à recruter des travailleurs étrangers par le biais du Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET). Si ce programme vise à combler les besoins en main-d’œuvre, il ouvre aussi la porte à l’exploitation. Des employeurs facturent parfois jusqu’à 50 000 $ à des travailleurs étrangers pour leur permis de travail, avant de les soumettre à des salaires inférieurs aux normes et à des conditions de travail inacceptables.
Le phénomène des chauffeurs inc au Canada aggrave cette problématique. Ces chauffeurs, souvent des travailleurs étrangers, sont forcés de s’incorporer pour contourner les obligations sociales des employeurs. Bien que ce statut soit légal, il est souvent utilisé pour éviter de payer des avantages sociaux comme l’assurance-emploi ou les cotisations de retraite. Ces chauffeurs, sous le statut d’autonomes, sont donc vulnérables à l’exploitation, tout comme leurs homologues européens.
Au Canada, comme en Europe, des syndicats et associations réclament des régulations plus strictes pour encadrer le statut des travailleurs étrangers. Ils soulignent la nécessité de protéger non seulement les droits de ces travailleurs, mais aussi d’assurer la pérennité du secteur du transport, en évitant les abus qui compromettent la compétitivité et les conditions de travail dans l’industrie du camionnage.
Risque de dégradation des conditions de travail dans le transport
Le dumping social est l’un des principaux risques pour le secteur du transport routier au Canada, où des entreprises embauchent des travailleurs étrangers à bas coût sous des conditions de travail inférieures aux normes canadiennes. Si cela n’est pas bien contrôlé, cela pourrait entraîner une baisse généralisée des salaires et des conditions de travail dans l’industrie du camionnage.
L’exploitation des camionneurs étrangers pourrait s’intensifier, avec des chauffeurs soumis à des salaires bas et à des heures de travail excessives, similaires aux conditions abusives observées en Europe. Ces situations de travail prolongé posent également des risques majeurs pour la sécurité routière, les chauffeurs fatigués étant plus susceptibles de causer des accidents. Comme en Europe, certains camionneurs au Canada pourraient se retrouver à passer des mois sur les routes, sans pouvoir rentrer chez eux, exacerbant les risques.
Le recours aux chauffeurs inc au Canada constitue un autre problème sérieux. En contournant les obligations fiscales et sociales, ces pratiques privent les gouvernements de revenus cruciaux pour financer des programmes sociaux comme l’assurance-emploi et la retraite. De plus, cela crée une concurrence déloyale qui pénalise les entreprises respectant les normes du travail, et met en péril la stabilité du secteur du transport de marchandises.
Pour éviter que le Canada ne suive la trajectoire de l’Europe, il est crucial de renforcer les régulations dans le secteur du camionnage et de garantir une meilleure protection des travailleurs étrangers. L’application stricte des lois du travail est également essentielle pour protéger ces travailleurs vulnérables et assurer la pérennité de l’industrie du transport routier. Même si le Canada n’a pas encore atteint le niveau d’exploitation observé en Europe, les tendances actuelles montrent un risque réel d’évolution vers cette situation. Il devient impératif de protéger l’intégrité du secteur du transport au Canada, afin d’éviter une détérioration des conditions de travail et de garantir des pratiques justes et équitables, tout en maintenant des routes sécuritaires pour tous.
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