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Chauffeurs inc., cours illégales, fusillades et crime organisé : Caledon sonne l’alarme pour tout le Canada

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Chauffeurs inc., cours illégales, fusillades et crime organisé : Caledon sonne l’alarme pour tout le Canada

Visuel sur le camionnage à Caledon montrant un camion lourd suivi depuis les airs, avec la mention « Breaking News » et la question « Le gouvernement libéral nourrit-il une culture d’impunité? ». L’image illustre les enjeux liés aux Chauffeurs inc., aux cours de camionnage illégales et à la sécurité dans la région de Caledon.

Chauffeurs Inc., cours illégales, fusillades et crime organisé | Il y a cinq ans, aurait-on imaginé au Canada des hélicoptères policiers survolant des quartiers résidentiels à la recherche de camions volés?

Des coups de feu visant des maisons et des entreprises? Des dizaines de terrains transformés illégalement en cours de camionnage au milieu de secteurs où vivent des familles?

C’est pourtant la réalité à laquelle sont aujourd’hui confrontés des citoyens de Caledon, dans la région de Peel, en Ontario. Une municipalité autrefois reconnue pour son caractère rural qui se retrouve désormais au cœur de problèmes de camionnage illégal dépassant largement une simple question de zonage.

En juillet dernier, l’hélicoptère Air2 de la police régionale de York a été utilisé pour suivre un camion de transport volé (vidéo en fin d’article).

« La vidéo concernait l’interception d’un camion commercial volé près de Morra Avenue, à la frontière entre Caledon et Vaughan. Le secteur est mixte, on y trouve à la fois des quartiers résidentiels et des cours de camionnage, dont plusieurs se sont simplement installées sur des terres agricoles du côté de Vaughan », explique Carmela Palkowski, du Caledon Community Road Safety Advocacy Group (CCRSA), à Truck Stop Québec.

Pendant la poursuite, les deux suspects ont abandonné le camion avant de prendre la fuite à pied dans les cours arrière de résidences. Ils ont finalement été retrouvés par les policiers dans la cour d’un citoyen.

« Que se serait-il passé si des résidents avaient été dehors à faire un barbecue, si des enfants avaient joué dans la cour ou si les portes arrière des maisons avaient été ouvertes? Ce sont le genre de questions qui rendent les résidents de Caledon extrêmement anxieux », ajoute-t-elle.

Carte des plaintes concernant les cours de camionnage illégales à Caledon.

Carte des plaintes concernant les cours de camionnage illégales à Caledon.

Deux semaines plus tard, des hélicoptères et des policiers ont de nouveau fermé le même tronçon de route. Selon Carmela Palkowski, aucune information n’a encore été fournie sur ce qui s’est produit ni sur ce qui est prévu pour la suite dans ce secteur, ce qui entretient le sentiment d’insécurité dans la communauté.

Pour les résidents, ces interventions s’ajoutent à une situation qui se détériore depuis plusieurs années. Multiplication des cours de camionnage illégales, entreprises difficiles à retracer, extorsions, fusillades et problèmes de sécurité malgré les dénonciations répétées.

Carmela Palkowski dénonce également la façon dont certaines cours de camionnage exploitées illégalement finissent par obtenir des autorisations temporaires de zonage.

« Les municipalités continuent d’accorder des zonages temporaires à des cours de camionnage qui fonctionnaient jusque-là illégalement. Par exemple, il y a quelques mois, une cour de camionnage située du côté de Vaughan a demandé un zonage temporaire après avoir été exploitée illégalement pendant des années. »

Le CCRSA avait alors signalé qu’un terre-plein central situé à l’entrée de cette cour obligeait les camions à empiéter sur la circulation en sens inverse pour repartir dans l’autre direction.

« Malgré cela, le conseil municipal de Vaughan a approuvé la demande. Résultat : des camions y font maintenant quotidiennement des demi-tours et se retrouvent dans la voie de circulation opposée », explique-t-elle.

Une culture d’impunité

Le problème avait déjà été porté jusqu’à Ottawa en janvier dans le cadre de l’étude du Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités (TRAN) sur l’évolution du contexte relatif aux camionneurs au Canada. Les travaux ont abordé le phénomène des Chauffeurs inc., la non-conformité dans l’industrie et leurs conséquences sur la sécurité routière.

Le CCRSA avait été appelé à témoigner après que le député bloquiste Xavier Barsalou-Duval eut demandé que le Comité entende des victimes d’accidents impliquant des poids lourds et des groupes confrontés aux dérives de l’industrie.

Le CCRSA avait alors décrit Caledon, située dans la région de Peel avec Brampton et Mississauga, comme l’un des épicentres du phénomène des Chauffeurs inc., tout en dénonçant les nombreuses cours de camionnage exploitées illégalement, des entreprises difficiles à retracer et des sociétés qui changent de nom ou de juridiction.

Questionné par Truck Stop Québec sur la situation à Caledon, Xavier Barsalou-Duval estime que le manque d’application des lois et les moyens insuffisants accordés aux autorités ont contribué à la détérioration de la situation.

« Le cas des chauffeurs à rabais est l’exemple parfait de ce qui peut arriver quand on renonce à appliquer les lois, ou que l’on donne aux autorités des moyens insuffisants pour les faire respecter. La situation a dégénéré jusqu’à une perte de contrôle, le développement d’une culture d’impunité et une généralisation de la défiance », affirme-t-il.

Pour le député, les liens observés entre certaines cours illégales et les défenseurs du modèle des Chauffeurs inc. illustrent à quel point les différents problèmes de conformité peuvent se chevaucher.

« D’après mes recherches, certaines entreprises qui opèrent des cours illégales dans la région de Caledon seraient liées à CTOA, le lobby ontarien qui plaide en faveur du modèle des “Chauffeurs Inc.”. Il n’est pas surprenant que des individus qui contreviennent déjà à certaines règles en enfreignent d’autres », ajoute Xavier Barsalou-Duval.

Le dossier Bishnoi 

À ce portrait déjà lourd se sont ajoutées récemment des révélations concernant le gang Bishnoi, une organisation criminelle transnationale originaire de l’Inde et inscrite par le Canada sur la liste des entités terroristes. Le groupe est associé au pays à des réseaux d’extorsion, des fusillades et des incendies criminels.

« Les récentes révélations de Global News sur un groupe criminalisé en provenance de l’Inde qui aurait profité du laxisme d’Ottawa en matière d’octroi de visas sont extrêmement inquiétantes », partage Xavier Barsalou-Duval.

Un rapport de renseignement de l’Agence des services frontaliers du Canada obtenu par Global News estime par ailleurs probable que le gang Bishnoi et d’autres groupes criminels entretiennent des liens importants avec le milieu du camionnage. Aucun lien direct n’a toutefois été établi entre le modèle des Chauffeurs inc. et Bishnoi. Xavier Barsalou-Duval souligne néanmoins une concentration géographique des deux phénomènes dans la région de Brampton.

« Que ces deux phénomènes soient liés ou non, ils justifient de façon éloquente le sentiment d’insécurité grandissant dans cette région de l’Ontario », affirme-t-il.

Le portrait dépasse donc largement celui de quelques terrains agricoles utilisés illégalement pour stationner des camions. À Caledon et autour de Brampton se croisent maintenant des enjeux de conformité fiscale et réglementaire, des entreprises aux structures difficiles à retracer, des cours illégales, des problèmes de formation, de l’extorsion et du crime organisé.

Des sanctions ont été imposées par la Ville de Caledon, mais devant l’ampleur du problème, une question se pose. Ottawa a-t-il perdu le contrôle de la situation, ou manque-t-il simplement de volonté politique pour intervenir à la hauteur des enjeux?

« À mon sens, la seule chose qui puisse expliquer que les libéraux en fassent si peu dans le dossier malgré les scandales incessants est leur intérêt électoral », répond-il à Truck Stop Québec.

Ce qui se passe à Caledon n’est plus un problème local. Les Chauffeurs inc. ont déjà fait des ravages bien au-delà de Peel, le gang Bishnoi est solidement implanté dans l’Ouest canadien et des familles québécoises ont déjà payé le prix fort sur nos routes. Si le pays continue de traiter ces crises séparément, il risque simplement de les laisser gagner du terrain.

Avant que les cours illégales, les fusillades et les hélicoptères policiers à la recherche de camions volés ne deviennent aussi notre réalité, le combat de Caledon doit devenir celui de tout le Canada.

ashtelecall