
Un rapport de renseignement de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) soulève des préoccupations quant à l’utilisation possible de l’industrie du camionnage par le gang Bishnoi et d’autres organisations criminelles pour déplacer des personnes, des armes à feu et diverses marchandises de contrebande entre les provinces.
Le document classifié, obtenu par Global News dans le cadre d’une procédure judiciaire, porte sur la présence et les activités du gang Bishnoi au Canada. Cette organisation criminelle originaire de l’Inde est associée à des actes d’extorsion, des fusillades, des incendies criminels, du trafic de drogue et d’autres formes de violence.
Des liens avec les véhicules commerciaux
Selon l’évaluation de l’ASFC rapportée par Global News, il est probable que le gang Bishnoi et d’autres groupes criminels entretiennent des liens importants avec le milieu des véhicules commerciaux.
Ces relations pourraient leur permettre de déplacer discrètement des complices et des produits de contrebande, dont des armes à feu, dans plusieurs provinces. Le rapport ne précise pas combien d’entreprises ou de travailleurs du transport pourraient être concernés.
Le document identifie également Gurpreet Singh, aussi connu sous le nom de Goldy Dhillon, comme un membre présumé du réseau qui aurait participé au recrutement de personnes chargées de commettre des attaques liées à l’extorsion. L’ASFC indique qu’il pourrait posséder une entreprise de camionnage située à Brampton, en Ontario.
Des accusations déposées aux États-Unis font état d’un autre lien présumé avec le transport routier. Dans un acte d’accusation dévoilé en juillet 2026, les autorités américaines allèguent qu’en novembre 2024, Lawrence Bishnoi et Goldy Brar auraient supervisé le transport de 49 kilogrammes de cocaïne destinés à être acheminés des États-Unis vers le Canada à bord de semi-remorques longue distance.
Le réseau aurait également financé ses activités par le trafic international de drogue et le vol de cargaisons appartenant à des gangs rivaux. Entre mars 2024 et juillet 2025, il aurait ainsi dérobé environ 520 kilogrammes de cocaïne dans la région de Los Angeles.
Des entreprises de transport ciblées
Des propriétaires d’entreprises, dont certains évoluent dans le transport, ont également été ciblés par des réseaux d’extorsion en Colombie-Britannique, en Alberta et en Ontario.
La région de Peel, qui comprend Brampton, Caledon et Mississauga, est devenue un secteur important des enquêtes sur ce type de criminalité. La Police régionale de Peel a créé une équipe spécialisée après une hausse des fusillades liées à des tentatives d’extorsion.
L’entreprise de transport HGC, ou Harman Group of Companies, établie à Caledon, aurait été visée par deux attaques par arme à feu en quelques semaines. L’une d’elles a été captée sur vidéo alors que deux individus masqués tiraient à plusieurs reprises vers ses installations. Les autorités ont fait état de possibles tentatives d’extorsion.
En juin 2025, plusieurs coups de feu auraient aussi été tirés contre les installations de Nijjar Trucking, en Colombie-Britannique, deux jours après une tentative d’incendier des véhicules au même endroit.
Le propriétaire, Raghbir Singh Nijjar, a publiquement attribué ces attaques au gang Lawrence Bishnoi, affirmant qu’elles s’inscrivaient dans une tentative d’extorsion. Il a également soutenu que des gangs recrutaient des étudiants internationaux afin de commettre ce type de gestes violents.
Des préoccupations qui se recoupent à Caledon
Les préoccupations entourant le camionnage dans la région avaient déjà été portées devant le Comité permanent des transports de la Chambre des communes par le Caledon Community Road Safety Advocacy Group.
Lors de sa comparution en janvier 2026, l’organisme citoyen a dénoncé la présence de terrains de camionnage illégaux, des entreprises difficiles à retracer, des permis commerciaux obtenus par l’intermédiaire d’écoles frauduleuses et des liens possibles avec le modèle Chauffeur inc.
Le groupe a aussi fait état d’une hausse des extorsions et de préoccupations liées au crime organisé. Son témoignage rassemble plusieurs enjeux observés dans la même région, dont la formation déficiente, les terrains de camionnage illégaux, l’exploitation de travailleurs et la criminalité.
Le programme des permis d’études exploité par des réseaux criminels
Le rapport de l’ASFC indique que des personnes liées au gang Bishnoi seraient entrées au Canada avec des permis d’études ou de travail. D’autres jeunes déjà présents au pays auraient été recrutés pour participer à des actes d’intimidation, des fusillades ou des incendies.
Entre 2019 et 2023, environ 4,000 ressortissants indiens arrivés avec un permis d’études auraient fait face à 17,929 accusations criminelles, selon les données citées dans le document.
En 2024, 2,418 citoyens indiens titulaires d’un permis d’études auraient fait face à plus de 13,040 accusations criminelles. Ils représentaient un peu plus de 1% des quelque 188,125 étudiants indiens comptabilisés au Canada cette année-là.
Ces données s’inscrivent dans une période marquée par une forte croissance du nombre d’étudiants étrangers et par plusieurs enquêtes sur l’utilisation frauduleuse de lettres d’acceptation, de permis d’études et de programmes de formation.
Des failles dans la formation des camionneurs
Parallèlement aux révélations sur l’exploitation des permis d’études, d’autres enquêtes ont mis en lumière d’importantes failles dans l’accès au métier de camionneur.
Dans un rapport publié en mai 2026, la vérificatrice générale de l’Ontario a révélé que des écoles de conduite non enregistrées, fermées ou suspendues avaient continué à inscrire des milliers d’élèves à des examens pour l’obtention de permis commerciaux.
Entre janvier 2024 et juin 2025, 17 écoles qui n’avaient jamais été enregistrées ont inscrit leurs élèves à 3,227 examens routiers. Onze autres établissements dont l’enregistrement était expiré, révoqué, suspendu ou fermé ont procédé à 3,166 inscriptions supplémentaires. Certaines écoles non reconnues auraient aussi collaboré avec des collèges enregistrés pour faire inscrire des attestations de formation dans le système gouvernemental.
La vérificatrice générale a constaté que certains candidats avaient obtenu leur certification après avoir reçu seulement une partie des 103,5 heures de formation obligatoires. Certains auraient également signé des documents attestant des heures qu’ils n’avaient pas effectuées.
Dans une autre affaire jugée en 2025, deux exploitants d’écoles non enregistrées ont été reconnus coupables d’avoir offert une formation inférieure aux normes et fait inscrire de fausses attestations MELT. Les élèves concernés étaient principalement de nouveaux immigrants originaires de l’Asie du Sud.
Des travailleurs étrangers sous forte dépendance
Un mémoire de l’Alberta Motor Transport Association présenté au comité TRAN décrit des travailleurs étrangers du camionnage auxquels l’employeur imposerait le lieu où ils doivent habiter, tout en leur réclamant des loyers supérieurs au prix du marché.
Le document fait également état de menaces liées au statut d’immigration, de conditions de travail ou de vie dangereuses et de travailleurs dépendants de la même entreprise pour leur salaire, leur logement et leur éventuel accès à la résidence permanente.
Un groupe de travail aurait examiné plus de 50 entreprises soupçonnées de telles pratiques. Certaines auraient vendu des études d’impact sur le marché du travail pour des sommes allant de 20,000$ à 40,000$.
Après leur arrivée au Canada, certains travailleurs découvriraient que l’emploi promis n’existe pas. Ils seraient ensuite dirigés vers le modèle Chauffeur inc., soumis à des retenues illégales et maintenus dans une situation de dépendance envers leur employeur.
La Joy Smith Foundation a également expliqué devant le comité TRAN que le risque de travail forcé augmente lorsque le revenu, le logement, le statut légal et l’accès à la résidence permanente dépendent tous de la même entreprise.
L’organisme a fait état de dettes de recrutement, de rétention de documents, de menaces, d’isolement, de violence physique, d’heures excessives et de conditions dangereuses.
Cette précarité peut rendre certains travailleurs ou nouveaux arrivants plus faciles à intimider, à exploiter ou à recruter. Les enquêtes sur les réseaux d’extorsion montrent parallèlement que des jeunes ressortissants indiens en difficulté financière, dont certains titulaires de permis d’études, ont été recrutés pour commettre des actes de violence.
Plusieurs enquêtes encore en cours
Le gouvernement fédéral a ajouté le gang Bishnoi à la liste canadienne des entités terroristes le 29 septembre 2025. Cette désignation permet aux autorités de saisir ou de bloquer les biens du groupe et d’intenter des poursuites liées à son financement, à son recrutement ou à son soutien.
En juillet 2026, les autorités américaines ont déposé des accusations contre Lawrence Bishnoi, Goldy Brar et plusieurs autres membres présumés de réseaux criminels transnationaux. La même opération a mené à des arrestations aux États-Unis, au Canada et en Europe.
Les informations recueillies jusqu’ici font ressortir plusieurs points de rencontre possibles entre l’immigration temporaire, la formation professionnelle, le modèle Chauffeur inc., les entreprises de transport et le crime organisé.
La poursuite des enquêtes policières, judiciaires et administratives sera nécessaire pour déterminer comment ces réseaux recrutent leurs membres, utilisent les entreprises et les véhicules commerciaux et profitent des failles dans les systèmes d’immigration, de formation et de surveillance.











