
L’Alliance canadienne du camionnage (ACC) presse Ottawa de faire du transport routier une priorité dans les consultations fédérales actuellement consacrées à la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, au crime et au travail forcé.
L’organisation estime que de récents rapports de renseignement rendus publics, de même que plusieurs informations rapportées dans les médias, mettent en lumière des vulnérabilités majeures dans le secteur du transport commercial.
Elle soutient que le crime organisé, l’exploitation de travailleurs et les entreprises qui contournent les règles de sécurité et de conformité représentent désormais des enjeux qui nécessitent une intervention fédérale coordonnée.
L’ACC affirme avoir multiplié les démarches auprès des gouvernements canadien et américain depuis les décrets présidentiels adoptés plus tôt cette année aux États-Unis afin de lutter contre le passage de substances illicites à la frontière canado-américaine. Selon l’Alliance, les constats recueillis auprès des transporteurs et des acteurs de l’industrie correspondent aux préoccupations exprimées par les autorités en matière de sécurité.
Elle soutient que des organisations criminelles transnationales cherchent à profiter des failles du transport commercial pour faciliter certaines de leurs activités.
L’organisation demande donc que les mécanismes de vérification applicables aux entreprises de camionnage soient considérablement renforcés. Elle propose, entre autres, d’adapter les méthodes déjà utilisées pour vérifier les flottes et les chauffeurs dans certains programmes de sécurité afin qu’elles permettent aussi de repérer des liens avec le crime organisé ou des situations de travail forcé. Ces contrôles devraient, selon l’ACC, viser les transporteurs, leurs groupes de propriétaires ainsi que les conducteurs qui traversent la frontière, que ce soit par une bonification des programmes existants ou par la création de nouveaux mécanismes de vérification.
L’Alliance croit que les consultations menées par Ottawa sur le contrôle de sécurité de la chaîne d’approvisionnement, combinées au prochain examen de l’ACEUM, offrent une occasion de revoir en profondeur les règles actuelles. Elle identifie plusieurs problèmes qui, selon elle, se recoupent : l’exploitation de certaines failles en immigration, le travail forcé, les stratégies visant à contourner les exigences de sécurité ainsi que le recours à des travailleurs vulnérables.
L’ACC fait notamment référence à des renseignements rendus publics en août concernant des réseaux criminels transnationaux, dont l’organisation Lawrence Bishnoi, qui auraient ciblé et recruté des nouveaux arrivants comme chauffeurs commerciaux afin de soutenir des opérations logistiques illicites.
« Lorsque de mauvais acteurs ont recours à la coercition pour exploiter et manipuler la chaîne d’approvisionnement, cela menace directement la sécurité nationale, la sécurité routière et la dignité humaine », dénonce Greg Arndt, président de l’ACC.
L’ACC soulève également les faiblesses de la chaîne d’approvisionnement transfrontalière. Elle cite entre autres l’« Operation Hard Ball » du département américain de la Justice, dans laquelle des entreprises canadiennes de transport commercial auraient été identifiées comme des voies utilisées pour déplacer d’importantes quantités de stupéfiants à travers des postes frontaliers commerciaux.
À cela s’ajoute, selon l’Alliance, l’exploitation économique de certains conducteurs par des transporteurs qui utilisent le modèle des « Chauffeurs inc. » pour les priver de protections liées au statut d’employé. L’ACC affirme que certains étudiants étrangers et travailleurs temporaires peuvent alors être rémunérés à une fraction des salaires normalement versés dans l’industrie.
L’organisation vise enfin les transporteurs dits « caméléons », soit des entreprises qui ferment sur papier après avoir été prises à enfreindre les règles de sécurité ou du travail, puis se réenregistrent sous une nouvelle identité afin de poursuivre leurs activités.
Pour l’ACC, le gouvernement doit délaisser une approche principalement réactive au profit d’interventions préventives et de vérifications plus serrées sur le terrain. L’un des éléments centraux de son plan serait de réserver l’accès aux programmes d’immigration et de travailleurs étrangers aux entreprises de camionnage ayant été vérifiées par le gouvernement et démontrant une pleine conformité, afin d’empêcher les exploitants prédateurs d’avoir accès à une main-d’œuvre vulnérable.
« Les preuves de la vulnérabilité et de l’exploitation criminelle de notre chaine d’approvisionnement internationale sont indéniables », affirme Greg Arndt.












