Photo (Le Soleil) : Dewhurst Photography

Une étude menée au Québec par Propulsion Québec, la grappe des transports électriques et intelligents (TEI), et InnovÉÉ a révélé un intérêt croissant de l’industrie du transport lourd pour les camions fonctionnant à l’hydrogène vert. Cette étude indique que malgré un intérêt manifeste, plusieurs défis freinent l’adoption de cette technologie par le secteur privé.

L’étude met en évidence les préoccupations des entreprises du secteur du transport lourd au Québec, notamment en ce qui concerne la fiabilité et la performance des véhicules à hydrogène, les défis de ravitaillement, ainsi que l’absence de directives gouvernementales claires et de mesures incitatives. Elles font également face à des obstacles comme la rareté des camions à hydrogène sur le marché, les coûts élevés et le manque de stations de ravitaillement.

Alex Champagne-Gélinas, d’InnovÉÉ, souligne que le coût de la molécule d’hydrogène est un facteur crucial. Il évoque aussi la possibilité pour les entreprises de transport d’être autosuffisantes grâce à l’hydrogène, en contraste avec les énergies fossiles, en mentionnant le projet de la mine Raglan qui utilise des électrolyseurs.

Les principaux défis identifiés incluent également le manque de normes gouvernementales et de soutiens financiers. Néanmoins, l’intérêt et le soutien croissants du gouvernement québécois pour des projets liés à l’hydrogène sont perçus positivement.

Un intérêt grandissant des transporteurs

Les Compagnies Loblaw limitée ont annoncé par le passé leur intention d’acquérir cinq camions à hydrogène de classe 8 de Kenworth, contribuant à leur objectif de zéro émission nette de carbone d’ici 2040, prouvant l’intérêt des entreprises à adopter cette technologie.

Catherine Morneau du Groupe Morneau a partagé à l’occasion de l’étude les défis logistiques concernant la fiabilité des camions à hydrogène pour les livraisons selon des horaires stricts, tout en exprimant un intérêt mesuré pour cette technologie. Le Groupe Morneau, sous la direction de David Morneau, vice-président et chef de l’exploitation, se prépare activement à intégrer l’hydrogène dans son parc de camions, visant que la moitié de sa flotte soit alimentée par des énergies vertes d’ici 2035, combinant hydrogène et électricité.

Projet important de ravitaillement en route

Parallèlement, Hydrolux prévoit de construire deux stations de ravitaillement en hydrogène vert sur la route 117 pour faciliter l’utilisation de cette technologie entre le Grand Montréal et l’Abitibi-Témiscamingue dans les deux ans à venir. Friedrich Dehem-Lemelin de Hydrolux a présenté le projet de développement d’un réseau de stations-service autoproductrices en hydrogène vert au Québec, planifié de 2025 à 2027.

Le Projet 117, une initiative ambitieuse en matière d’énergies renouvelables au Québec, suscite déjà l’intérêt de nombreuses entreprises de transport et d’industriels. Ce projet a pour but de réduire significativement l’utilisation du diesel, avec une économie estimée à plus de 7,5 millions de litres par an, ce qui équivaut à une réduction d’environ 20 000 tonnes de dioxyde de carbone annuellement.

Au cœur de ce projet se trouve une innovation majeure : un système intelligent piloté par l’intelligence artificielle, conçu par Hydrolux. Cette technologie permet de prédire avec précision la consommation d’hydrogène vert de chaque station et la puissance disponible sur le réseau électrique. Cette approche assure non seulement une production optimale d’hydrogène, mais aussi une disponibilité constante du carburant, marquant une étape importante vers une mobilité plus durable.

D’autres acteurs importants s’expriment

Martin Blanchet de Peterbilt Cadana indique que des données plus précises sur la fiabilité des véhicules à hydrogène seront disponibles en 2025. Le développement par Toyota d’un camion à hydrogène, ainsi que l’existence d’un réseau de concessionnaires en Amérique du Nord, sont des signes prometteurs pour l’adoption de cette technologie. L’engagement de Toyota renforce la confiance dans la fiabilité et la viabilité de l’hydrogène comme carburant alternatif, favorisant ainsi son adoption plus large.

Alex Champagne-Gélinas conclut qu’il est essentiel de se concentrer sur la fiabilité et la performance des camions à hydrogène, rappelant que des défis similaires avaient été surmontés par le passé avec le diesel.

L’hydrogène vert pour le transport lourd et de longue distance est considéré comme complémentaire à la filière de la batterie, offrant un potentiel spécifique de déploiement au Québec. Néanmoins, le manque de retours d’expériences et de visibilité sont des obstacles majeurs à son adoption.

Le soutien gouvernemental est jugé essentiel pour la transition vers une mobilité durable dans le transport lourd et de longue distance, nécessitant l’établissement de normes et un plan de mise en œuvre détaillé.

Plus sur le fonctionnement du camion à hydrogène

Un camion à hydrogène est un type de véhicule qui utilise une pile à combustible pour convertir l’hydrogène en électricité, alimentant ainsi son moteur électrique. Contrairement aux camions diesel classiques, les camions à hydrogène ne produisent pas de gaz à effet de serre lorsqu’ils fonctionnent, leur seul sous-produit étant de l’eau, ce qui les rend « verts » ou respectueux de l’environnement.

L’hydrogène utilisé comme carburant est stocké dans des réservoirs à haute pression à bord du véhicule. Lorsqu’il est introduit dans la pile à combustible, l’hydrogène réagit avec l’oxygène de l’air pour produire de l’électricité, de la chaleur et de l’eau, alimentant ainsi le moteur électrique du camion. Cette technologie offre une alternative propre aux carburants fossiles traditionnels, réduisant significativement les émissions polluantes et contribuant à la lutte contre le changement climatique.