
Depuis des décennies, l’industrie du camionnage répète le même constat : une prétendue pénurie de chauffeurs. Or, selon un nouveau rapport de la OOIDA Foundation, le bras de recherche de l’Owner-Operator Independent Drivers Association, cette version des faits ne tiendrait pas la route.
Ce rapport a été diffusé par voie de communiqué de presse le 24 avril 2025. Intitulée The Churn, l’analyse retrace les racines du taux élevé de roulement dans le transport longue distance aux États-Unis jusqu’à la déréglementation du secteur dans les années 1980.
À l’époque, l’ouverture du marché a entraîné une explosion du nombre de transporteurs, ce qui a intensifié la concurrence. Résultat : les entreprises ont perdu la capacité d’offrir des augmentations de salaire substantielles sans mettre en péril leur rentabilité. Cette dynamique aurait installé le roulement élevé de chauffeurs comme modèle d’affaires standard, selon l’OOIDA. Pour ces chercheurs, il ne s’agit donc pas d’un manque de main-d’œuvre, mais bien d’un problème structurel ancré dans l’économie du secteur.
Le rapport critique aussi les politiques actuelles, notamment les subventions à la formation, qui ne s’attaquent qu’aux symptômes du problème. Il remet également en question l’exemption du paiement des heures supplémentaires pour les chauffeurs, qui permet aux entreprises de demander des semaines de 70 heures sans compensation adéquate. Le tout contribue à une rémunération inférieure à celle d’emplois similaires, alimentant insatisfaction et démissions.
Autre facteur de roulement : les pratiques contractuelles, comme les programmes de location-achat de camions, qui ne mènent pas toujours à la propriété du véhicule. Nombre de chauffeurs, attirés par le rêve de devenir propriétaires, découvrent que le quotidien d’un entrepreneur indépendant peut s’avérer tout aussi instable, surtout dans un marché dominé par les grandes entreprises et leurs ententes contractuelles plus sécurisées.
Selon les données recueillies, il y aurait environ trois détenteurs récents de permis de conduire commercial pour chaque poste de chauffeur longue distance disponible. Malgré cette réserve de main-d’œuvre, les conditions stagnent, preuve selon l’OOIDA que le problème ne réside pas dans le nombre de chauffeurs, mais dans les conditions de travail. En clair, beaucoup préfèrent quitter l’industrie plutôt que de passer d’un employeur à un autre sans réelle amélioration.
Fait intéressant, les petites flottes affichent un meilleur taux de rétention, mais dépendent souvent du roulement généré par les grandes entreprises pour recruter du personnel expérimenté. Un changement à grande échelle dans la gestion des ressources humaines pourrait donc bouleverser cet équilibre pervers, où les pratiques discutables d’une partie du recrutement dans le camionnage alimentent indirectement les autres.
En conclusion, l’OOIDA appelle à une réforme en profondeur, soit à revoir les réglementations, mettre fin au modèle qui mise sur le roulement rapide des chauffeurs, et valoriser plutôt l’expérience. Selon le rapport, il faut corriger les problèmes de fond pour que le métier de camionneur redevienne un choix de carrière stable, respecté et attirant.
*Bien que le rapport vise surtout le camionnage longue distance, où le roulement est particulièrement élevé, plusieurs constats peuvent aussi s’appliquer à l’industrie du transport routier en général. Les enjeux comme les longues heures non payées, les conditions difficiles et les pratiques de recrutement douteuses dépassent ce seul segment.
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