
Malgré l’escalade fulgurante du crime organisé, les agents de Contrôle Routier Québec (CRQ) n’ont toujours pas d’armes pour se protéger et servir. Face à cette menace croissante, leur syndicat demande désormais qu’ils soient équipés d’armes pour garantir leur sécurité. Deux mois après une entente avec le gouvernement, qui avait pour but de repousser des audiences judiciaires en attendant un accord final permettant l’armement des contrôleurs routiers, les pourparlers semblent actuellement au point mort. Cette situation génère une frustration palpable au sein de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ).
Jean-Claude Daignault, président de la FCCRQ, rapporte que malgré un départ encourageant, le silence du gouvernement règne désormais, interrompant le progrès escompté. Le syndicat a même tenté de solliciter des rencontres, sans succès apparent, accentuant ainsi l’urgence de répondre aux besoins de sécurité exprimés par les contrôleurs.
L’idée d’armer les contrôleurs routiers est complexe, notamment dans un contexte où la province s’efforce de combattre la violence armée, posant un conflit pour l’image politique du gouvernement. Cependant, la discussion sur l’équipement adéquat et le soutien nécessaire pour les employés de l’État, comme les agents de CRQ et les policiers, met en lumière les enjeux liés à l’allocation des ressources essentielles pour leur permettre d’accomplir leurs fonctions en toute sécurité. Sans les outils et le soutien appropriés, il existe un risque accru que ces forces de l’ordre optent pour un désengagement policier, réduisant leur présence proactive, ce qui pourrait, ironiquement, renforcer la position des acteurs criminels. De son côté, l’armement des contrôleurs nécessiterait une extension du programme de formation à l’École nationale de police, illustrant les défis et implications d’une telle mesure.
Marc Cadieux, PDG de l’Association du Camionnage du Québec, souligne l’importance de permettre aux autorités compétentes d’évaluer minutieusement cette approche, reconnaissant que le contexte de sécurité dans le transport routier a évolué de manière significative dans les dernières années. Les contrôleurs routiers sont de plus en plus confrontés à des situations critiques, incluant la saisie d’armes, l’interception de remorques transportant des véhicules volés, ainsi que des interventions avec des conducteurs intoxiqués, armés, et potentiellement violents.
Jean-Claude Daignault soulève une préoccupation majeure : aucun policier ne consentirait à travailler sans être armé dans le climat actuel, marqué par une montée de la criminalité. Cette remarque met en évidence le manque de réactivité gouvernementale, autant provincial que fédéral, face à l’escalade du crime organisé, particulièrement dans le secteur du camionnage, un domaine à la fois vaste et essentiel. Le renforcement du crime organisé dans ce secteur augmente les risques pour les acteurs de l’industrie et les camionneurs, menaçant de rendre leur environnement de travail de plus en plus dangereux.
Parallèlement, les problèmes de sécurité associés au crime organisé au Québec ne se cantonnent pas aux réseaux routiers, mais affectent également les frontières. Le Programme de l’intégrité frontalière de la GRC met en lumière une augmentation significative du rôle du crime organisé dans le trafic clandestin de migrants. En 2023, la police frontalière américaine a enregistré une hausse spectaculaire des arrestations, avec près de 7,000 individus interceptés, soit une augmentation de 550% par rapport à l’année précédente. Cette tendance est particulièrement préoccupante étant donné la réduction d’un quart des effectifs de la GRC sur le terrain.
Selon le rapport public sur le crime organisé de 2023 :
- L’identification de nouveaux groupes et le manque d’information récente sur des groupes connus représentent une lacune majeure qui s’accentue, puisque plus de 3,500 groupes du crime organisé sont ou seraient actifs actuellement au Canada;
- Environ 205 groupes du crime organisé ont été signalés pour la première fois en 2023;
- Il y a plus de 500 gangs de rue qui oeuvrent dans le crime organisé au pays;
- En dépit de la nouvelle réglementation et des nouvelles restrictions touchant les armes à feu, les groupes du crime organisé continuent de montrer qu’ils ont facilement accès à des armes à feu et qu’ils sont disposés à s’en servir;
- L’implication des groupes du crime organisé a connu une hausse marquée dans le secteur du transport et de l’entreposage (7%).
Les réseaux routiers jouent un rôle central dans les opérations du crime organisé, servant de voies pour le transport d’armes, de drogues, de véhicules volés, et même de personnes dans le cadre de trafics humains. Alors que les policiers sont souvent en première ligne dans la lutte contre ces crimes, les contrôleurs routiers travaillent directement sur ces routes, interceptant des véhicules qui posent des risques pour la sécurité. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils se retrouvent de plus en plus confrontés à des criminels exploitant ces voies de circulation.
La demande des contrôleurs routiers d’être armés est fondée sur la nécessité de se protéger contre des adversaires de plus en plus équipés et audacieux. Sans les ressources appropriées, le crime organisé continuera à étendre son influence et sa puissance, exploitant le manque d’effectifs des agents frontaliers, du corps policiers et profitant de la vulnérabilité des agents de Contrôle Routier Québec, mettant ainsi en péril la sécurité de toute la société québécoise.











