Photo : USA Today

Les entreprises se penchent de plus en plus sur la santé de leurs routiers et plus particulièrement, leur santé mentale. En effet, un routier en santé et heureux est beaucoup plus prudent et concentré au volant du camion qu’un collègue dépressif, en manque de sommeil et/ou en état d’ivresse mentale.

Selon une étude américaine, le quart des camionneurs souffrent de troubles mentaux, notamment de dépression pouvant mener au suicide, ce qui est plus élevé que dans la plupart des autres corps de métier. Les facteurs les plus importants à l’origine de ces troubles sont les inquiétudes financières, le manque de support social et le stress du métier.

Solitude et isolement

Près de 30% des camionneurs ont fait part d’un sentiment de solitude. Bien que plusieurs personnes se tournent vers le camionnage pour être seul dans un camion, d’autres le vivent moins bien, particulièrement les routiers qui roulent de longues distances.

Il est important de noter que même si un camionneur est bien entouré, celui-ci peut développer un sentiment de solitude s’il ne se sent pas supporté dans ses choix. Le support familial est un élément important pour qu’un routier puisse s’épanouir dans son travail. Si un routier se sent seul ou incompris, même s’il est bien entouré, le sentiment de solitude peut créer de l’isolement et mener à des idées noires.

Manque de sommeil

Un autre facteur qui conduit aux troubles psychologiques chez les camionneurs est le manque de sommeil. Ce sont 13% des camionneurs qui dorment moins de 5 heures par période de 24 heures, sans compter le fait que le sommeil n’est pas toujours d’une qualité optimale dans un environnement bruyant ou en mouvement. Cette carence augmente les risques de dépression, l’anxiété, les troubles cardiaques, elle favorise le gain de poids… Le besoin de rester éveillé sur de longue période incite également certains routiers à consommer des drogues.

Stress et anxiété

Selon le psychologue Jeff Nalin, les camionneurs d’aujourd’hui doivent faire face à une réalité qui est différente de leurs prédécesseurs. La déréglementation a mené l’industrie dans une compétition féroce, ce qui a fait descendre les salaires et augmenter le fret. Les infrastructures et la détérioration des routes contribuent également au stress que vivent les camionneurs. Celles-ci augmentent les risques d’accidents et sont une source supplémentaire de dépenses en réparation.

Bien que les emplois des camionneurs ne soient pas menacés à court et moyen termes par les nouvelles technologies, le sentiment d’être menacé par les véhicules sans conducteurs contribuent aux stress que vivent les routiers. Ils ont également le sentiment que leur contribution n’a plus la même valeur, ce qui contribue aux facteurs d’épuisement professionnel.

Dévalorisation

Il est également difficile pour les routiers de se valoriser dans leur travail quand ils doivent faire face au mécontentement du public, aux impondérables routiers, au manque de services sur la route et chez les clients… Il y a forcément un impact négatif quand le camionneur n’a même pas le droit d’accéder à une toilette en entreprise pour répondre à des besoins vitaux.

Travailler au-delà de ses limites

Pour prévenir certains troubles mentaux, les entreprises se doivent de réagir lorsque leurs routiers ne respectent pas les règles d’heures de service et doivent intervenir auprès des employés à l’interne qui acceptent cela, ou qui poussent leurs chauffeurs au-delà de leurs capacités, ou d’une limite physique acceptable. Les routiers doivent également s’affirmer et imposer le respect de leurs limites, pour la sécurité de tous.

D’ailleurs, le respect des règlements est un droit et dans une période où le manque de main d’œuvre se fait sentir, le routier doit prendre sa place.

Consommation

Les routiers doivent également éviter les drogues et apprendre à s’arrêter lorsque la fatigue se fait ressentir. Il est important de sensibiliser les camionneurs aux conséquences de l’abus de drogues dans l’industrie et des effets possibles d’accoutumance et de dépendance. Les employeurs doivent être en mesure d’offrir de l’aide aux employés aux prises de la drogue ou être capable de les diriger vers des ressources.

Encourager la communication

La communication entre les routiers et leurs proches doit être privilégiée pour briser le sentiment d’isolement et permettre aux camionneurs comme à leur famille d’entretenir leur relation, malgré le défi de la distance. Il ne faut pas encourager les distractions au volant, mais privilégier un moment pour entrer en communication avec les êtres aimés, et apprendre à exprimer et écouter les besoins de l’un et l’autre. Une étude menée aux États-Unis démontre que les communications par vidéo bénéficient aux relations à distance.

Thérapie à distance

Certains thérapeutes ont même commencé à favoriser les consultations par vidéo, ce qui permet d’offrir un service plus adéquat pour les routiers qui sont régulièrement sur la route. Vous êtes un grand transporteur? Voilà un service confidentiel à privilégier et à rendre accessible pour vos routiers, qui pourrait faire une grande différence.

En conclusion

Les camionneurs ne sont pas seuls dans leurs épreuves. Ils ont une réputation d’être solides, et cette image peut influencer les gens qui les entourent à croire que tout va bien, alors que ce n’est pas le cas. Communiquez avec vos routiers, parlez avec vos collègues et soyez prêts à vous ouvrir à leur solitude, leur problème de consommation ou leur souffrance pour les diriger au bon endroit.

Et n’oubliez pas qu’être fort, c’est aussi être capable de démontrer sa vulnérabilité, faire face à ses émotions, et demander de l’aide.

Il n’est jamais trop tard ou trop tôt pour demander de l’aide, appelez-les!

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Chronique santé - février 2019
Sophie Jacob, rédactrice en chef