
Les contrôleurs routiers sont de nouveau présents à Baie-Saint-Paul, un peu plus d’un an après l’accident mortel impliquant un camion lourd survenu dans le secteur.
Leur retour sur la route 138 vient renforcer la surveillance des véhicules lourds dans Charlevoix, après plusieurs années sans installation permanente de contrôle dans la région.
Cet axe est emprunté quotidiennement par de nombreux camions qui circulent entre Québec, Charlevoix et la Côte-Nord. Dès les premières opérations menées au début du mois d’août, des constats d’infraction ont d’ailleurs été remis.
Baie-Saint-Paul a toutefois été privée d’une installation permanente de contrôle routier pendant plusieurs années, malgré l’importance du transport lourd sur la route 138. Cette absence peut naturellement soulever des questions sur la surveillance exercée dans le secteur et sur la possibilité qu’un angle mort se soit créé au fil du temps.
Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des contrôleurs routiers du Québec (FCCRQ), estime toutefois que le principal angle mort ne découle pas de l’absence d’un poste de contrôle à Baie-Saint-Paul, mais plutôt de l’impossibilité pour les contrôleurs routiers d’effectuer leurs patrouilles comme auparavant depuis la décision du Tribunal administratif du travail.
« La patrouille représentait 70% de notre temps de travail avant le jugement. C’est l’incapacité de faire cette patrouille qui brouille les cartes. Le gouvernement a d’abord contesté la décision du TAT, la SAAQ s’est traîné les pieds pendant quelques mois, et le ministre Lafrenière a statué pour nous armer en octobre 2025, soit huit mois après le jugement. Il est là, l’angle mort. »
La collision mortelle de juin 2025 à Baie-Saint-Paul a accentué la pression pour renforcer la surveillance des poids lourds dans la région. Un camion avait alors percuté une voiture immobilisée à un feu de circulation avant de terminer sa course contre un commerce du centre-ville.
Le conducteur du poids lourd, Gagandeep Singh Sekhon, 29 ans, de Brampton en Ontario, fait face à des accusations de conduite dangereuse causant la mort et de négligence criminelle causant la mort. Son dossier doit revenir devant la cour le 24 septembre prochain, la défense ayant obtenu un délai afin de procéder notamment à une contre-expertise du véhicule.
À la suite de ce drame, le maire Michaël Pilote avait multiplié les démarches auprès du gouvernement afin d’obtenir davantage de mesures de sécurité.
La configuration routière de Charlevoix, marquée par plusieurs côtes importantes qui sollicitent fortement les systèmes de freinage des véhicules lourds, ajoute également aux préoccupations entourant la surveillance du transport lourd.
Pour le moment, les contrôleurs routiers ne peuvent toujours pas intervenir librement partout sur le réseau. Certaines opérations effectuées à l’extérieur des postes de contrôle nécessitent une présence policière, ce qui limite considérablement leur capacité d’action. Le problème dépasse d’ailleurs largement Baie-Saint-Paul; plusieurs secteurs du Québec se retrouvent ainsi avec une surveillance réduite depuis que les contrôleurs ne peuvent plus effectuer leurs patrouilles.
Cette réalité crée des angles morts bien au-delà des régions éloignées.
« Notre capacité est limitée, mais c’est partout. Il faut se rendre compte que l’île de Montréal n’a pas de poste de contrôle et c’est la plaque tournante du transport », nous rappelle le président de la Fraternité.
Le retour complet des contrôleurs en patrouille dépend maintenant, entre autres, du processus entourant leur armement. Même si certains ont déjà progressé dans leur formation, aucun échéancier précis ne peut encore être avancé.
« Ce sont les inspecteurs de la CNESST qui décideront. La prochaine rencontre est au début septembre. À partir de ce moment, il sera plus clair pour se prononcer », explique Jean-Claude Daignault.
Parallèlement, le ministère des Transports et de la Mobilité durable prévoit aménager une nouvelle aire de vérification des véhicules lourds à l’emplacement de l’actuel arrêt de vérification des freins de Baie-Saint-Paul. Cette installation ne devrait toutefois être fonctionnelle que dans environ trois ans.
D’ici là, Contrôle routier Québec prévoit intensifier ses opérations de surveillance dans Charlevoix à compter du mois de septembre, alors que la question du retour plus large des contrôleurs en patrouille demeure à régler.











