
Le pont international Gordie Howe, qui reliera Windsor, en Ontario, à Detroit, serait pratiquement terminé depuis février 2026, selon une note d’information fédérale obtenue par CBC News grâce à une demande d’accès à l’information.
Même si le chantier est rendu à ses dernières étapes, la date d’ouverture du nouveau passage frontalier reste incertaine. Les dernières vérifications techniques, la coordination des agences canadiennes et américaines, les tensions politiques et une bataille judiciaire toujours en cours continuent de peser sur le dossier.
Selon le document préparé pour le ministre fédéral du Logement et de l’Infrastructure, Gregor Robertson, la construction du pont serait « essentiellement complète ». Les travaux restants toucheraient surtout la mise en service, les essais des systèmes essentiels, les certifications finales et la préparation des deux côtés de la frontière.
Ce pont, financé et construit par le Canada, s’est aussi retrouvé au cœur d’une sortie remarquée du président américain Donald Trump, qui a affirmé que le Canada ne pourrait pas aller de l’avant avec l’ouverture sans que les États-Unis obtiennent eux aussi « une part » du projet.
Le conflit entourant le pont Gordie Howe dépasse largement la simple ouverture d’une nouvelle infrastructure. Il s’agit aussi d’une bataille commerciale et juridique autour d’un axe frontalier stratégique, longtemps dominé par le pont Ambassador. Les propriétaires de ce pont rival ont lancé 22 contestations judiciaires contre le projet Gordie Howe au cours des 20 dernières années. Le Canada en a remporté 19, mais trois dossiers demeurent actifs, dont une cause principale qui pourrait ne pas être entendue avant 2027 ou 2028.
Pour l’industrie du camionnage, l’enjeu est difficile à ignorer. Le pont est presque prêt, les transporteurs attendent un passage plus moderne et moins coûteux, mais l’ouverture demeure entourée d’incertitude, entre les dernières étapes techniques, les tensions politiques et les procédures judiciaires qui se poursuivent en arrière-plan.
Dans la principale cause encore active, la Canadian Transit Company, liée aux propriétaires du pont Ambassador, soutient que la loi adoptée en 1921 pour permettre sa création lui aurait accordé plus qu’une simple autorisation d’exploiter le pont. Selon son argument, cette loi lui aurait aussi donné un droit implicite d’être protégée contre la construction d’un autre passage frontalier concurrent dans le même secteur Windsor-Detroit. Autrement dit, l’entreprise affirme que la mise en service du pont Gordie Howe porterait atteinte aux droits historiques rattachés au pont Ambassador.
Selon CBC News, les deux autres contestations encore mentionnées dans la note fédérale touchent aussi les droits revendiqués par les propriétaires du pont Ambassador. L’une concerne une réclamation d’arbitrage liée à l’ALENA, dans laquelle ils contestent des décisions canadiennes entourant le projet du pont Gordie Howe. Dans un document officiel, le gouvernement du Canada résume le litige en indiquant que les propriétaires du pont Ambassador cherchaient à empêcher la construction d’un nouveau passage entre Windsor et Detroit, malgré l’appui des gouvernements du Canada, de l’Ontario, du Michigan et des États-Unis.
L’autre dossier concerne des droits historiques, aussi appelés droits de franchise, rattachés au pont Ambassador et à la possibilité de construire une nouvelle travée. En clair, cette bataille juridique repose en partie sur de vieux droits accordés il y a plus d’un siècle, que les propriétaires du pont rival invoquent pour défendre leur position dans un secteur où ils ont longtemps occupé une place dominante.
Le pont Ambassador demeure un maillon important du commerce entre le Canada et les États-Unis. Selon Transport Canada, plus de 140 milliards de dollars en marchandises y ont transité en 2021. Toutefois, les péages élevés auraient poussé plusieurs transporteurs à privilégier le pont Blue Water, entre Sarnia et Port Huron, même si cela implique un détour d’environ 108 kilomètres pour certains trajets vers Detroit. L’Ontario Trucking Association estime d’ailleurs que le pont Gordie Howe pourrait permettre aux transporteurs d’économiser entre 20,000$ et 100,000$ par mois et par flotte grâce à des coûts de passage plus avantageux.
Même si les contestations judiciaires toujours en cours ne semblent pas empêcher l’ouverture du pont à court terme, elles continuent d’alimenter l’incertitude autour d’un projet considéré comme pratiquement terminé. Pour l’industrie du camionnage et la chaine d’approvisionnement, plusieurs espèrent maintenant que les dernières étapes administratives et techniques seront franchies rapidement afin que cette nouvelle infrastructure puisse enfin entrer en service après des années de retards, de débats et de batailles devant les tribunaux.











