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Transporteurs caméléons : le drame de Brandon expose le prix du laxisme gouvernemental

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Transporteurs caméléons : le drame de Brandon expose le prix du laxisme gouvernemental

Visuel de Truck Stop Québec montrant Peter Schiefke devant des camions, avec le texte « Transporteurs caméléons – Un autre accident mortel qui expose le prix du laxisme gouvernemental ». Le graphique accompagne un article sur l’accident mortel de Brandon, les transporteurs caméléons et les enjeux soulevés devant le Comité permanent des transports.

Transporteurs caméléons | Un accident mortel impliquant un camion lourd est survenu le 27 mai à Brandon, au Manitoba, à l’intersection de Richmond Avenue East et de l’autoroute 110.

Selon la police, le camion, conduit par Brijpal Panwar, 35 ans, aurait brûlé un panneau d’arrêt muni d’un feu rouge clignotant avant de percuter un VUS qui traversait l’intersection.

La conductrice du VUS, une femme de 49 ans qui travaillait dans une usine de transformation de viande située près des lieux, a perdu la vie. Le chauffeur a été accusé de conduite dangereuse causant la mort.

Le dossier prend une tournure encore plus troublante en raison du passé de l’entreprise liée au camion. Le transporteur Conquer Transport Inc. avait déjà perdu son certificat de sécurité au Manitoba en 2021. Selon le gouvernement manitobain, cette décision avait été prise en raison de lacunes persistantes dans l’exploitation sécuritaire de l’entreprise et de manquements aux lois encadrant la sécurité routière des transporteurs.

Malgré cette révocation, l’entreprise aurait continué à circuler au Manitoba en utilisant un certificat de sécurité et une immatriculation de l’Alberta, après avoir légèrement modifié son nom pour devenir Conquer Transportation Inc.

Les documents cités par les médias rapportent aussi un historique préoccupant d’infractions et de problèmes d’inspection. Avant la révocation de son certificat au Manitoba, Conquer avait accumulé plusieurs condamnations dans différentes provinces. En Alberta, le profil de transporteur de l’entreprise indiquait encore un niveau de risque élevé quelques semaines avant l’accident de Brandon. Des véhicules liés à l’entreprise auraient aussi été mis hors service à plusieurs reprises, dont certaines fois au Manitoba, après des échecs à des inspections mécaniques.

Cette situation remet en lumière le problème des transporteurs caméléons, une réalité bien connue dans l’industrie. Ces stratagèmes permettent à des transporteurs au passé problématique de perdre leur droit d’exploitation dans une province, puis de reprendre la route ailleurs. Cette possibilité de recommencer dans une autre province affaiblit l’effet des sanctions et donne l’impression que certains peuvent contourner les règles sans véritable conséquence.

Pendant ce temps, les entreprises conformes continuent de payer le prix de la conformité, tout en devant faire concurrence à des transporteurs qui ne démontrent pas le même sérieux envers la sécurité et le respect des règles.

La ministre des Transports du Manitoba, Lisa Naylor, demande maintenant au gouvernement fédéral de mettre en place une base de données nationale pour suivre les certificats de sécurité, les propriétaires, les dirigeants, les responsables de conformité et les véhicules liés aux transporteurs à risque. La Manitoba Trucking Association appuie aussi cette demande, estimant que l’historique d’un transporteur devrait le suivre d’une province à l’autre.

Le gouvernement sait, mais tarde à agir

Ces demandes ne datent pas d’hier. Dès l’automne 2025, la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec (FCCRQ) avait présenté un mémoire à la Chambre des communes dans le cadre de l’étude sur les chauffeurs à rabais, en réclamant, entre autres, de meilleurs outils de suivi, un registre pancanadien des sanctions et un meilleur accès aux informations entre les provinces.

Quelques semaines plus tard, devant le Comité permanent des transports, Marc Cadieux, de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), appuyait les solutions proposées par la FCCRQ et rappelait que le stratagème des chauffeurs inc. met en danger la sécurité routière par le manque de formation, le non-respect des règles et le mauvais entretien de certains véhicules.

Le problème des transporteurs caméléons a aussi été nommé directement devant le même comité. En février 2026, Robert Harper, président de l’Alberta Motor Transport Association, a expliqué que certaines entreprises peuvent quitter un territoire, changer de forme ou de nom, puis se reconstituer ailleurs. Il a réclamé une meilleure base de données permettant de suivre les entreprises, leurs administrateurs et leurs propriétaires afin d’éviter que des transporteurs problématiques puissent simplement recommencer ailleurs!

Autrement dit, les failles soulevées par l’accident mortel de Brandon étaient déjà connues. Les demandes pour un meilleur partage des données, un suivi pancanadien des infractions, une meilleure traçabilité des transporteurs et des outils plus efficaces pour les contrôleurs routiers ont déjà été portées devant les élus fédéraux.

Le malaise est d’autant plus profond que, malgré ces avertissements, certains élus libéraux continuent d’entretenir des liens publics avec des groupes controversés de l’industrie. Peter Schiefke, président du Comité permanent des transports, avait déjà entendu les témoignages de victimes et les mises en garde de l’industrie avant de participer à un symposium de la CTOA, une association qui a défendu le modèle des chauffeurs inc. devant ce même comité.

Le drame de Brandon vient donc rappeler une réalité difficile à ignorer : tant que les gouvernements tarderont à fermer ces brèches, des entreprises à risque pourront continuer de circuler d’une province à l’autre, malgré un passé problématique, avec les risques que cela représente pour tous les usagers de la route.

ashtelecall