La chronique de Raymond Bureau | Dans un établissement, 10 % des employés seront harcelés par 10 % de harceleurs, assistés du même nombre d’exécutants. 20 % de sympathisants et 30 % de passifs, silencieux, contribuent à approuver ce harcèlement contre les victimes harcelées, n’ayant que 20 % de sympathisants pour les soutenir. Ces chiffres sont la norme. Pourtant, le harcèlement sexuel et psychologique est interdit en milieu de travail. C’est tolérance zéro. En théorie.

En pratique nous faisons face à de vraies histoires d’horreur, ce qui démontre que le harcèlement est malheureusement toléré dans le milieu du travail au Québec. Dans la province, la Loi sur les normes du travail prévoit qu’un employeur qui néglige cette notion dans la gestion du milieu de travail s’expose à une poursuite judiciaire qui engendre des coûts importants.

72 % des gens n’ont pas dénoncé du harcèlement sexuel vécu au travail. (Angus Reid, 2018)

En tant qu’employés harcelés, nous nous faisons dire que nous gérons mal la pression, que nous ne sommes pas au courant de tous les détails expliquant pourquoi le harceleur agit ainsi. En comptant à la fois le harcèlement sexuel et psychologique, 16% des travailleurs au Canada estiment avoir fait l’objet de harcèlement en milieu de travail au cours de l’année 2016. En chiffre, nous dénombrons 14% d’hommes et 18% de femmes, soit un travailleur sur six.

Les gestionnaires fautifs sont protégés par la haute direction. Toute plainte de harcèlement devrait être traitée par un expert indépendant provenant de l’extérieur. Tant et aussi longtemps que la plainte sera traitée par la haute direction à l’interne de l’entreprise, c’est comme demander au bourreau de nous défendre…

Le harcèlement psychologique rend le milieu de travail néfaste pour celui qui en est victime. Le harcelé peut, par exemple, être isolé de ses collègues à cause de paroles, de gestes ou de comportements hostiles à son endroit ou à son sujet. Notez toutefois qu’une seule conduite grave peut aussi constituer du harcèlement psychologique si elle porte une atteinte importante et produit un effet nocif continu pour le salarié.

Même si la Loi sur les normes du travail ne s’applique pas à certains salariés comme le cadre supérieur, le gardien de personnes, le salarié assujetti au décret de la construction, le travailleur parti à un contrat (dans certaines situations) ou encore l’étudiant stagiaire, les dispositions concernant le harcèlement psychologique s’appliquent quand même. Les employés régis par le Code canadien du travail en sont toutefois exclus.

Le harcèlement psychologique peut donc prendre diverses formes. Bien sûr, il y a les réprimandes incessantes de la part des supérieurs qui peuvent miner l’atmosphère de travail. Mais il y a des gestes plus sournois qui affectent la victime :

  • L’accroissement constant de la charge de travail, au point de provoquer un épuisement professionnel;
  • Le commérage incessant sur la qualité du travail accompli, voire sur divers traits de la personnalité d’un employé;
  • Des manœuvres qui visent à exclure l’employé des décisions qui le concernent, des activités sociales et/ou des pauses peuvent également constituer du harcèlement;
  • L’indifférence, voire le silence, est une arme qui mine l’atmosphère à un point tel que l’employé visé par ces manœuvres ne peut effectuer correctement son travail;
  • Si la personne lève le ton et se vide le cœur sur vous en criant;
  • S’il vous appelle en dehors des heures de travail.

Il faut donc changer la loi, mais aussi les mentalités de certains employeurs « dinosaures ». Si nous restons ainsi, nous n’aurons jamais de véritable solution. Car actuellement, c’est plus simple de quitter l’entreprise que de subir l’humiliation de porter plainte.

Parmi les personnes qui disent vivre du harcèlement psychologique au travail, 43 % considèrent qu’il s’agit régulièrement de propos ou d’agissements légers ou subtils. Ce résultat montre bien que le harcèlement psychologique n’est généralement pas un geste d’éclat, posé en public, mais plutôt une manifestation discrète et exercée à couvert, ce qui rend encore plus difficile son identification. Par ailleurs, la ou les personnes qui sont présumées harcelantes sont un ou plusieurs collègues (41 %), le supérieur immédiat (32 %), un ou des employés subalternes (30 %).

La meilleure façon de ne pas subir de harcèlement, c’est de confronter l’abuseur et je sais que ce n’est pas facile, car vous serez seul et personne pour vous appuyer. Si vous acceptez qu’il vous harcèle, cela lui ouvre la porte pour qu’il le fasse à répétition. Il ne reste qu’à quitter votre poste, ce qui est vraiment dommage pour avoir travaillé si fort à obtenir un poste pour une grande entreprise et le quitter à cause d’un imbécile. Ce qui est encore plus décevant, c’est que les entreprises protègent ces gestionnaires.

Il est temps de réaliser collectivement qu’en 2020, la prospérité et le succès ne sont possibles que si les gens se sentent respectés au travail et qu’ils ont envie de s’y investir pleinement.

Raymond Bureau

 

Références : Groupe d’aide et d’information sur le harcèlement au travail, Institut Angus Reid, Journal La presse, article de Vincent Brousseau Pouliot 17 juillet 2020, Revue RH volume 21 numéro hors-série, Étude Brun et Plante université Laval 2004
Collaboration : Ann Sophie Jacob