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L’électrification du transport : une solution pleine de promesses… et de défis

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L’électrification du transport : une solution pleine de promesses… et de défis

Un camion électrique, illustrant les défis de l’électrification du transport routier dans un contexte de forte demande énergétique mondiale.

On électrifie les transports, on installe plus de panneaux solaires, on mise sur les voitures et les camions électriques… mais la planète consomme toujours plus d’énergie. L’électrification à elle seule ne peut pas être la solution.

C’est ce que confirme le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié le 24 mars. En 2024, la demande mondiale en énergie a grimpé de 2,2%, un record. Et les émissions de CO₂ ont continué de monter, atteignant 37,8 milliards de tonnes.

L’idée semble logique : si on veut réduire la pollution et ralentir le réchauffement climatique, on doit remplacer les énergies polluantes comme le charbon et le pétrole par de l’électricité produite de façon plus propre comme l’hydroélectricité, le solaire, l’éolien ou le nucléaire. Mais dans les faits, ce n’est pas si simple. Même si on utilise de plus en plus d’énergies propres, la consommation totale d’énergie ne baisse pas. Elle augmente.

Pourquoi? Parce qu’en électrifiant nos vies, on crée de nouveaux besoins. Alors, même si on pollue un peu moins par unité d’énergie, on consomme tellement plus qu’au total, la pollution continue d’augmenter.

Le développement du transport électrique, que ce soit pour les voitures, les autobus ou les camions, demande beaucoup d’électricité. Et ce n’est pas tout : les centres de données, les usines intelligentes, les systèmes de gestion logistique automatisés… tout cela repose sur une alimentation constante et puissante.

La demande mondiale d’électricité a augmenté de 4,3% en 2024, soit plus du double de la moyenne des dernières décennies. 

Le transport routier au cœur du paradoxe énergétique

Selon le Plan pour une économie verte du gouvernement du Québec, le transport routier génère près de 73% des émissions de gaz à effet de serre associées à l’ensemble des modes de transport, incluant l’aérien, le ferroviaire et le maritime dans la province. Le gouvernement mise donc beaucoup sur l’électrification du camionnage pour faire baisser les émissions. Mais plusieurs défis freinent son adoption à grande échelle :

  • Le manque d’infrastructures de recharge adaptées aux poids lourds;
  • Le coût élevé des camions électriques;
  • L’autonomie encore limitée pour les longues distances;
  • Le besoin d’un réseau électrique plus robuste pour répondre à la demande.
Des progrès, mais pas dans tous les coins du monde

Les énergies renouvelables et le nucléaire ont couvert 80% de la hausse de la demande en électricité. Le pétrole, lui, est tombé sous la barre des 30% de l’énergie mondiale pour la première fois depuis 50 ans. Et dans les pays développés, les émissions ont reculé de 1,1%, atteignant leur plus bas niveau en un demi-siècle.

Mais la majorité de la hausse de la demande vient des pays émergents. La Chine et l’Inde, à elles seules, représentent 90% de la hausse de la consommation de charbon. En Inde, les émissions ont bondi de 5,3%. Même en Chine, elles ont continué à monter (+0,4 %) malgré une forte croissance du solaire et une baisse du secteur du ciment.

La climatisation fait grimper le climat?

L’un des moteurs les plus importants de la hausse de la consommation énergétique en 2024, toutefois, n’est pas directement lié au transport, mais plutôt aux canicules. L’Organisation météorologique mondiale rapporte que 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre. La température moyenne mondiale a dépassé de 1,55 °C celle de l’époque préindustrielle.

Cette chaleur record a déclenché une vague d’utilisation de climatiseurs, notamment en Inde, en Chine et aux États-Unis. Environ 80% de l’augmentation des émissions de CO₂ du secteur de l’énergie proviendrait de cette hausse d’utilisation de la climatisation. Ce phénomène crée une spirale où la chaleur entraine plus de climatisation, ce qui entraine plus de consommation énergétique. Que l’on y voie un lien direct ou non avec le climat, le résultat est le même, la demande en électricité explose.

Une transition énergétique fragile

Selon l’AIE, les technologies bas carbone, solaire, éolien, nucléaire, voitures électriques permettent aujourd’hui d’éviter 2,6 milliards de tonnes de CO₂ par an, soit 7% des émissions mondiales. C’est énorme, mais ce n’est pas assez pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. L’agence rappelle qu’il faudra diminuer la demande en combustibles fossiles de 25% d’ici 2030, et de 80% dans les pays riches d’ici 2035.

Le paradoxe de Jevons

L’économiste britannique William Jevons expliquait que plus une technologie devient efficace, plus elle tend à être utilisée… ce qui augmente au final la consommation globale. Par exemple, rendre un moteur électrique plus efficace ne garantit pas une baisse de la consommation d’énergie si, dans le même temps, on augmente le nombre de véhicules, les kilomètres parcourus, et la population mondiale qui utilise ces technologies.

Chaque année, environ 70 à 80 millions d’humains s’ajoutent sur la planète, ce qui augmente naturellement les besoins en énergie, en transport et en ressources, selon les données des Nations Unies.

En clair, l’électrification ne peut pas être le seul plan. Selon les plus récents rapports, il faudra aussi apprendre à mieux gérer notre consommation, à réduire certains usages, et à investir massivement dans des réseaux intelligents, des infrastructures adaptées et une vraie planification énergétique, surtout dans un secteur comme le transport routier, où les besoins sont grands et les marges serrées.

Car plus on électrifie, plus on consomme.

Lire plus : 

Québec s’apprête à adopter des normes similaires à la Californie pour l’électrification des camions

ashtelecall