
L’enquête publique du coroner s’est ouverte le 30 mars 2026 pour faire la lumière sur trois décès survenus lors de collisions impliquant des camions lourds l’année dernière.
L’enquête avait été demandée par le ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière. Ordonnée le 10 octobre 2025 par le coroner en chef du Québec, Me Reno Bernier, l’enquête est présidée par Me Dave Kimpton, assisté du Dr Louis Normandin à titre d’assesseur et de la procureure Me Vanessa Nadeau.
Elle porte sur trois décès survenus à deux mois d’intervalle au cours de l’été 2025. Le coroner en chef a précisé que d’autres événements mortels survenus dans des circonstances similaires pourraient également être pris en compte si Me Kimpton l’estime nécessaire.
En 2024, les décès imputables à des collisions impliquant des poids lourds avaient déjà connu une forte hausse au Québec, passant de 31 à 42 entre 2023 et 2024, soit une augmentation de 35%, selon les données de la SAAQ. L’été 2025 n’a fait qu’aggraver une tendance préoccupante.

Le drame d’Ange-Gardien
Le premier volet des audiences portait sur les circonstances de la mort de Madeline J. Darby. Le 15 juillet 2025, à Ange-Gardien, un camion transportant des roches circulait sur la route 235 lorsqu’il a percuté un véhicule immobilisé près de l’intersection du rang Casimir. En tentant d’éviter ce véhicule, le chauffeur a dévié de sa voie avant d’entrer en collision avec la voiture de Madeline J. Darby, qui arrivait en sens inverse.
Un enquêteur de la Sûreté du Québec a fait mention d’une inattention du conducteur. La reconstitutionniste Katya Matte-Willems a indiqué que le camion avait freiné moins d’une seconde avant l’impact. Elle a aussi précisé que la chaussée était sèche, que le temps était clair et que les véhicules étaient en bon état. L’enquêteur a aussi affirmé que la manœuvre du camionneur pour éviter le premier véhicule, dans lequel se trouvaient une femme et trois enfants, était adéquate. Selon lui, sans ce geste, ces enfants auraient probablement perdu la vie.
Le lendemain, le camionneur James Ronald Herron-Boucher a témoigné à son tour. Il a expliqué qu’en voyant le véhicule arrêté, il ne lui restait qu’une courte distance pour freiner, soit environ huit longueurs de voiture. Son camion-benne transportait alors environ 15 tonnes de gravier. Il a comparé le freinage à une perte d’adhérence sur la glace, disant que la charge continuait de pousser le camion vers l’avant. Il a ajouté qu’il n’avait pas vu la voiture de Madeline J. Darby avant de descendre de son véhicule après l’impact.
Invité à faire des recommandations, le camionneur a suggéré l’amélioration des systèmes de freinage sur les véhicules lourds, l’ajout de caméras embarquées, une réduction de la vitesse à l’approche des intersections et une réflexion sur les limites de poids des chargements.
Un système sous la loupe
Ce matin, les audiences portent sur le travail des contrôleurs routiers et sur l’étendue de leurs pouvoirs envers les camionneurs du Québec comme ceux de l’extérieur de la province. Les échanges touchent aussi le partage de renseignements entre les provinces, la formation des contrôleurs routiers et les moyens utilisés par certaines entreprises et certains camionneurs pour contourner des dispositifs de sécurité, comme les limiteurs de vitesse et les DCE. La SAAQ pourrait également être invitée à s’exprimer sur l’analyse des modifications apportées à ces dispositifs par certaines entreprises.
En 2025, les infractions touchant les heures de conduite et de repos ont représenté, de loin, le plus grand nombre de facteurs contributifs recensés.
Parmi les témoins entendus ou appelés à témoigner figurent des représentants de la SAAQ, du ministère des Transports, de la Sûreté du Québec, de Contrôle routier Québec et de diverses associations du milieu. Jean-Claude Daignault, président de la Fraternité des constables du contrôle routier du Québec, espère que l’enquête mènera à un resserrement de l’encadrement de l’industrie.
Environ 10,500 camionneurs ont été interceptés depuis octobre dans le cadre d’une opération ciblant les comportements imprudents chez les conducteurs de véhicules lourds. Les infractions visées touchent notamment la vitesse, le non-respect des feux rouges et des arrêts obligatoires, le port de la ceinture et la distraction au volant. M. Daignault soutient que le retour des agents en patrouille pourrait améliorer la sécurité routière, rappelant qu’environ 70,000 interceptions auraient disparu en un an avec la diminution de leur travail sur le réseau.
L’enquête vise aussi à mettre en lumière le phénomène des chauffeurs au rabais. Le mandat de Me Kimpton ne consiste pas seulement à reconstituer les circonstances des décès de Mme Darby, de Tanya Lalonde et de son fils Elliot, mais aussi à dresser un portrait plus large de l’industrie du camionnage au Québec.
Boucherville à l’automne
Le sort de Tanya et Elliot Lalonde ne sera pas abordé lors de ce premier bloc d’audiences. Les circonstances de leur décès, ainsi que les pistes de solution, feront l’objet d’un second volet qui débutera le 26 octobre 2026, avec cinq semaines d’audiences au calendrier. Ce n’est donc qu’à la fin de l’automne, au mieux, que Me Kimpton pourra disposer de l’ensemble des éléments nécessaires à la rédaction de ses conclusions et recommandations.












